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CHAPITRE XIV Anesthésie du trijumeau

§ 1. Pathogénie et étiologie.

D'après ce que nous avons dit au chapitre précédent, les mêmes causes que nous avons vues déterminer la prosopalgie peuvent être suivies d'une anesthésie du trijumeau, lorsque leur action est plus forte ou plus prolongée. — Dans l'anesthésie d'un des côtés de la face on a trouvé le ganglion de Gasser correspondant comprimé, dégénéré et détruit par des tumeurs voisines. Dans d'autres cas, une seule des trois branches principales avait subi une compression permanente ou quelque autre lésion dans l'intérieur du crâne ou à son passage à travers le sphénoïde. Dans d'autres cas encore, qui sont les plus fréquents de tous, quelques-unes seulement des ramifications du trijumeau avaient été divisées dans des opérations, détruites par des ulcérations ou par une pression émanant de ganglions ou d'autres tumeurs ou déchirés pendant l'extraction de dents, ce qui arrive surtout pour le nerf dentaire inférieur. — La marche heureuse que la maladie prend dans certains cas prouve que des modifications passagères dunévrilème ou des nerfs eux-mêmes, probablement dues à un refroidissement, peuvent également déterminer une anesthésie du trijumeau.

§ 2. Symptômes et mangue.

Si toutes les fibres du trijumeau onl perdu leur excitabilité, on peu! admettre que le tronc du nerf ou le ganglion de Gassèr est dégénéré ou

détruit. Dans ces cas la l'ace est partagée en deux moitiés nettement séparées l'une de l'autre et dont l'une est sensible, l'autre insensible. Il en est de même des différentes cavités de la face qui reçoivent leurs fibres sensibles du trijumeau. Du côté malade on peut toucher l'œil, presser sur le globe, le piquer, irriter l'intérieur du nez avec des instruments pointus, avec du fort tabac à priser, avec des vapeurs acres, sans que les malades en aient la moindre conscience. Si ces derniers approchent un verre des lèvres, ils n'en sentent que la moitié et il leur semble que le verre est cassé. Même une moitié de la langue est insensible. La salive s'écoule de la bouche du côté malade et des restes d'aliments adhèrent aux lèvres sans que les malades s'en aperçoivent. Les phénomènes réflexes font défaut dans les muscles de l'œil, quand on irrite la conjonctive, ainsi que nous l'avons dit au chapitre précédent, par contre ces phénomènes se produisent quand une forte lumière tombe sur la rétine, parce que le nerf optique resté intact transmet l'excitation au nerf facia1. Si les malades ne clignent pas, lorsqu'on leur irrita la conjon;tive, ils n'éternuent pas non plus, lorsqu'on insulte la muqueuse nasale du côté malade, attendu que de ce côté encore aucun mouvement réflex? ne peut être provoqué dans l'appareil respiratoire. A ces phénomènes s'ajoutent des troubles nutritifs dans le côté malade, troubles analogues à ceux que l'on peut artificiellement provoquer chez les animaux par la destruction du ganglion de Gasser, c'est-àdire, un développement variqueux [des veines de l'œil, l'ulcération et l'atrophie de cet organe, le boursouflement fongueux des gencives, des hémorrhagies de la bouche et du nez, une coloration bleuâtre et un gonflement œdémateux de la joue. Aux observations « d ageustie, » on peut opposer un nombre égal de cas où le goût s'était conservé intact. Souvent la vue et l'odorat sont en souffrance ; toutefois il est difficile de décider quelle est la part prise à ces troubles par les anomalies mentionnées de la muqueuse na?ale et du globe oculaire. Si la petite portion du trijumeau est détruite en même temps que la grande portion, une paralysie unilatérale des muscles masticateurs coïncide avec l'anesthésie unilatérale, et si la destruction du ganglion a été déterminée par des tumeurs volumineuses ou par d'autres affections étendues de la base du crâne, les fonctions d'autres nerfs cérébraux, surtout de l'oculomoteur commun, du facial, du nerf acoustique, sont ordinairement en souffrance aussi bien que celles du trijumeau ; ainsi il y a blépharoptose, dilatation de la pupille, paralysie du côté correspondant de la face, surdité de l'oreille correspondante.

Si ce n'est pas le tronc même du trijumeau, mais une de ses branches principales qui se trouve atteinte , l'anesthésie est limitée à la sphère d'innervation de cette branche, à savoir à la cavité de l'œil, s'il s'agit de la première branche, au 'nez, s'il s'agit de la seconde, et à la cavité buccale s'il s'agit de la troisième. — Si de simples rameaux sont atteints, les places

insensibles du visage sont encore moins étendues et les cavités peuvent être à l'état normal.

Une anesthésie centrale et isolée, du trijumeau sans anesthésie concomitante de la moitié correspondante du corps et sans hémiplégie, est un fait des plus rares. Au chapitre précédent nous avons indiqué les conditions les plus importantes qui nous permettent de distinguer cette forme de l'anesthésie périphérique.

Encore pour ce qui concerne le traitement, nous aurons simplement à rappeler ce que nous avons dit au chapitre précédent sur le traitement de l'anesthésie en général.

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