‹ Traité de pathologie interneChapitre 93 sur 152 · DU CORYZA · texte numérisé non relu

DU CORYZA

la bouche enlr'ouverte, ce qui les prédispose à Tangine granulée. Le coryza chronique ne s'accompagne jamais d'accidents généraux. 11 a une marche lente, irrégulière, et Ton observe souvent des exacerbations qui peuvent persister chaque fois une ou deux semaines. Outre ces exacerbations, il existe des variations en quelque sorte instantanées dans le degré de l'enchifrènement. D'un moment à l'autre, la narine est ou plus libre ou plus embarrassée, ce qui peut tenir à du mucus accumulé, ou bien à un boursouflement occasionné par une congestion de la muqueuse. La durée du coryza est indéterminée. La maladie peut continuer toute la vie sans altérer notablement la santé générale ; elle peut, à la longue, amener une suppuration dans l'épaisseur de la cloison ; cet effet pourtant est assez rare, il succède plus communément à une contusion du nez.

Diagnostic — Le diagnostic du coryza aigu ne présente pas de difficulté. Il faut savoir seulement que cette affection n'est pas toujours idiopathique, mais qu'elle est souvent la conséquence d'un état général : c'est ce que l'on voit, par exemple, dans la rougeole. Le coryza des nouveau-nés est caractérisé par la suffocation qui accompagne l'action de teter. Cet accident pourtant pourrait être produit par un vice de conformation de la bouche, de la langue, des fosses nasales et du mamelon ; mais, dans ces cas, on aura égard d'abord aux résultats fournis par l'inspection directe des parties. Dans le coryza, en effet, on trouvera une légère tuméfaction du nez, avec couleur luisante de la peau, avec rougeur et boursouflement de la muqueuse. Les enfants respirent uniquement par la bouche, qui reste entr'ouverte, la déglutition des liquides s'opère, pourvu qu'on les donne par ; cuillerées. On remarquera, en outre, que si les troubles qu'on constate tenaient à un vice de conformation, l'impossibilité de teter remonterait à la naissance, tandis que, lorsque les accidents dépendent d'un coryza, on apprend que l'enfant tétait librement avant l'invasion de la maladie.

Un écoulement sanguinolent, l'odeur fétide qu'il exhale, l'examen des fosses nasales, l'expulsion des pseudo-membranes, feront aisément reconnaître le coryza diphthéritique.

Le coryza chronique pourrait être confondu avec des polypes muqueux ; mais lorsque ceux-ci existent, l'enchifk^nement ne suit pas la môme marche que dans le coryza ; il augmente dans les temps humides, ne produit pas ou à peine d'écoulement ; enfin, l'inspection des fosses nasales finit bientôt par faire constater la présence des corps étrangers. Un abcès de la cloison ne saurait non plus en imposer en raison de la tuméfaction, de la douleur tensive que les malades accusent, et de la possibilité qu'il y a de constater la fluctuation. Il n'est besoin ici que de pré- Tenir le lecteur, pour qu'il ne regarde pas comme appartenant au coryza chronique rhnpétigo des narines, caractérisé par l'éruption à l'orifice de cellesHîi de petites pustules qui sont remplacées bientôt par des croûtes.

Les qualités des matières excrétées révèlent souvent l'état anatomique de la membrane de Schneider. Lorsque les mucosités sont habituellement puriformes et fêtides, on devra redouter quH n'existe quelque ulcération dans le nez.

Pronostic. — Le coryza n'offre de gravité que chez l'enfant nouveau-né ou à la mamelle, ou bien lorsqu'il est pseudo-membraneux, car nous avons vu que, dans ce dernier cas, il était toujours accompagné d'autres lésions sérieuses et symptomatiques du même empoisonnement.

