CHAPITRE lit Névralgie
Comme nous avons admis jusqu'à présent pour base de classification des maladies les modifications anatomiques, il paraîtra inconséquent que nous traitions également la névralgie comme une maladie et que nous en rattachions la description à celle de la névrite et des névromes. La névralgie est un ensemble de symptômes qui ne dépend nullement de modifications anatomiques constantes. Mais comme du reste dans beaucoup de cas de névralgie il est impossible de constater des modifications anatomiques quelconques et comme en outre dans la plupart des cas où ces modifications existent réellement elles ne suffisent pas à elles seules pour rendre compte de la névralgie, nous sommes forcés de commettre cette inconséquence que nous ne pourrons d'ailleurs pas éviter à l'occasion d'autres processus pathologiques ayant pour siège le système nerveux, et qui ne se laissent pas non plus ramener à des bases anatomiques constantes.
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Toute sensasion de douleur est produite par la transmission au cerveau d'une excitation de nerfs sensibles, provoquée par une irritation anormale. La sensation douloureuse connue sous le nom de névralgie dépend également de l'excitation de nerfs sensibles et de la transmission de cette excitation au cerveau. Si malgré cela on dislingue les douleurs névralgiques des
autres douleurs, c'est parce que dans les névralgies l'excitation des nerfs sensibles est déterminée par d'autres irritations ou par des irritations agissant sur d'autres parties des nerfs que cela n'a lieu dans les formes ordinaires de la douleur. Si une sensation douloureuse est provoquée par un coup, par des degrés de température trop bas ou trop élevés ou par d'autres agents venant offenser les terminaisons périphériques des nerfs, ou bien si cette sensation est provoquée par des inflammations et par d'autres maladies de texture de la peau, des muqueuses, des organes parenchymateux, il ne peut plus être question d'une névralgie. Mais si une douleur existante ne peut être attribuée à quelque influence irritante ayant agi sur les terminaisons périphériques d'un nerf, ou s'il est probable que la cause nuisible a agi sur le tronc du nerf et non sur ses terminaisons périphériques, on donne le nom de névralgie à la douleur ressentie dans les parties où se rendent les divisions terminales du nerf irrité. Comme prototype de la forme dans laquelle les douleurs se manifestent dans le domaine d'un nerf en dehors de toute irritation appréciable agissant sur le nerf lui-même ou sur ses terminaisons, on peut citer cette névralgie de la branche frontale du trijumeau qui se déloppe assez souvent sous l'influence d'une infection paludéenne ; et comme prototype de la seconde forme, celle dans laquelle les douleurs périphériques ont été provoquées manifestement par une cause ayant agi sur le tronc nerveux, cette névralgie, à la vérité très-passagère, qui est due à une contusion du nerf cubital à l'endroit connu du coude. Ce qui est le plus probable, c'est qu'en général dans les cas où la cause nuisible agissant sur le nerf se soustrait à l'observation (comme, par exemple, dans les névralgies de cause paludéenne), ce ne sont pas les terminaisons périphériques des nerfs, mais les troncs nerveux qui se trouvent atteints. Ce qui semble le prouver, c'est d'abord la limitation exacte des douleurs névralgiques aux terminaisons périphériques d'un seul nerf et l'immunité des parties environnantes, si ces parties sont innervées par d'autres nerfs pourvus de fibres sensibles. Une limitation semblable serait tout à fait incompréhensible si les causes irritantes agissaient sur la périphérie. Comment expliquer, par exemple, que le bord radial d'un doigt ou la région frontale d'un côté restent, constamment exempts d'une influence nuisible ayant agi à un si haut degré sur le bord cubital du même doigt, ou sur la région frontale du côté opposé ? Une circonstance qui parle encore en faveur du tronc nerveux comme point de départ des névralgies, c'est, que la douleur ne donne jamais l'idée de la nature de l'agent irritant. Comme on sait, les papilles cutanées en rapport avec les terminaisons nerveuses servent principalement d'intermédiaires pour donner la sensation de la pression et de la température. Si les douleurs névralgiques étaient provoquées par l'action d'une cause non appréciable sur la peau, les malades recevraient une impression qui leur rappellerait la nature de cet irritant: ils se plaindraient d'une brûlure,
