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ANESTHESIE DES NERFS CUTANES. 3C

objets aussi longtemps qu'ils peuvent contrôler le mouvement à l'aide de la vue, et les laissent tomber aussitôt qu'ils ferment les yeux. Si l'anesthésie des nerfs musculaires s'empare des extrémités inférieures, les malades marchent souvent assez bien pendant le jour ; mais dans l'obscurité leur marche devient chancelante et ils ne parviennent pas à faire même quelques pas en avant (voy. l'observation intéressante citée au chapitre de l'ataxie locomotrice, p. 322).

Très-souvent l'anesthésie se complique de troubles de la circulation et de la nutrition dans les parties insensibles. La température de ces dernières est souvent descendue de plus d'un degré, les fonctions sont en souffrance, les sécrétions sont diminuées. Ajoutez à cela une vulnérabilité plus grande ; ainsi l'action relativement peu intense du froid ou de la chaleur est suivie de congélations ou de brûlures très-graves, les ulcères et les plaies guérissent lentement ou ne se cicatrisent jamais, très-facilement il se développe des eschares de décubitus. L' épidémie et les ongles se fendillent et se détachent par petites plaques ; la peau devient livide ; dans le tissu cellulaire sous-cutané il se développe de l'œdème. Le ralentissement de la circulation explique jusqu'à un certain point ces phénomènes qui se produisent dans les parties insensibles, mais la cause de ce ralentissement est elle-même inexpliquée. D'après les expériences d'Axmann, il n'est pas improbable que 02 ralentissement de la circulation dépende d'une atteinte simultanée des fibres ganglionnaires accolées aux fibres spinales. En effet, après avoir divisé sur des grenouilles les nerfs spinaux entre la moelle épinière et le ganglion spinal, Axmann n'observa que l'anesthésie et la paralysie, mais aucun trouble de la nutrition dans les parties paralysées. Si, au contraire, il divisait les nerfs au delà de l'endroit où des fibres du grand sympathique s'y ajoutaient par l'intermédiaire du rameau communiquant, l'anesthésie et la paralysie ■se compliquaient de la pâleur de la peau, de la desquamation de l'épiderme, des stases de la circulation capillaire et de l'œdème.

Si le nerf qui a été séparé de l'organe central, ou qui a perdu son excitabilité pour une cause quelconque, contient à la fois des fibres sensibles et des fibres motrices, il y a en même temps anesthésie partielle et paralysie partielle. 11 semble presque qu'un nerf qui a perdu son excitabilité puisse aussi transmettre par l'intermédiaire des ganglions cet état passif à d'autres nerfs, tout comme le nerf excité transmet par l'intermédiaire des cellules ganglionnaires l'état actif de l'excitation à d'autres trajets nerveux. De cette manière on s'explique les observations où un affaiblissement des sens du goût et de l'odorat s'était joint à l'anesthésie du trijumeau, et celles où une anesthésie du conduit auditif se compliquait d'une surdité nerveuse, enfin celles où des paralysies incomplètes étaient venues se joindre à des anesthésies de longue durée.

11 n'est pas toujours facile de distinguer l'anesthésie périphérique des

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formes centrales. Le diagnostic différentiel s'appuie : 1° sur le plus ou moins d'extension de l'anesthésie, et sur la présence ou l'absence d'une complication de cette dernière par une paralysie motrice. Si l'anesthésie est unilatérale et jointe à une hémiplégie, c'est une raison pour croire à la forme cérébrale. Si elle est répandue sur la partie inférieure du corps et jointe à une paraplégie, orî se trouve presque toujours en face d'une maladie de la moelle épinière. S'il y a anesthésie de la face, la présence simultanée d'une paralysie annonce l'origine centrale de l'anesthésie, la motilité normale, son origine périphérique. 2° Un fait très-important pour la distinction des deux formes c'est la présence ou Vabsence des 'phénomènes réflexes. Si l'anesthésie est périphérique, que le nerf soit séparé du cerveau ou que son excitabilité soit simplement •éteinte, son excitation ne peut être transmise à des nerfs moteurs; il ne peut, en d'autres termes, se produire aucun phénomène réflexe. Si, au contraire, l'anesthésie est centrale, c'est-à-dire si la partie du cerveau oui les sensations arrivent à la conscience est détruite, le chemin par lequel l'excitation d'un nerf sensible se transmet à un nerf moteur peut être complètement intact ; en d'autres termes, les mouvements réflexes peuvent trèsbien se produire. — Il en est de même quand la moelle épinière est détruite en un endroit circonscrit ; comme cela arrive dans la spondylarthrocaee et dans la myélite partielle; par contre, dans la dégénération diffuse, dans le tabès dorsualis, les phénomènes réflexes ne se produisent pas bien facilement.. — Un exemple frappant de ces différences est le suivant : si, à la suite d'une apoplexie, il s'est développé une anesthésie de la conjonctive, le malade ne sent rien lorsqu'on lui touche la conjonctive, mais il n'en ferme pas moins involontairement l'œil, parce que l'excitation est transmise des fibres sensibles du trijumeau aux fibres motrices du facial; — si, au contraire, l'anesthésie de la conjonctive dépend d'une destruction du ganglion de- Gasser ou de la branche ophthalmique, le malade ne sent pas l'attouchement de la conjonctive, et ne ferme pas non plus instinctivement l'œil, parce que dans ce cas la transmission de l'excitation sur le nerf facial n'est plus possible.

La marche de l'anesthésie dépend complètement de la maladie première... Si le nerf est divisé par une section, la sensibilité quelquefois se rétablit au bout d'un certain temps; si, au contraire, une grande portion d'un nerf est détruite, l'anesthésie persiste toujours pour la vie entière. L'anesthésie rhumatismale, ainsi que celle qui a été provoquée par l'action d'une pression uniforme, pas trop intense, surtout le trajet nerveux, permet d'espérer plutôt que d'autres formes une issue favorable.

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