Iktiologie. — La pituitaire est de toutes les muqueuses celle qui s'enflamme le plus souvent. Quoique le coryza soit une affection commune à tout ftge, il paraît pourtant qu'il règne surtout dans l'enfance et chez les jeunes sujets. 11 se montre

5i8 INFLAMMATION DE QUELQUES-UNS DES SENS.

souvent d'une manière épidémique après les variations brusques de température ou au conmiencement des froids rigoureux. L'iodure de potassium administré à l'intérieur provoque fréquemment un coryza très-incoomiode, mais d'une durée courte. Le coryza chronique a été regardé comme appartenant spécialement aux enfants lymphatiques. 11 a été plusieurs fois consécutif à l'habitation dans les lieux humides, à la suppression de la sueur des pieds, à l'habitude d'aller nu-téte, i l'usage du tabac, etc. ; enfin, suivant quelques auteurs, le coryza chronique serait fréquemment, chez les enfants à la mamelle, une manifestation de la syphilis : MM. Trousseau et Lasègue ont surtout soutenu cette opinion. Une idée assez répandue en Allemagne est que le coryza est contagieux ; mais cette doctrine n'a aucune espèce de fondement. Je ne parle que du coryza simple, car il est inutile de dire qu'il n'en est pas de môme de celui qui est pseudo-membraneux ; ce dernier est contagieux au môme degré que le croup et que l'angine couenneuse.

Traitement. — Le coryza aigu n'exige presque jamais un traitement actif, du moins chez l'adulte. Si la céphalalgie est vive, il convient de conseiller l'usage de pédiluves et de manuluves irritants ; on évitera toujours l'action du froid et le régime sera doux. Si le liquide qui s'écoule irrite le nez et les lèvres, on oindra ces parties avec de l'huile d'amandes douces ou avec la pommade de concombre, qu'on portera môme profondément dans le nez. Le traitement préconisé par le docteur AVilliams, consistant dans l'abstinence complète des boissons pendant trente-ûx ou quarante-huit heures, ne saurait ôtre adopté, car ce serait faire subir un véritable supplice pour une maladie de peu d'importance. Les fumigations émollientes, que beaucoup de personnes conseillent, nous ont paru, comme à Chomel, ôtre le plus souvent nuisibles ; en effet, elles exaspèrent ordinairement la céphalalgie, et rendent la respiration plus difficile, en augmentant le boursouflement de la muqueuse. Cependant les fumigations émollientes pourraient ôtre utiles s'il existait une grande sécheresse des narines et si cet état était désagréable pour les malades. Si le coryza affecte un nouveau-né, et s'il est assez intense pour produire l'occlusion presque complète des narines, il faudra remplacer l'allaitement naturel, devenu dès Ion impossible, en donnant le lait par peXites cuillerées à café, ce qui, ne nécessitant pas une occlusion parfaite de la bouche, permet encore l'introduction d'une quantité d'air suffisante pour l'hématose. On pourra, en môme temps, employer un laxatif et quelques révulsifs sur les extrémités, tels que des cataplasmes chauds oa bien des sinapismes mitigés ; les enfants seront maintenus au milieu d'une température douce.

Dans ces derniers temps, M. Teissier (de Lyon) a proposé d'appliquer au coryza le traitement abortif, qui réussit si généralement contre les phlegmasies de plusieurs autres membranes muqueuses. 11 conseille d'introduire dans les narines un petit bourdonnet de charpie trempé dans une solution de 25 à 30 cenligranmies de nitrate d'argent pour 30 grammes d'eau distillée, et de le promener pendant six ou huit secondes sur la partie antérieure et inférieure de ces ca\1tés. Il faut quelquefois renouveler l'application plusieurs jours de suite ; cependant une seule a réussi parfois à enlever un coryza après dix ou douze heures. Je doute cependant que cette méthode réussisse le plus souvent, à cause de la difficulté qu'il y a à promener le caustique sur toute la surface malade. 11 faut pourtant l'essayer dans le coryza pseudo-membraneux ; on a dit aussi d'insufOer alors de l'alun et du calomel. On pourrait encore donner à l'intérieur le chlorate de potasse qui, s'éliminant un peu par la muqueuse nasale, pourrait en modifier la sécrétion, comme cela arrive pour la muqueuse buccale dans la stomatite ulcéro-membraneuse.