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d'un picotement ou de quelque autre genre de douleur. Que, par contre, un tronc nerveux mis à nu soit exposé à l'action d'un corps très-froid ou très-chaud, qu'on le pique, qu'on le pince ou qu'on l'irrite de n'importe quelle manière, toujours il n'y aura, comme dans la névralgie, qu'une seule et même impression douloureuse et le malade ne pourra jamais reconnaître par l'espèce de douleur quelles sont les causes qui l'ont provoquée. Enfin, l'insuccès de la plupart des sections nerveuses prouve que ce n'est pas dans l'expansion périphérique d'un nerf mais dans son tronc ou ses branches qu'il faut chercher le siège de la maladie. — Les modifications physiques ou chimiques qui se sont produites dans le nerf et qui peuvent être la cause de son excitation pathologique dans la névralgie nous sont inconnues ; nous osons même affirmer que ces modifications ne peuvent pas consister en anomalies grossières et faciles à découvrir, parce que des anomalies de ce genre suspendraient immédiatement l'excitabilité du nerf, mais qu'au contraire les agents nuisibles que l'on cite comme causes des névralgies ne peuvent l'être qu'autant qu'ils exercent une influence relativement peu hostile sur les nerfs, qu'ils ne déterminent aucune modification anatomo-pathologique appréciable. Si, à l'examen anatomo-pathologique, on trouve un nerf qui a été le siège d'une névralgie, bien modifié à un endroit, on peut être certain que ce n'est pas cet endroit qui a été le point de départ des douleurs, mais un point situé plus haut qui ne permet de reconnaître aucune anomalie ni à l'œil nu ni sous le microscope.
La prédisposition pour les névralgies varie selon les individus. Une excitabilité pathologiquement exagérée de tout le système nerveux, vulgairement appelée faiblesse des nerfs, dont il sera question plus tard et que l'on rencontre plus souvent chez les femmes que chez les hommes et plus souvent également chez les individus anémiques, délicats, que chez les sujets pleins de sève et de vigueur, paraît contribuer au développement plus facile des névralgies chez telle personne que chez telle autre.
Les couses déterminantes, c'est-à-dire les irritations qui, agissant sur les troncs nerveux, provoquent les névralgies, sont tantôt appréciables, tantôt inconnues. Rien ne nous autorise à distinguer sous le nom de névralgies vraies ou pures celles qui sont provoquées par des irritants inconnus de celles qui sont pi'ovoquées par des agents connus. La douleur qui résulte -d'un choc du nerf cubital près du condyle interne de l'humérus ou du nerf sciatique à sa sortie de l'échancrure sciatique, et s'irradiant, la première dans les doigts, la seconde dans les orteils, est bien aussi une névralgie vraie ou pure. Une distinction plus pratique consiste à donner le nom de névralgie pure ou vraie à celle qui persiste après que la cause qui l'a provoquée a cessé d'agir. Parmi les influences nuisibles qui peuvent être constatées comme produisant directement la névralgie, les plus fréquentes sont : 1° la Lésion des nerfs par des instruments piquants, par le phlébotome, la
lancette, des aiguilles; une solution de continuité complète est beaucoup moins dangereuse que ces sortes de piqûres ; 2° une irritation des nerfs par des corps étrangers qui ont pénétré dans leur voisinage et y restent fixés ou enkystés ; ainsi on a surtout vu des fragments de balles de fusil provoquer des névralgies opiniâtres par l'irritation continue qu'ils exercent sur les nerfs près desquels ils se sont arrêtés ; 3° le tiraillement d'un nerf par une cicatrice rétractée; li° la pression exercée sur les nerfs par les anévrysmes, les exostoses osseuses ou dentaires, les néoplasmes et surtout les carcinomes; 5° les névromes décrits dans le chapitre précédent; 6° l'engorgement des plexus veineux avoisinant les nerfs dans les