DE L'ENCÉPHALITE
parfois, par contre, elle est exaltée ; enfin ces parties peuvent être agitées de temps en temps par des secousses convulsives, auxquelles succède bientôt une paralysie plus ou moins complète du sentiment et du mouvement. Au milieu de ces désordres, le pouls peut rester assez calme ; dans la plupart des cas, cependant, il s'accélère, il est vif, la chaleur de la peau s'élève, et, comme nous l'avons vu pour la méningite, mais un peu moins fréquenmient que dans cette dernière, on observe des nausées, des vomissements et de la constipation. Tel est l'ensemble des symptômes qu'on note dans cet état de la maladie qu'on peut nommer la première période. Les symptômes ultérieurs varient ensuite beaucoup suivant la marche que suit l'affection.
Dans la plupart des cas, les symptômes d'excitation, tels que les contractures, les mouvements convulsifs et l'exaltation de la sensibilité, diminuent ou cessent, et sont remplacés par la paralysie du sentiment et du mouvement. Cette dernière, peut être permanente ou bien alterner avec la roideur et les mouvements convulsifs. Quelquefois ces phénomènes opposés se remarquent simultanément ; c'est ainsi que la jambe peut être dans la résolution, tandis que le bras est contracture, et réciproquement. Les symptômes paralytiques coïncident ordinairement avec Taffaissement des facultés intellectuelles : ainsi le coma est de plus en plus profond, les pupilles sont dilatées, le malade est étranger à tout ce qui l'entoure, la déglutition est difficile, les évacuations sont involontaires, ou bien l'urine est retenue dans la vessie. Enfin, la respiration s'accélère et la mort survient lentement, ou bien la vie se termine brusquement au milieu d'un accès convulsif. Ce mode de terminaison est plus commun dans la période spasmodique de la maladie, et, dans ce cas, la mort arrive avant qu'aucun symptôme de paralysie ait été observé. Enfin, l'encéphalite ayant produit une collection de pus, peut avoir une issue funeste sans que son existence ait été révélée pendant la vie par de la contracture ou par des convulsions ; l'intelligence s'est seulement affaiblie, puis les malades, dans les vingt-quatre ou trente-six dernières heures de la vie, tombent dans le coma et dans un état de résolution générale. On dirait, dans ce cas, que le cerveau est presque resté étranger à la formation du pus, que ce liquide a été seulement déposé dans l'organe, et qu'à la manière d'un corps étranger ordinaire, il n'a agi sur la pulpe nerveuse que par son volume ou par des lésions consécutives (ramollissement, hémorrhagie, méningite) qu'il a développées, et qui expliquent souvent à elles seules les symptômes des derniers moments.
Ainsi l'encéphalite n'est pas une de ces maladies dont la marche soit franche et régulière. Les alternatives de délire et de coma, de paralysie et de contracture, le retour à l'intelligence, ont fait dire depuis longtemps que l'encéphalite présentait des caractères pernicieux bu ataxiques. Ces rémittences peuvent se remarquer à toutes les époques de la maladie, môme à la dernière période, lorsque, par exemple, un vadste abcès remplit tout un lobe. Cette irrégularité des symptômes est difficile à expliquer ; on peut néanmoins s'en rendre compte jusqu'à un certain point, en supposant qu'indépendanmient de la lésion permanente (ramollissement, abcès), et autour d'elle, il se forme une congestion plus ou moins forte, qui détermine des symptômes cérébraux proportionnés aux variations qu'elle subit. La maladie suit la même marche, et les symptômes se développent à peu près dans le même ordre de succession dans l'encéphalite spontanée que dans celle qui est traumatique.
Des faits nombreux ont aujourd'hui mis hors de doute qu'on ne pouvait se fonder sur aucun des symptômes de la maladie ou sur la prédominance d'aucun
d'eux pour localiser Taltération dans telle ou telle partie du cerveau. Enfla, aucun accident particulier ne peut faire distinguer les cas dans lesquels le cerveau est seulement injecté et ramolli, de ceux dans lesquels du pus est déjà infiltré ou bien réuni en foyer. Les abcès du cerveau ont surtout une marche des plus insidieuses ; la plupart se forment à notre insu, ou du moins ne sont précédés que par les accidents qui annoncent une simple congestion ou une pblegmasie circonscrite.
Quelles que soient la forme et la période de la maladie, personne en France n'a observé, ni dans Tencéphallte ni dans la méningite, ce bruit de souffle, isochrone aux battements artériels, qui, au rapport du docteur Fischer (de Boston), serait appréciable en appliquant l'oreille sur le crâne, surtout au-dessus de l'extrémité antérieure de la suture sagittale, et qui dépendrait de la compression que le cerveau augmenté de volume ou qu'un épanchement intra-crânien exerceraient sur les vaisseaux artériels.