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Dans le coryza chronique, on fera d'abord cesser Faction des causes qui l'ont produit ou qui Tentretiennent. On administrera quelques boissons sudoriflques et quelques laxatifs ; on fera dans les fosses nasales des fumigations, d'abord émoilientes, puis aromatiques. Si ces moyens échouent, on appliquera un vésicatoire à la nuque, ou bien encore on établira une dérivation sur un organe voisin, tel que la bouche, à l'aide de masticatoires plus ou moins puissants, comme le serait du tabac. Dans ces derniers temps, on a beaucoup vanté la médication topique portée sur Torgane malade ; on a surtout préconisé dans ce but les préparations mercurielles, conune le calomel, ou l'oxyde rouge môles à parties égales de sucre ou de gonome. Le sous-nitrate de bismuth a parfois été utile dans les mêmes cas. On a encore employé les cautérisations avec le nitrate d'argent : nous en parlerons dans l'article suivant. Enfin, si l'on reconnaissait que le coryza chronique est une des manifestations de la syphilis, on lui opposerait le traitement spécifique que nous exposerons dans le tome II, en traitant des maladies vénériennes.

DE l'oZÈNE.

STirotmni. — Corysa ulcéreni, rhinite nlcérente, puiaisie, etc.

Nous donnons le nom d'ozéne ou de coryza ukéreux à une forme de la rhinite anatomiquement caractérisée par des ulcérations delà pituitaire. Quelques auteurs ont signalé la fétidité des narines comme constituant le caractère distinctif de la maladie ; mais c'est là un accident commun à plusieurs affections des fosses nasales (telles que coryza simple et ulcéreux, vice de conformation, etc.) ; on ne saurait, par conséquent, en faire un signe pathognomonique : cependant il est assez important pour qu'on doive, dans la description, diviser les ulcérations des fosses nasales en fétides et en non féHdes.

Caractères anatomiques. — Lorsqu'on examine les fosses nasales dans le coryza ulcéreux, on trouve la membrane muqueuse épaissie, gonflée, mamelonnée, friable, décollée par un pus fétide, et détruite dans différents points. Les ulcérations sont très-variables quant à leur siège, à leur nombre, à leur étendue et à leur aspect. Les unes sont petites, n'intéressant que la membrane muqueuse ; elles siègent ordinairement, suivant Boyer, à la partie antérieure de la cloison, au point de réunion des portions cartilagineuse et osseuse. Les autres se rencontrent le plus communément à la racine du nez, sur la muqueuse qui tapisse les os propres et le vomer. Quelquefois petites, et alors très-nombreuses, il est plus commun de n'en voir qu'une, deux ou trois au plus, mais très-larges. Les unes sont superficielles ^ les autres, profondes, pénètrent jusqu'à l'os, qui, à ce niveau, est carié, ramolli ou nécrosé. Les bords de ces solutions de continuité sont très-irréguliers. Un nmcus puriforme, sanguinolent, et des croûtes brunes, noirâtres, obstruent les fosses nasales, qui exhalent le plus souvent une odeur fétide. Enfin, on peut trouver des désordres plus grands encore, comme la destruction des os propres du nez, de la cloison, du vomer ; le nez lui-même peut être détruit en totalité ou en partie.