endroits où ces derniers traversent des canaux osseux. La preuve que cette cause exerce une influence assez notable sur le développement des névralgies semble ressortir pour Henle de ce fait que le côté gauche est plus particulièrement prédisposé aux névralgies intercostales; le côté gauche serait désavantagé d'après lui comparativement au côté droit par le détour que le sang y serait forcé de faire à raison de la disposition des troncs veineux (de la veine demiazygos dans la veine azygos) pour se rendre des veines de la moelle épinière dans la veine cave. Si dans ces conditions un obstacle s'opposait au retour du sang veineux vers le cœur, cet obstacle exercerait nécessairement une influence plus fâcheuse sur le côté gauche que sur le côté droit (voy. Névralgie intercostale, chap. vin) ; une circonstance qui, d'après Henle, prouverait encore la dépendance fréquente des névralgies d'une dilatation des plexus veineux qui enlacent les nerfs pendant leur passage à travers des permis osseux, ce serait ce fait que la première branche du trijumeau qui, soûs le rapport des plexus veineux dont elle est entourée, est dans des conditions identiques à celles des nerfs intercostaux, serait beaucoup plus souvent le siège d'une névralgie, que la seconde et la troisième branche, placées dans d'autres conditions. — Dans les névralgies dites rhumatismales, qui proviennent de refroidissements, on ne peut découvrir, il est vrai, aucune modification matérielle du névrilème pouvant expliquer l'irritation du nerf; cependant il est très-probable, quoique hypothétique, qu'une hypérémie et un gonflement œdémateux du névrilème, disparaissant après la mort, servent de base aux névralgies rhumatismales. — Enfin il nous reste à citer comme causes de névralgie l'empoisonnement par des poisons métalliques, par le mercure, le plomb, le cuivre, ainsi que l'infection paludéenne. Dans les formes, provoquées par ces causes, il est absolument impossible de s'expliquer pourquoi une irritation, développée sous l'influence de ces affections constitutionnelles, n'étend pas son action au delà de trajets nerveux parfaitement limités.
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Dans la névralgie il y a lien de distinguer deux espèces de douleurs, la première limitée à des points déterminés d'un trajet nerveux, peu violente, mais fatigante et augmentée par la pression (points douloureux de Valleix) ; la seconde survenant par accès et rayonnant à partir de ces points dans la direction du trajet nerveux, douleur très-violente et presque intolérable. Les points douloureux existent de préférence aux endroits où un nerf sort d'un canal osseux ou d'une aponévrose qu'il a traversée et se rapproche de la surface. L'étendue de ces endroits paraît plus grande aux malades qu'elle ne se montre en réalité quand pour l'explorer on a recours à la pression du doigt. Une observation intéressante a été faite par Budge qui a trouvé sur les nerfs moteurs des grenouilles, examinés par lui point par point en vue de leur excitabilité, quelques places douées d'une excitabilité extrême, à côté d'autres où l'excitabilité était très-faible ; peut-être les points douloureux que Valleix a constatés sur les nerfs sensibles correspondent-ils aux points particulièrement excitables trouvés par Budge sur les nerfs moteurs. D'autres observateurs n'ont pas trouvé dans les névralgies les points douloureux d'une façon aussi constante que Valleix, qui prétend ne les avoir jamais vus manquer. — Les douleurs paroxystiques suivent les trajets nerveux tantôt en descendant, tantôt en montant, ce qui a fait admettre une névralgie descendante et une névralgie ascendante, qui certainement est beaucoup plus rare que la première. Les malades disent que la douleur ne siège pas à la surface mais dans la profondeur. C'est du reste un fait exceptionnel que les paroxysmes douloureux ne se ressentent que dans un ramuscule isolé d'un nerf. Ordinairement ils s'étendent sur plusieurs rameaux d'une forte branche mais rarement sur toutes les ramifications d'un nerf. — Il est très-singulier qu'assez souvent la névralgie se jette d'un nerf sur un autre qui n'a pas la même origine que le premier. D'après la loi de la conduction isolée on devrait s'attendre à ne voir une pareille transmission s'effectuer que dans les organes centraux, par l'intermédiaire des ganglions: toutefois, l'observation qu'assez souvent une névralgie s'étend d'un nerf cérébral, par exemple le trijumeau, à un nerf spinal, tel que l'occipital, fait suppose]1 que la transmission ne s'opère pas de cette manière et nous devons nous contenter d'avoir simplement rappelé ce fait inexplicable. Il