Durée. Terminaisons. — La plupart des malades atteints d'encéphalite aigaS succombent dans le cours du premier ou du second septénaire. Cependant chez quelques-uns l'afTection suit une marche beaucoup plus lente : dans ces cas, l'intelligence se conserve pendant longtemps ; les phénomènes spasmodiques manquent rarement, mais ils sont souvent peu marqués ; tandis que la paraljsîe, quoique lente dans sa marche, existe presque dès le début, et fim'f par prédominer. En général, dans la cérébrite chronique, telle que celle qui est anatomiquement caractérisée par un abcès enkysté, on observe à peu près les mêmes symptômes que dans l'état aigu, et ceux-ci se succèdent peu à peu dans le môme ordre : seulement leur intensité est moins considérable, leur marche est plus lente, puisqu'il n'est pas rare que la maladie ne se termine qu'au bout de quatre ou cinq mois seulement, et parfois plus tard encore. Dans ce cas, la mort survient, tantôt par suite du progrès naturel de l'affection, tantôt par l'effet des maladfes consécutives. D'ailleurs c'est surtout dans l'encéphalite chronique qu'on observe ces variations, ces irrégularités de marche que nous avons précédenunent signalées pour l'état aigu. Gonmie Lallemand l'a remarqué avec raison, cette irrégularité dans les symptômes s'explique par une succession non interrompue et variable de méningites, d'encéphalites et de congestions, qui se répètent à des époques plus oo moins éloignées, et sont séparées par des améliorations si prononcées, qu'on les prend souvent pour des guérisons véritables. Enfin, l'encéphalite chronique ne diffère point, par ses symptômes et par sa marche, des autres lésions organiques du cerveau.
Jusqu'à présent nous avons parlé de l'encéphalite comme d'une maladie dont l'issue était toujours funeste; celle-ci est, en effet, la terminaison presque constante de la maladie. Cependant quelques faits autorisent à penser que Tencéphalite peut guérir par résolution, puisqu'on a vu des malades recouvrer l'intégrité de toutes leurs fonctions. Ce sont là, à proprement parler, les seuls cas où l'on puisse dire qu'il y a eu guérison ; car lorsque l'infianmiation, parvenue à un état de ramollissement fort avancé, se termine par la formation d'une cicatrice dure, qui devient même consécutivement le uége de diverses transformations organiques, on ne peut pas dire précisément que la maladie soit guérie, puisque la plupart des individus conservent pendant toute leur vie de la contracture, de la paralysie et divers troubles intellectuels ; cette cicatrice, agissant en outre comme un corps étranger, finit presque toujours par produire autour d'elle diverses lésions consécutives, n n'existe encore aucun fait concluant qui prouve que des abcès cérébraux aient jamais guéri par la résorption du liquide, ou bien par suite de son
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inné à rextérienr. Le pns peut bien être éyacué à traven me solution de contitinuité récente ou ancienne des os du crâne, ou bien à travers l'etbmoïde ou le rocber cariés ; mais cette évacuation, qui souvent est suivie d'une rémission momentanée dans les accidents de compression, n'a Jamais, que Je sache, amené une gnérison radicale.
Blagaestla — Nous avons vu qu'il était impossible de distinguer la méningeencéphalite de la méningite simple. Celle-ci diffère de l'encéphalite, par la céphalalgie, qui est plus vive ; par les troubles des sens, et par ceux des organes digestifs, qui sont plus conmiunS'; par la vivacité du délire et l'intensité de la fièvre ; par la rareté et la circonscription de la paralysie. Dans l'inflammation des méninges, enfin, les symptômes spasmodiques occupent presque toujours les deux côtés du corps. Dans l'encéphalite simple, au contraire, la douleur de tête et la fièvre ont une médiocre intensité; il existe dès le début de la roideur et de la contracture ; plus tard, la paralysie se déclare ; elle est toujours plus ou moins progressive. Cette succession dans les accidents permettra de distinguer l'encéphalite de l'hémorrhagie cérébrale dont les acddents se déclarent brusquement ; mais souvent il sera presque impossible de la différencier d'avec le ramollissement.
M. Durand-Fardel croit pourtant qu'il y a une forme d'encéphalite qui, anatomiquement caractérisée par l'injection et par le ramollissement des circonvolutions avec adhérence des méninges, offrirait, comme accidents prédominants, des s mptômes apoplectiques tout à fait semblables à ceux d'une hémorrhagie cérébrale. Les fiiits rapportés par M. Durand-Fardel ne nous semblent pas à l'abri de toute objection ; car, malgré le soin avec lequel les observations ont été recueillies, il ne nous est pas démontré que, pour la plupart du moins, sinon dans tous, les symptômes apoplectiques n'aient pas été précédés de quelques prodromes propres à l'encéphalite et étrangers aux hémorrhagies.