Symptômes. — Le coryza ulcéreux succède quelquefois au coryza aigu, ou bien son début est obscur et ne diffère en rien, par ses symptômes comme par sa marche, du coryza chronique, dont nous avons précédemment parlé. Le malade, en e£fet, est habituellement enchifrené ; il mouche beaucoup de mucus épais, Jau^ nfttre, verdfttre, purulent ; il éprouve de la gêne, rarement de la douleur, dans les

^osses nasales. Celles-ci sont obstruées par des eroôtes adhérentes, que la plupart des malades arrachent avec leurs doigts, ce qui produit parfois un suintement sanguin ; l'inOammation augmente à la suite de ces manœuvres, qui, répétées fréquemment, peuvent rendre la guérison difficile ou impossible. Cependant, dans une forme plus grave de la maladie, le fluide qui s'échappe est ichoreux, fétide, et Fair qui traverse les fosses nasales pendant l'expiration est lui-môme imprégné de cette odeur pénétrante, insupportable, qu'on a comparée à celle de la sueur des pieds ou des macérations anatomiques, ou bien à celle d'une punaise écrasée ; de là le nom de punaisie donné à la nmladie, et celui de panais, sous lequel on désigne quelquefois les malades. Lorsque l'ulcération s'étend aux os ou aux cartilages du nez, on voit cet organe se tuméfier, se déformer et devenir d'un rouge vidacé. En pressant à ce niveau avec les doigts, on constate souvent de l'empâtement, de l'œdème, une sorte de crépitation due à l'altération des os propres, qui finissent par se détacher et sortir, soit par les fosses nasales, soit par une ulcération des téguments. Dans ce cas, le nez s'affaisse à sa base, tandis que sa pointe se relève, ce qui donne à la face quelque chose d'ignoble et de hideux.

Presque toujours il existe chez les punais pour expliquer l'horrible odeur qu'ils exhalent un état pathologique des solides (inflammation, ulcérations de la muqueuse, caries des os, vice de conformation, étroitesse des narines, aplatissement du nez). Cependant dans quelques cas exceptionnels les individus atteints de celle horrible infirmité ont toutes les apparences d'une belle constitution ; leur nez est bien conformé ; leur muqueuse nasale aussi, lorsqu'on peut l'examiner, semble intacte, et à en juger par le mucus qu'elle exhale on la dirait exempte de toute altération. Les malades dont nous parlons auraient-ils, en vertu d'une di^)osition inconnue, la fâcheuse prérogative de sécréter normalement, sans lésion appréciable du tissu, un mucus nasal infect, comme nous en voyons tant d'autres dont la sueur des pieds, des aisselles, exhale une odeur des plus désagréables, bien que la peau de ces parties ne diffère en rien de celle du commun des honames?

Marche. Bnrée. Terminaisons. — Le coryza ulcéreux a toujours une marche chronique : cependant il peut présenter de temps en temps des exacerbations qui Ini donnent momentanément l'aj^arence d'une maladie aigué. Cette affection, qui n'a pas de tendance à guérir spontanément, a presque toujours une durée longue, indéterminée. Elle rend souvent la vie incommode, insupportable, mais elle ne Fabrége pas sensiblement ; lorsque la nM>rt survient, c'est toujours pif^ suite de quelque complication.

Diagnostic. — Nulle difficulté pour distinguer l'ozène des odeurs désagréables ou infectes ayant leur cause dans la bouche. Lorsqu'il n'existe que de l'enchifrènement, ainsi qu'un écoulement jaune, verddtre ou purulent, il est impossible de dire si le coryza est simple ou bien s'il est ulcéreux. La fétidité des narines n'est pas non plus un caractère distinctif, puisque nous avons vu qu'on pouvait FobserfW dans les deux formes de la maladie, et même chez les individus qui ont la base do nez aplatie, les fosses nasales étroites et vicieusement conformées. L'inspection seule des parties, comme la pratique M. J. J. Cazenave, pourrait pourtant permettre d'établir le véritable caractère de la maladie, s'il est vrai qu'on puisse manœuvrer comme l'indique le médecin de Bordeaux. Quoi qu'il en soit, M. le docteur Case- Bave procède à l'examen en plaçant d'abord son makde en face d'une croisée bien éclairée; il lui renverse la tête en arrière et fait parvenir les rayons luimneux aotii profondément que possible. S'il existe des croûtes, il fait des lotions et des fumigations émoUientes, afin de les détacher sans effort. Si cette exploration ne fait :