n'est pas rare que dans la sphère d'innervation d'un nerf frappé de névralgie, on observe des anomalies dans la distribution du sang, dans la sécrétion et dans la nutrition, sans que jusqu'à présent nous connaissions la manière dont l'excitation morbide des nerfs sensibles provoque un état d'excitation des nerfs vasomoteurs. Au début des accès de névralgie on voit quelquefois la peau pâlir; mais plus souvent on la voit rougir au point culminant des
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accès névralgiques, en même temps que la sécrétion de la muqueuse nasaler de la conjonctive, des glandes lacrymales et salivaires est augmentée. A cesanomalies se rattachent des exanthèmes, tels qu'ils se développent pendant certaines névralgies, surtout la névralgie intercostale, dans la sphère d'épanouissement des nerfs malades (voy. Herpès zoster), et enfin l'atrophie ou le développement graisseux extraordinaire que dans les névralgies de longue durée on observe parfois dans les parties où se ramifie le nerf malade. — Il est rare que l'excitation des nerfs sensibles se transmette dans les névralgies sur des nerfs moteurs par l'intermédiaire des ganglions, et il faut se garder de confondre avec des mouvements réflexes tous les mouvements convulsifs que les malades exécutent pendant leurs accès douloureux.
La marche des névralgies est chronique, excepté pour les formes déterminées par l'infection paludéenne. Presque jamais cette marche n'est uniforme ; on remarque au contraire, abstraction faite des accès douloureux interrompus par des intervalles libres., des rémissions et des exacerbations dans la marche générale de la maladie. Ainsi, à certaines époques, les accès douloureux se répètent plus souvent et atteignent un degré plus élevé qu'à d'autres. Un type régulier n'existe que pour le retour des paroxysmes qui dépendent d'une névralgie provoquée par l'infection paludéenne, dans ce qu'on appelle une fièvre intermittente larvée. Dans tous les autres cas le type est irrégulier ; aussi les accès douloureux non-seulement viennent spontanément, ou du moins sans cause connue, mais encore sous l'influence de certaines circonstances particulières. De ce nombre sont les irritations de la peau dans le domaine des nerfs malades, telles que pression, frottement, action du froid ou de la chaleur, etc. Souvent il semble qu'un léger attouchement provoque des douleurs plutôt qu'une forte pression. En outre, les mouvements des parties dans lesquelles les douleurs ont leur siège, par exemple la mastication dans les névralgies du trijumeau, la marche dans celles du nerf sciatique, la toux et l'éternument dans les névralgies des nerfs intercostaux, provoquent les accès douloureux. Les émotions sont quelquefois suivies du même effet. J'ai traité d'une névralgie du trijumeau un vieux monsieur qui, toutes les fois que j'entrais dans son appartement, eut un accès tellement violent qu'il lui fallut un certain temps pour se remettre et pouvoir me saluer. La durée de chaque accès n'est ordinairement que de quelques secondes, mais souvent ces courts accès se répètent plusieurs fois dans l'espace d'une ou de plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'ils quittent enfin le malade pour un temps plus ou moins long. Il est donc permis de dire que dans le cours d'une névralgie il y a de longs accès composés d'une série d'accès plus courts. Comme nous sommes presque forcés d'admettre que l'irritation agissant sur le nerf et qui forme la base de la névralgie agit d'une manière continue, les intervalles libres qui viennent interrompre les douleurs dans le cours de la maladie sont très-difficiles à comprendre, tout au
