DE LA LARYNGITE ŒDÉMATEUSE, OU ŒDÈME DE LA GLOTTE
La variété de la laryngite sous-muqueuse, qu'on nomme sus-glotHque, n'est autre que l'afl'ection connue sous les noms d'cBdéme de la glotte, à^angine laryngée (xâér/ioteuse.
Historique. — C'est en vain qu'on voudrait faire remonter à Boerhaave les premières notions sur cette maladie ; ses caractères anatomiques, imparfaitement indiqués parMorgagni et par Bichat, n'ont été réellement décrits pour la première fois qu'en i808 par Bayle, qui, dans les Mémoires de la Faculté de médecine de Paris, a tracé un tableau tellement fidèle de la maladie, que, depuis lui, on n'a presque rien ajouté à la description qu'il en a faite. Cependant il est juste de signaler quelques bons travaux publiés depuis cette époque; ils sont dus à MM. Thuillier (1), Bouillaud (J), Lisfranc (3), Cruveilhier (4), Miller (5), Legroux (6), Delasiauve (7), Valleix (8). Enfin Sestier, réunissant à peu près tous les faits connus, au nombre de 275 (dont \ 5 inédits), a composé sur cette redoutable maladie une bonne monographie, dans laquelle toutes les questions sont discutées et élucidées d'après une analyse rigoureuse.
Caractères anatomiques. — A l'autopsie, on trouve l'ouverture de la glotte presque complètement oblitérée par l'épaississement et par le gonflement des replis muqueux aryténo-épiglottiques, qui sont le siège de prédilection de la maladie. Sestier établit, en effet, qu'ils étaient infiltrés 103 fois sur 132 cas. Bayle a remarqué qu'ils étaient disposés de telle façon que toute impulsion, par la colonne d'air qui vient du pharynx, doit les renverser dans l'ouverture de la glotte, qu'ils bouchent plus ou moins complètement, tandis que l'impulsion qui s'opère en sens inverse du côté de la trachée repousse le bourrelet en dehors de la glotte, dont l'orifice devient hbre ; en un mot, la glotte est bouchée pendant l'inspiration et plus ou moins hbre à l'expiration. La muqueuse qui tapisse le bourrelet œdémateux est tantôt pâle, blanchâtre, ou bien rouge, bleufttre, amincie, ou enfin plus ou moins épaisde. Suivant Valleix, elle n'aurait été trouvée intacte au niveau de l'infiltration que trois fois sur cinquante. Les replis aryténo-épiglottiques infiltrés sont mobiles et tremblotants ; ils résistent beaucoup quand on les presse entre les doigts ; si on les incise, on trouve que le tissu cellulaire est presque toujours dense et à mailles
(1) Tbète de Paris, année 1815.
Ù) Archive» générulte de médecine^ année 182S.
(3) lu» nal général, année 1815.
(4) Dp.tionnaire de médecine et de chirurgie pratiques^ art. LAiTiiaiTi.
(5) London médical Gazette^ année 1838.
{fi) Journal de$ connaissance» médico-chirurgicale», année 1835.
OAunaleede chirurgie^ t. XII et XIV.
C8j Mémoire» de t Académie de médecin»^ t. XL
très-serrées ; les aréoles ne semblent pas communiquer entre elles : c'est ce qû explique pourquoi il est difficile, même en les comprimant pendant longtempi, d'exprimer la sérosité qui y est infiltrée. Si la phlegmasie s'est propagée de lamuqueusfe au tissu cellulaire subjacent, ou bien s'il y a eu d'emblée une inflammation phlegmoneusa, les replis aryténo-épiglottiques sont infiltrés par une lymphe plastique, et bientôt par du pus qui peut s'y réunir en petites collections ; celles-ci s'ouvrent souvent dans le larynx, d'autres fois le pus fuse en arrière vers la trachée et à une profondeur plus ou moins grande. J'ai rencontré ces lésions plus souvent que la gangrène, qui n'atteint guère qu'un point circonscrit de la muqueuse. Fréquemment, enfin, sous la suppuration, on trouve une carie ou la nécrose des cartflaget thyroïde et aryténoïdes, et surtout du cartilage cricoïde. Des altérations à^peu près semblables, mais en général moins marquées, se remarquent sur les cordes vocales. L'épiglotta est presque toujours gonflée sur ses bords ; ceux-ci sont moui et arrondis. L'infiltration séreuse gagne souvent le tissu cellulaire de l'intérieur môme du larynx, depuis les cordes vocales jusque très-avant dans le conduit : ceci aurait été constaté, d'après Sestier, dans les deux tiers des cas. Tantôt général, plus souvent partiel, cet œdème produit le rétrécissement, et parfois même l'oblitération de la glotte. Dans quelques cas très-rares, l'infiltration s'est propagée le long de la trachée et môme jusque dans les bronches. Cette lésion est très-importante à noter, car elle explique certaines anomalies dans les symptômes, et elle peut nécessiter une manœuvre indispensable après la trachéotomie. Notons eoGu que l'isthme du gosier, le voile du palais, les amygdales, le pharynx présentent souvent des signes de phlogose et une infiltration séreuse analogue à celle qui envahit les parties plus profondes.
Symptômes. Marche. — La laryngite œdémateuse peut débuter brusquemenl par un accès de suffocation ; cependant, dans la presque totalité des cas, l'invasioa de la maladie est lente et obscure. Ce ne sont, en effet, au début, que les symptômes ordinaires d'une pharyngite, d'une amygdalite, plus souvent d'une laryngite bénigne ; la voix est rauque ou voilée, et l'inspiration est un peu difficile; puis ces symptômes s'aggravent peu à peu jusqu'à ce qu'enfin un violent accès de suffocation survienne. Dans les .six septièmes des cas analysés par Sestier, l'invasion i eu lieu le soir ou pendant la nuit.
La maladie une fois confirmée, les n^ades accusent presque toujours, ou trentehuit fois sur quarante, une douleur plus ou moins vive, ou un sentiment de gène à la partie supérieure du larynx ; ils ont la sensation d'un corps étranger qui les étouffe, et ils font incessamment des ^fforts d'expiration et de toux pour l'expulser, ou bien ils portent instinctivement la main à la partie supérieure du cou. A chaque inspiration l'air semble franchir un obstacle, et produit souvent un sifflement ou un frôlement qu'on perçoit surtout en auscultant le larynx ; la voix est rauque ou fiaible ; elle finit bientôt par s'éteindre ; il en est de mémo de la toux, qui est comme étouffée. La respiration est toujours gônée ; il existe môme de Forthopnée, et fl y a ce caractère remarquable dans la respiration, que le plus souvent ïinspMif» est très-difficile, tandis que Vexpiraiion est facile : ce qui s'explique par la disposition des replis aryténo-épiglottiques dont nous avons parlé précédemment. Quelquefois, cependant, l'expiration est gônée à l'égal de l'inspiration et elle s'accompagne d'un léger sifflement, d'une espèce de frôlement ou d'un bruit de dnq)ean (Sestier). L'expectoration est nulle, ou du moins elle ne consiste le plus souvent que dans le rejet d'un peu de mucus visqueux ou d'un fluide filant et transparent. Cependant, si du pus s'est formé dans le tissu cellulaire, il pourra se frayer une