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découvrir, M. CasenaTe prend un stylet mousse, flexible et recourbé à son extrémité en forme de crocbet ; il l'introduit dans la fosse nasale aussi profondément que possible; puis en le ramenant d'arrière en avant, et en lui faisant exécuter de légers mouvements de rotation, il explore avec l'extrémité mousse toute la surface de la membrane pituitaire. Celle-ci est-elle exempte d'ulcérations, le stylet glisse sans sentir d'inégalités ; mais si, au contraire, la membrane offre des solutions de continuité, l'extrémité de l'instrument est retenue par les bords de l'ulcération. L'exploration dont je parle devra surtout âtre faîte sur la partie de la cloison qui est voisine de la racine du nez, puisque nous avons vu que c'était le siège de prédilection des ulcérations. Mais il nous semble fort douteux qu'on puisse arriver par ce moyen à un résultat utile, et d'ailleurs, jusqu'à présent, personne, que nous sachions, n'a vérifié les assertions du médecin de Bordeaux.

C'est encore par l'inspection qu'on pourra différencier le coryza ulcéreux d'avec un polype, d'avec l'inflanunation phlegmoneuse ou les abcès de la cloison, ainsi que nous l'avons exposé plus haut. Je ne dirai rien du coryza qui accompagne la morve et le farcin chroniques; car c'est le symptôme d'une affection générale qui, comme nous le verrons plus tard, a des caractères particuliers.

Enfin, le coryza ulcéreux diagnostiqué, il faut reconnaître sa nature. S'il y a peu de douleur, si le mucus nasal est peu altéré, s'il n'exhale, non plus que l'air, aucune odeur fétide, il est probable qu'il n'existe qu'une ulcération simple, dont la guérison sera facile. Mais si l'odeur est fétide, si l'écoulement nasal est ichoreux, purulent, on devra regarder l'ulcèrç comme étant plus grave, et l'on recherchera alors s'il n'est pas symptomatique d'un état constitutionnel, tel que syphilis et scrofules; on éclaircira ce problème par l'étude des commémoratifs et des symptômes concomitants.

Pronostic. — Si le coryza ulcéreux ne compromet pas l'existence, il constitue du moins une affection incommode, répugnante, et qui peut produire à la longue une déformation et môme une mutilation.

iStlolo§fle, — Le coryza ulcéreux est rare avant dix ans ; on l'observe surtout dans la jeunesse et dans l'âge adulte; on ignore quelle est l'influence du sexe; il a para être parfois héréditaire. Une constitution molle, scrofuleuse, semble y prédisposer ; on ne sait pas précisément si les personnes qui sont sujettes aux coryzas aigus y sont plus exposées que d'autres. Quant aux causes occasionnelles, elles nous sont inconnues dans la plupart des cas ; toutefois il est hors de doute que Tozène a été plusieurs fois consécutif à l'extirpation ou à l'arrachement des polypes ; d'autres fois la maladie semble être un accident des scrofules ; enfin, plus souvent encore, l'ozène est produit par la syphilis constitutionnelle. C'est surtout lorsqu'il reconnaît cette cause qu'on observe la destruction des os et des cartilages du nez.

Traitement. — On a conseillé un grand nombre d'agents thérapeutiques contre le coryza ulcéreux. Il fout, lorsque les accidents aigus existent, les combattre parle traitement antiphlogistique et par les révulsifs, par des lotions, des injections et des fumigations émollientes ; c'est par ce dernier moyen qu'on provoquera la chute et l'issue des croûtes qui obstruent les fosses nasales, et qui sont une cause permanente d'irritation : les malades ne devront jamais les arracher. Plus tard on a recours aux injections détersives, avec les eaux sulfureuses naturelles, avec le chlorure de calcium ou de sodium {i grammes pour 150 à 200 grammes d'eau d'orge), avec une décoction de roses rouges ou avec une solution de sous-acétate de plomb. On peut aussi faire, soit avec celui-ci, soit avec le minium et la céruse, une pommade, un cérat, que l'on introduit dans le nés à l'aide d'un pinceau ou d'une