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plus peut-on se les expliquer par le fait physiologique bien connu que, lorsqu'un nerf a été excité outre mesure, son excitabilité se trouve ensuite suspendue pour un certain temps ; ainsi dans les névralgies des états d'excitation excessive doivent alterner avec des états où l'excitation est éteinte. Ce qui vient jusqu'à un certain point à l'appui de cette explication, c'est cette observation qu'après de violents accès douloureux les terminaisons périphériques des nerfs deviennent pour un certain temps insensibles à l'égard des agents irritants du dehors, qu'elles semblent, par conséquent, avoir perdu leur excitabilité ; ensuite le fait que quand on a provoqué un fort accès en exerçant une pression continue sur un point douloureux, la répétition de cette pression ne provoque pas un nouvel accès. Le monsieur mentionné plus haut était également pris d'accès douloureux quand il commençait ses repas. Pour pouvoir les continuer il commençait par mordre plusieurs fois de suite avec une grande force sur une croûte de pain ; par là il provoquait un accès violent à la suite duquel il pouvait terminer son repas sans nouvelle douleur.
La durée de la névralgie peut se prolonger bien des années. Parmi les terminaisons, la guérison complète, si l'on excepte les formes d'origine miasmatique et les névralgies dites rhumatismales, n'est rien moins que fréquente. La terminaison par anesthésie continue, que l'on devrait considérer a priori comme la plus ordinaire, attendu qu'il semble très-probable qu'une irritation de longue durée doit finir par détruire le nerf, est en général assez rare. Dans bien des cas les névralgies, surtout quelques-unes de leurs formes, restent stationnaires et persistent jusqu'à la mort du malade. Celle-ci n'est guère amenée par la maladie elle-même, mais par des complications accidentelles ou par la maladie qui a été la cause première de la névralgie.
§ 3. Traitement.
Dans les cas où la névralgie résulte de la pression ou du tiraillement que des corps étrangers, des tumeurs ou des cicatrices, exercent sur un nerf, l'indication causale réclame l'intervention de la chirurgie. Cette circonstance qu'après l'éloignement des corps étrangers et l'extirpation des tumeurs qui ont pu irriter le nerf, la névralgie quelquefois n'en continue pas moins d'exister, ne doit pas nous empêcher de pratiquer ces opérations; car on ne peut pas savoir à l'avance si la névralgie est devenue habituelle, c'est-à-dire si l'influence nuisible qui a agi sur le nerf a mis ce dernier dans un étal morbide persistant, ne. pouvant plus disparaître après l'éloignenu'iit de la cause. — Les remèdes dits antirhumatismaux mit rarement du succès contre les névralgies rhumatismales. Ce dernier est plutôt obtenu par les bains chauds naturels ou artificiels. Bien des malades atteints de ces névralgies
rhumatismales cherchent du soulagement à Bade, à Wildbad, à Wiesbaden et dans d'autres stations thermales, et quelques-uns y sout réellement soulagés. — Dans les névralgies intermittentes à type régulier, d'origine paludéenne, l'antidote mis en usage contre l'intoxication palustre, la quinine, rend d'éclatants services. Pour le traitement des névralgies produites par le cuivre, le mercure et par le plomb, les bains sulfureux et l'usage interne des préparations sulfureuses jouissent d'une vogue toute particulière. — Enfin l'indication causale exige que l'on combatte la prédisposition aux névralgies; et comme nous savons au moins en partie sur quoi cette prédisposition repose, nous sommes assez souvent en état de satisfaire cette indication. Nous croyons devoir nous élever contre la prétention de ceux qui voudraient faire du carbonate de fer un spécifique contre la névralgie ; mais lorsque l'appauvrissement du sang a joué un rôle essentiel dans la production d'une névralgie, ou, pour tenir le langage de Rademacher, lorsque la névralgie est une « affection à fer de l'ensemble de l'économie », alors le carbonate de fer, aussi bien que d'autres préparations ferrugineuses donne souvent d'excellents résultats. D'une manière analogue, les cures si souvent mentionnées qui modifient énergiquement la désassimilation et la nutrition peuvent se montrer très-utiles contre la névralgie.