Certains ramollissements inflammatoires ou atoniques des parties blanches centrales du cerveau ressemblent beaucoup, par leur début, à la fièvre typhoïde. Comme dans cette dernière, il existe de la céphalalgie, des étourdissements, des vertiges, des bourdonnements d'oreille, de l'insomnie, du délire, quelquefois des épistaxis, de la diarrhée et toujours une fièvre assez intense. Cependant on pourra s'éclairer sur la véritable nature de l'affection, en notant que, dans le cas d^ ramollissement, il y a absence des principaux symptômes abdominaux et de râles dans la pcàtrine ; ajoutons qu'au bout de peu de Jours on voit survenir de la roir deur, ou de la paralysie dans une moitié ou dans les deux côtés du corps, et souvent dès le début on constate du strabisme ou de la diplopie, accidents qui doivent toujours mettre en garde et empêcher qu'on ne porte un diagnostic prématuré.
Un^ fois fixé sur la nature de la maladie, il est impossible de localiser l'altératipa dans telle ou telle partie du cerveau ; il est même souvent difficile de déterminer si la maladie est bcMmée à un seul côté ou si les deux hémisphères sont atteints simultanément, puisqu'une encéphalite locale peut produire de la contracture ou des secousses convulsives dans les deux côtés. Cependant il faut convenir que ce cas est rare, et que le plus ordinairement, lorsque les symptômes spasmodiques ou de paralysie se montrent simultanément dans les deux côtés, on trouve une lésion dans les deux hémisphères à la fois, ou bien l'altération dont l'un d'eux est le siège est assez considérable pour avoir pu exercer une compression sur le côté sain. Nous avons dit aussi qu'il était impossible de préciser le genre d'altération qui existe : cependant, si les symptômes sont impuissants pour résoudre ce problème^ il y a parfois certaines circonstances qui peuvent venir en aide au diagnostic.
502 INFLAMMATION DE L'APPARBIL DE L*INNERYATION.
C'est ainsi que, lorsque chez un malade atteint d'une otorrhée ancienne, se liant i une altération des os, on voit diminuer Fécoulement, et sunrenir.de la céphalalgie, du délire, de l'agitation, des convulsions, du coma et de la fièvre, on peut presque affirmer qu'un abcès se forme ou que peut-^tre il est déjà formé dans le Icbe moyen. 11 est impossible d'établir pendant la vie le diagnostic différentiel de l'eocéphalite chronique d'avec les aff^ections cérébrales à marche lente. On fne peut avoir ici que des présomptions d'après la connaissance des conunémoratifs.
Pronostic. — 11 est peu de maladies aiguès aussi graves que l'encéphalite ; en eff^et, elle tue presque tous les individus qu'elle frappe, et ceux, en petit nombre, qui survivent, restent jusqu'à la fin de leurs jours infirmes, paralytiques ou en état de démence. La variété qui débute par des .mouvements convulsifs est de toutes la plus grave.
£tioloffie. — On n'est pas encore suffisamment fixé sur la nature des causes prédisposantes et efficientes qui peuvent produire l'encéphalite. On sait pourtant que cette maladie atteint deux ou trois fois plus souvent l'bonmie que la femme ; mais on n'est pas encore sufQsaomient fixé sur l'époque de la vie à laqueUe la maladie prédomine, les uns ayant indiqué l'enfance, d'autres l'âge viril. On ne sait non plus rien de précis sur le rôle que jouent les aff^ections tristes de l'âme, les travaux de l'esprit et la température : quelques faits autorisent à penser que la maladie peut survenir sous une influence héréditaire. L'encéphalite reconnaît souvent comme cause déterminante une violence extérieure sur les os du crâne, l'insolation ou les excès alcooliques. Nous avons dit aussi que l'inflammation de loreille interne, soit qu'elle dépende primitivement de la carie du rocher, soit que, bornée d'abord à la muqueuse, elle finisse par altérer cet os, est une cause d'encéphalite, laquelle se termine ici presque toujours par la formation d'un abcès. Le virus vénérien a été considéré par Lallemand comme pouvant aussi exercer une influence directe et primitive sur le cerveau et l'enflammer ; mais cette opinion ne nous semble être encore nullement démontrée ; il est, au contraire, incontestable pour tous que le virus vénérien, en altérant les os du crâne, peut devenir ainsi l'occasion indirecte d'une encéphalite. Enfin, celle-ci se développe fréquenmnent ta pourtour d'un caillot ou d'une tumeur du cerveau : dans tous ces cas on dit qu'eUe est consécutive.
Traitement. — Le traitement ne diffère en rien de celui que nous avons ind^ que précédemment pour la méningite ; ce sont les antiphlogistiques combinés afec les mercuriaux et appliqués suivant les mômes règles. Peut-être pourrait-on essayer aussi la méthode contre-stimulante qui échoue généralement dans les phlegmasies des membranes séreuses ; quelques faits autorisent du moins à employer ce traitement dans l'encéphalite aiguë. Dans la période de collapsus, et lorsque la maladie passe à l'état chronique, il faut insister sur les révulsifs puissants portés sur le tube digestif et surtout sur la peau : tels sont un séton, un ou plusieurs cautères à la nuque, ou bien un large vésicatoire sur le cuir chevelu.