tente, ou bien encore on fait priser du 80U8-nitrate de bismuth et du chlorate de potasse. Depuis près d'un siècle les mercuriaux ont été administrés à différentes époques contre le coryza ulcéreux non syphilitique. On a conseillé le précipité blanc, le précipité rouge, le calomel mêlés à parties égales de sucre porphyrisé» oo bien on fait des injections dans le nez avec des liquides de compositions différentes. On emploie surtout les astringents (solutions plus ou moins faibles d'alun, de tannin, de sulfate de cuivre ou de zinc); des modificateurs topiques plus énergiques, comme une solution faible de nitrate d'argent ou de sublimé (2 à 5 centigrammes pour 100 grammes), dose qu'on pourva sans doute dépasser plus tard; on pourra encore employer la teinture d'iode très-affaiblie, une solution de chlorate de potasse. Si l'ozène est de nature vénérienne, il faudra soumettre le malade à un traitement mercuriel régulier, auquel on associera l'usage des sudorifiques. La constitution scrofuleuse exigera à son tour l'emploi des toniques, des ferrugineux, de l'huile de foie de morue.

Les injections médicamenteuses seront toujours précédées d'une injection i grand courant pour déblayer les parties et mettre la muqueuse dans de bonnes conditions pour être influencée par le liquide médicamenteux. Ces injections, répétées deux fois par jour, sont d'ailleurs un excellent palliatif. M. Maisonneuve les a recommandées avec juste raison. Il est d'ailleurs fort remarquable de voir l'eau poussée vivement dans une des narines, lorsque la tôte est légèrement inclinée en bas, ne pas pénétrer dans la gorge et revenir en partie par la narine opposée, vers laquelle le courant est dirigé par le voile du palais qui en se relevant forme une espèce de gouttière.

DE l'otite.

Sous le nom d'otite on comprend toutes les inflammations de l'intérieur de l'oreille. On les divise, d'après leur siège, en externes et en internes. Dans le premier cas, la phlegmasie, bornée au conduit auditif externe, ne dépasse pas la membrane du tympan ; dans le second, elle occupe une ou plusieurs des parties qui constituent l'oreille interne. Eu égard à sa marche, on divise encore l'otite eno^ et en chronique.

Caractères anatomiqnes. — Dans l'otite aigué externe, la peau fine qui tapisse le .conduit auditif est injectée, rouge et souvent assez tuméfiée pour oblitérer tout à fait le canal; elle a alors l'aspect d'une membrane muqueuse. On peut voir à sa surface des vésicules, des pustules, de petits abcès et des ulcérations ; quelquefois elle est décollée par du pus, et il est commun alors de trouver les cartilages sobjacents ramollis et perforés. Les os, au contraire, sont rarement altérés ; souvent la membrane du tympan est perforée ou détruite. Dans l'otite interne, on trouve les différentes parties constituantes de l'oreille interne, notamment la cavité du tympan, les cellules mastoïdes, le conduit d'Eustachi, tapissées par une muqueuse rouge, boursouflée, ramollie, ulcérée ; ces cavités et les canaux demi-circulaires euxmêmes sont parfois remplis d'une matière sanieuseet purulente ; enfin, les os finissent bientôt par être attaqués à leur tour. Ces lésions sont bien autrement graves et profondes dans l'otite chronique, plus généralement désignée sous le nom d'otarrhée purulente. Ici, en effet, on trouve des végétations fongueuses dans le conduit auditif interne ; la membrane du tympan est complètement détruite, et les osselets de l'ouïe sont détachés, libres, ou bien il n'en existe plus de trace, la suppuration les ayant entraînés pendant la vie. Les os sont cariés dans un ou plusieurs points;