L'indication de la maladie exige que dans les cas où nous ne pouvons pas éloigner les causes de la névralgie nous cherchions à réparer les troubles de la nutrition d'où elle dépend ou à détruire l'excitabilité du nerf, ou enfin à rendre impossible la transmission de l'excitation morbide au cerveau.
Parmi les meilleurs moyens de remplir ces conditions il faut compter l'emploi de l'électricité. Par le courant induit aussi bien que par le courant constant on obtient souvent les meilleurs résultats. — Toute une série de cas de névralgies opiniâtres qui ont été guéries dans ma clinique par le courant induit, a été publiée en 1862 par le docteur Leube, dans sa dissertation inaugurale. Depuis cette époque mes observations sur les bons effets de ce traitement se sont considérablement multipliées, et je puis en résumer les résultats dans les propositions suivantes :
1° Pour le traitement des névralgies par le courant induit on se sert le plus avantageusement des électrodes métalliques connues sous le nom de pinceaux électriques. — Après avoir mis dans la main du malade ou appliqué sur un point quelconque du corps l'autre électrode, garnie d'une éponge mouillée, on passe légèrement avec le pinceau sur la peau, le long du nerf malade, et s'il y a des points douloureux on laisse agir le pinceau au niveau de ces points un peu plus longtemps que sur la peau (moxa électrique).
2° Beaucoup de névralgies traitées auparavant sans succès par les remèdes les plus variés sont guéries définitivement après douze ou vingt de ces séances et quelques-unes encore plus rapidement. Dans d'autres cas on n'obtient ni guérison ni amélioration.
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3° Dès la première séance on peut savoir si le traitement par l'électricité d'induction guérira ou ne guérira pas la névralgie. En effet, ce n'est que dans les cas où immédiatement après l'électrisation les douleurs sont considérablement améliorées ou totalement dissipées, ne serait-ce que pour trèspeu de temps, que l'on est en droit d'espérer la réussite; si ce premier effet palliatif n'a pas lieu, la continuation du traitement n'amènera aucun résultat.
L'application du courant induit faite comme nous venons de la décrire est très-douloureuse ; ce n'est que quand les malades se sont assurés de ses résultats favorables par leur expérience personnelle, qu'ils consentent à se soumettre patiemment au traitement, mais ordinairement en manifestant leurs souffrances par des soupirs et des gémissements. A l'endroit où le courant a agi sur la peau il se produit un érythème d'assez longue durée. Je ne veux pas me prononcer sur la question de savoir si l'action curative du courant induit dépend d'une simple révulsion cutanée comme celle de la cautérisation linéaire, tant vantée par Yalleix, ou celle des vésicatoires et des frictions irritantes, ou bien si cette action curative se produit de toute autre manière.
