‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 121 sur 247 · ANESTHESIE DES NERFS CUTANES · texte numérisé non relu

ANESTHESIE DES NERFS CUTANES

tendu local des anesthésiques, de l'éther et du chloroforme. Il ne me paraît pas démontré que ces substances, employées localement, n'agissent en réalité que d'une manière locale ; il me semble même plus probable que toujours elles étendent en même temps, sinon exclusivement, leur action au cerveau. Est-il admissible en effet que dans un état de parfaite intégrité cérébrale ces agents aient le pouvoir de produire un effet manifestement anesthésique ? L'anesthésie hystérique est soumise à des conditions toutes particulières; nous en parlerons plus loin dans le chapitre consacré à l'hystérie.

L'anesthésie produite par la pression prolongée et uniforme de pièces de pansement ou de vêtements trop serrés forme la transition à ces formes pour lesquelles on est non-seulement obligé de supposer l'existence de modifications matérielles des nerfs comme causes de l'anesthésie, mais où l'on peut même directement démontrer l'existence de ces modifications. Dans ces conditions nous voyons se développer l'atrophie et un commencement de dégénérescence graisseuse de n'importe quelle partie exposée à la pression, et certainement les nerfs périphériques ne sont pas exempts de ces états consécutifs. — Par la pression de tumeurs de toute espèce, d'exsudats et d'extravasats l'excitabilité d'un nerf est souvent suspendue et sa continuité finalement interrompue. — Dans d'autres cas d'anesthésie une partie du nerf est détruite par une inflammation. 11 est inutile de pousser plus loin l'énumération des modifications matérielles qui peuvent produire une anesthésie, car cela nous entraînerait simplement à répéter ce que nous avons déjà dit à l'occasion de l'étiologie des névralgies. Les mêmes causes morbifiquesqui, lorsqu'elles agissent faiblement et pendant peu de temps, mettent le nerf dans un état d'excitation exagérée, ont une influence plus hostile lorsqu'elles agissent plus fortement et plus longtemps et abolissent l'excitabilité du nerf ou détruisent le nerf lui-même.

L'anesthésie est complète ou incomplète. Dans le premier cas, les causes d'irritation qui agissent sur la périphérie, surtout la pression et les changements de température, ne provoquent aucune sensation. Dans le second cas, les sensations se produisent, mais elles sont vagues et indistinctes. Avec l'anesthésie incomplète coïncide souvent une sensation d'engourdissement. 11 semble au malade qu'un milieu étranger soit interpose entre la peau et le corps mis en contact avec elle. Henle croit que celte sensation est duc à l' extraction de la sensibilité dans les terminaisons périphériques, d'où elle se retirerait dans la direction des organes centraux, ce qui ferait qu'effectivement une couche de substance inerte serait interposée entre le nerf et

l'objet extérieur. Cette hypothèse explique très-facilement que ce soit précisément le froid, dont l'action s'étend tout d'abord sur les terminaisons périphériques des nerfs du toucher, qui provoque avant tout cette sensation d'engourdissement de la peau. — Une espèce particulière d'anesthésie, c'est l'état connu sous le nom d'analgésie. Dans cette dernière les irritations même les plus violentes, ne provoquent aucune sensation douloureuse, tandis que le sens du toucher reste absolument intact. Ce phénomène n'a pas été suffisamment expliqué jusqu'à présent. On pourrait la considérer avec Henle comme un degré inférieur d'anesthésie et admettre que dans l'analgésie une irritation excessive n'est pas suivie du mode habituel de perception, c'est-à-dire de douleur, mais de la forme qui dans les nerfs normalement excitables est produite par des irritations modérées. Mais cette hypothèse ne serait fondée qu'autant que des degrés modérés d'irritation ne seraient plus sentis du tout, ce qui dans l'analgésie n'est pas le cas. — Encore plus obscures et tout à fait inexpliquées sont les modalités de l'anesthésie que l'on a désignées du nom de paralysies partielles du sentiment. Dans ces cas la faculté de sentir des excitations de telle ou telle espèce est éteinte, tandis que les individus continuent de sentir d'autres excitations qui ne sont pas plus fortes que les premières. Ainsi, par exemple, un individu aura perdu le sentiment du toucher et il conservera celui de la température, ou bien réciproquement il ne sentira plus les différences de température, mais il conservera dans toute leur intégrité les sensations tactiles.

La loi dite de l'excentricité, en vertu de laquelle l'excitation d'un nerf sensible, en supposant même qu'elle ait porté sur le tronc, donne la sensation d'une excitation de ses terminaisons périphériques, explique suffisamment que les malades accusent souvent des souffrances dans des parties complètement insensibles à une excitation venant du dehors, phénomène auquel on a donné le nom d'anesthésie douloureuse. Une anesthésie douloureuse doit se produire dans tous les cas où le nerf a perdu son excitabilité jusqu'à un certain endroit et où une forte irritation agit au-dessus de cet endroit sur la partie excitable du nerf qui est encore en communication avec le cerveau. On conçoit facilement que très-souvent les deux conditions coïncident, comme par exemple lorsque des tumeurs exercent une pression sur le nerf. La portion du nerf qui est comprise entre la tumeur comprimante et le cerveau reste excitable et sensible à l'irritation, qui agit d'une manière continue ; la portion comprise entre la tumeur et la périphérie a perdu son excitabilité.

En cas d'anesthésie des nerfs musculaires la perception du degré de contraction ou de relâchement des muscles est diminuée ou abolie. Ces sortes de malades peuvent quelquefois exécuter tous les mouvements qu'on les invite à faire, mais ne peuvent pas juger sans le secours de la vue jusqu'à quel point ces mouvements ont été accomplis. Ils tiennent solidement les

Page 1