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on observe surtout la carie de Tapophyse mastoïde et celle du rocher au voisinage des canaux demi-<:irculaire8 : le conduit auditif interne est beaucoup plus rarement atteint. Dans les cas où le rocher est carié^ nécrosé, vermoulu dans toute son épaisseur, on observe souvent des lésions graves vers le cerveau et ses membranes. La dure-mère peut alors être noirâtre, détachée de l'os, et la portion correspondante du cerveau être ramollie ou devenue le siège d'un vaste abcès, le plus souvent enkysté, dont la cavité communique quelquefois avec l'intérieur de l'oreille à l'aide de plusieurs ouvertures ou perluis du rocher. Les désordres pourtant n'ont pas toujours cette étendue ni cette gravité. Souvent, en effet, l'intlammation chronique de Toreille moyenne est seulement caractérisée par un épaississement, par un boursouflement de la muqueuse, avec accumulation de concrétions diverses à sa surface. Mais une des altérations les plus fréquentes, au rapport du docteur Toynbee, ce serait la formation de brides membraneuses dans les différentes parties de la cavité du tympan ; elles sont parfois si nombreuses, d'après lui, qu'elles la remplissent presque tout entière. Ces adhérences sont surtout très-prononcées entre les jambes de l'étrier et les parois contigués de la cavité du tympan. Il doit en résulter, on le comprend aisément, un trouble plus ou moins profond dans les fonctions de l'organe de l'ouïe. (Tome VIII des Transact, méd.-chir. de Londres^ année 1845.)

Symptômes. Marche de rotite aigné. — 1° OHte externe, — Dans sa forme la plus légère, c'est-à-dire dans l'inflammation érysipélateuse du conduit auditif, lorsque la rougeur ne s'accompagne d'aucune tuméfaction, les malades accusent dans l'oreille un peu de chaleur, et surtout un prurit inconmiode. Bientôt surviennent quelques élancements avec des douleurs de tête : il y a des bourdonnements, puis de la surdité, et le méat rougit. Dans celte affection on voit des squames peu épaisses se former, et le cérumen, plus consistant, devenir parfois brunâtre et même noir ; ailleurs il est blanchâtre et quasi fluide ; sa sécrétion peut être augmentée. C'est souvent à la suite de celte inflammation légère que se forment dans le conduit auditif des espèces de bouchons ou de tampons durs comme un morceau de craie, qui irritent, enflamment la portion du conduit avec lequel ils sont en contact, parfois la membrane du tympan elle-même, qu'on a vu être perforée de manière à permettre au bouchon cérumineux de pénétrer dans l'oreille moyenne. Le plus souvent ces corps étrangers, outre la surdité, ne provoquent guère qu'un écoulement plus ou moins puriforme.

Ces concrétions de l'oreille ont souvent les apparences des calculs biliaires ; ils ne sont pas seulement constitués par du cérumen et par les débris épidermiqueys, mais, comme Ménière le fait remarquer, on y trouve encore une grande quantité de poils roides et courts, qui peuvent provenir en partie du tragus et des bulbes pilifères qui garnissent Toriflce du méat externe ; ce médecin croit aussi que l'inflanomation de la peau du conduit auditif peut provoquer le développement de ces villosilés.

Dans une forme plus intense de l'otite, le conduit auditif est le siège d'une chaleur brûlante ; souvent il y a des élancements, il est plus ou moins rétréci, et l'on voit sur le méat des vésicules et des pustules d'un petit volume, ou des espèces de végétations fongueuses ou charnues ; la peau rouge et sèche sécrète bientôt un liquide séreux ou mucoso-purulent. Cette espèce d'otite, dans laquelle le tissu glandulaire est peut-être plus spécialement atteint, a été nommée calarrhale; elle persiste souvent des années entières sans s'étendre, dit Kramer, au delà de l'épaisseur de la peau, sans gagner les os, sans provoquer la perforation de la membrane du tympan, qui pourtant est rouge, mais il arrive néanmoins quelquefois que sous

l'influence d'un refroidissement, la phlegmasîe se propage à Topeille interne, et jusqu'au cerveau lui-môme. Chez quelques sujets l'écoulement peut cesser tout à fait, de manière à faire croire à une guérison complète ; mais si en pareil cas, dit Kramer, on examine le fond du conduit auditif à l'aide du spéculum, on trouve les parties intérieures toujours altérées, le fluide sécrété est plus épais; il s'accumule et se condense profondément.