. Un moyen qui rend beaucoup plus de services dans les névralgies que le courant induit, c'est l'emploi du courant constant. Bien des cas traités sans succès à l'aide du courant induit ont été guéris à l'aide du courant constant, tandis que jusqu'à présent je n'ai jamais constaté Finverse. J'applique les deux pôles sur le trajet du nerf malade, et le pôle positif, sans m'inquiéter de la direction du courant, sur les parties les plus douloureuses et sur les endroits où le nerf se rapproche de la surface, par exemple sur le trou sousorbitaire ou sus-orbitaire, sur le trou malaire, sur l'échancrure sciatique. S'il est possible de comprendre, comme cela peut se faire à la joue ou au nez, le nerf entre les deux électrodes, je conduis l'un des pôles dans la bouche ou dans le nez, jusqu'cà l'endroit d'où partent les douleurs d'après l'indication du malade, et j'applique le pôle opposé à l'endroit correspondant de la peau extérieure. L'application du courant constant ne produit pas au commencement une aussi forte douleur, mais bientôt il se développe une sensation de brûlure et de picotement désagréable qui augmente progressivement et s'exaspère à un degré intolérable si l'on se sert d'un grand nombre d'éléments. Les modifications de la peau produites par le courant constant à son lieu d'application, si l'on y maintient les électrodes pendant un certain temps, sont bien plus fortes que celles qui s'observent sous l'influence du courant induit. Elles consistent non-seulement en un fort érythème, en un gonflement considérable de la peau et en une augmentation de volume des parties sous-cutanées, mais il se développe encore, surtout au point d'applicalion du pôle positif, des papules, des plaques d'urticaire, dont la surface se couvre d'une eschare. La preuve que ces modifications ne se
produisent pas uniquement au point d'application mais encore dans la profondeur, ressort, non-seulement de l'augmentation de volume du tissu souscutané et des muscles situés sous la peau, mais encore de l'expérience suivante qui nous fournit des renseignements précieux sur la manière d'agir du courant constant dans les névralgies et dans d'autres névroses ainsi que dans plusieurs autres affections des muscles, des articulations, etc. (Erb.) Si l'on fait croiser les avant-bras de telle sorte qu'ils se touchent par leurs faces palmaires et qu'on applique ensuite les électrodes sur les faces dorsales, la rougeur se montre non-seulement aux endroits où sont appliquées les électrodes mais encore aux endroits correspondants des faces palmaires. Ordinairement le soulagement se fait sentir immédiatement après l'application du courant constant comme après celle du courant induit; mais quelquefois la douleur ne fait qu'augmenter au commencement sans qu'il soit permis pour cela de discontinuer le traitement. Il me semble indubitable que dans la plupart des névralgies l'action curative du courant constant s'explique par la modification qu'il fait subir à la circulation, aux phénomènes d'endosmose, au renouvellement organique tant dans le nerf malade que dans son névrilème ou dans les parties qui l'entourent immédiatement, peu importe, que cet effet catalytique soit le résultat des décompositions chimiques provoquées par le courant ou de l'attraction de certains éléments des liquides nutritifs vers les points d'application des pôles, ou qu'il se produise de toute autre manière. Le gonflement de la peau, le développement de petites élevures ou de papules sur celte dernière après l'application du courant constant ne prouvent pas plus l'action directe de ce courant sur les nerfs vaso-moteurs que la rubéfaction qui a lieu après l'application d'un sinapisme ne prouve une action semblable pour l'huile essentielle de moutarde. Je crois qu'il est parfaitement irrationnel d'avoir séparé dans la plupart des traités modernes d' électrothérapie les effets du courant constant sur les névralgies, les paralysies, etc., de son influence sur les troubles trophiques. Aussi bien que dans les maladies des muscles, des articulations, etc. , contre lesquelles le galvanisme est également fort utile, il s'agit dans la plupart des névralgies et dans la plupart des autres névroses de troubles trophiques, c'est-à-dire d'anomalies de la circulation et de la texture, de phénomènes d'exsudation et non de phénomènes moléculaires ou d'une modification dans les propriétés électriques des nerfs, fait sur lequel Remak a du reste vivement insisté. Dans l'intérêt de la bonne cause je regrette vivement qu'au lieu de s'en tenir aux faits qui ressortent avec évidence de l'observation clinique on ait essayé d'expliquer les effets curatifs du courant constant dans les maladies des nerfs et des muscles, par les lois que l'on a découvertes sur les contractions initiales et terminales, sur l'anélectrotonus et le catélectrotonus, sur les effets de l'irritation et de la section du grand sympathique. Ces doctrines qui sont loin d'être achevées et qui