Dans une troisième forme d'otite, l'inflammation devient phlegmoneuse, c'est-àdire qu'elle gagne jusqu'au tissu cellulaire. Les malades ressentent alors des douleurs vives, lancinantes, qui leur arrachent des cris ; l'ouïe de ce côté est diminuée ou perdue : les malades se plaignent d'éprouver des bourdonnements et des sifflemenls, par suite du gonflement de la membrane qui obstrue ou qui oblitère le conduit. En même temps, il existe un état de malaise, quelquefois une fièvre intense avec céphalalgie, avec hémicrânie. Si la douleur d'oreille est très-vive, et si le sujet est nerveux, il peut survenir du délire. Cependant, vers le troisième ou quatrième jour, les symptômes diminuent d'intensité, et cet amendement coïncide presque toujours avec l'écoulement d'un pus inodore ou fétide, qui a lieu par le conduit auditif, et qui s'arrête généralement au bout de quelques jours. Parfois la suppuration continue, mais le méat est alors tellement rétréci, que le pus ne peut s'en écouler ; ce fluide, s'accumulant dans le conduit auditif, comprime la membrane du tympan et devient une cause de douleurs souvent très-vives.

2« Inflammation aiguë de la membrane du tympan ou myringite. — Cette maladie, dit Kramer, débute tout à coup ; elle donne lieu à une douleur plus ou moins vive, occupant le fond du méat, s'étendant au sommet du pharynx et an cou ; elle s'accompagne ordinairement de bourdonnements et de bruits variés. La membrane du tympan mise à découvert à l'aide du spéculum est rouge par places ; lorsque la maladie est plus aiguè, toute la membrane est envahie; elle est d'un rouge vif et hérissée d'une foule de petites saillies glandulaires. Sa dépression centrale est effacée et l'on ne distingue plus l'insertion du manche du marteau. Les malades accusent en même temps des douleurs déchirantes ; l'ouïe est faible ; il y a delà fièvre et la sécrétion du cérumen est suspendue. Si la maladie est mal traitée, ou si elle est abandonnée à elle-même, un écoulement puriforme, strié de sang, a lieu par l'oreille. La surdité fait des progrès, et si l'on examine de nouveau l'état de la membrane, on la trouve percée de plusieurs ouvertures, qui peuvent n'être pas plus larges que celles que ferait une piqûre d'épingle; mais quelquefois elles oni le diamètre d'un pois. Enfin, dans des cas plus graves encore, les deux tiers du tympan sont détruits et les débris de la membrane sont couverts d'excroissances ou de végétations. Si la maladie est convenablement traitée, la fièvre cesse, les douleurs se calment, les bourdonnements disparaissent ; mais la surdité augmente en raison de l'épaississement que subît le tympan par suite d'une infiltration séreuse qui se fait entre les feuillets membraneux qui le composent. Il peut même subir la transformation cartilagineuse ou osseuse, et devient alors tout à feit insensible au contact des instruments.

3' Inflammation catarrhale de l'oreille moyenne, — Celte maladie, soit qu'elle n'affecte qu'une oreille, soit qu'elle atteigne les deux, ne s'accompagne généralement d'aucune douleur ; mais les malades ressentent profondément, les uns des démangeaisons, d'autres des craquements ; il y a des bourdonnements et de la surdité dans tous les cas. Le cathétérisme de la trompe d'Eustachi et rinsufOatlon de l'air sont, dit Kramer, les deux moyens indispensables pour arriver à un diagnostic certain. On ne peut, en effet, ajoute le même auteur, conserver le moindre

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