CHAPITRE XVII
Paralysie tlu nerf facial. — Paralysie mimique. Paralysie de Bell.
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Dans le chapitre présent nous passerons sous silence la paralysie de la face, due à l'abolition de l'influence de la volonté et qui, se rattachant presque toujours à une hémiplégie des extrémités, constitue un symptôme fréquent de l'apoplexie et d'autres maladies du cerveau.
L'excitabilité du nerf facial ou sa communication avec le cerveau peut être détruite par des influences nuisibles qui agissent : 1° sur le tronc du nerf avant son entrée dans le conduit auditif interne ; 2° sur la portion du nerf qui parcourt le rocher; 3° sur ses ramifications périphériques dans la face. — Dans l'intérieur de la cavité crânienne le facial est le plus souvent comprimé et détruit par des tumeurs cérébrales qui partent de la base ou qui se sont avancées jusqu'à la base. 11 arrive plus rarement que ce résultat est produit par des exsudats, par des épaississements de la dure-mère, par des exostoses. — Dans l'aqueduc de Fallope, le nerf est détruit le plus souvent par la carie du rocher; ce n'est que dans quelques cas rares que des fractures du crâne ou des plaies par armes à feu ont donné lieu à une lésion du nerf facial dans l'intérieur du rocher. — Les ramifications périphériques du facial sont quelquefois volontairement ou accidentellement divisées dans les opérations chirurgicales. C'est ce qui est arrivé à ce cocher qui remercia Bell de la réussite de l'extirpation d'une tumeur située près de l'oreille, tout en se plaignant de ne pouvoir plus siffler à ses chevaux depuis qu'il avait été opéré En outre, une pression continue que des ganglions lymphatiques hypertrophiés ou d'autres tumeurs font subir aux ramifications du nerf facial, de même que la commotion et la contusion qui leur sont communiquées par un soufflet peuvent être suivies de paralysie faciale. Il n'est pas rare que cette paralysie soit produite au moment de la naissance par une des branches du forceps venant comprimer des ramifications du nerf. .Mais une cause qui, [dus souvent que tontes celles dont il \ient d'être question, donne lieu à la paralysie faciale, c'est le refroidissement subit du \isa^e
fortement échauffé. Beaucoup de malades contractent cette affection en se mettant à la fenêtre immédiatement après être sortis du lit. Halla accuse les chemins de fer d'augmenter la fréquence des paralysies faciales : on court à la gare, on arrive échauffé, on saute dans le wagon, et on s'expose aux courants d'air venant des fenêtres ouvertes, — de là une paralysie faciale. La paralysie faciale est une maladie assez fréquente. Joseph Frank en a observé 22 cas clans l'espace de quinze ans. Les données statistiques sur la fréquence relative des paralysies faciales aux différents âges de la vie, chez les deux sexes et sur les deux moitiés de la face n'ont donné aucun résultat digne d'être cité. Si la fréquence plus grande de la paralysie faciale du côté gauche venait à se confirmer, il ne faudrait pas chercher la cause de ce phénomène dans une prédisposition du nerf facial gauche, mais dans cette simple circonstance que la joue gauche est plus exposée aux soufflets, aux coups de sabre et à d'autres accidents de ce genre.
§ 2. Symptômes et marche.
Les symptômes de la paralysie faciale consistent dans l'immobilité et dans le relâchement des muscles de la face innervés par les fibres atteintes. La paralysie du muscle frontal et du muscle sourcilier ne permet plus au front de se rider. Romberg dit : « Le front du vieillard devient lisse comme celui de l'enfant et pour les vieilles femmes il n'y a pas de meilleur cosmétique. » La paralysie du muscle orbiculaire des paupières met les malades dans l'impossibilité de fermer complètement l'œil. Si on les invite à en faire l'essai, ils font descendre un peu la paupière supérieure en relâchant le releveur de la paupière supérieure, soumis à l'empire de leur volonté et en même temps ils roulent le globe de l'œil en haut pour couvrir la cornée. Les larmes ne sont pas poussées vers les points lacrymaux, mais coulent le long de la joue. L'œil, incomplètement fermé, exposé à toutes les injures des agents extérieurs, est facilement atteint de troubles inflammatoires. L'élévateur commun de la lèvre supérieure et de l'aile du nez, le releveur de l'angle de la bouche et les muscles zygomatiques ne peuvent plus tirer en haut la lèvre supérieure, le nez et l'angle de la bouche, ni dilater les narines. Pendant l'expiration la paralysie du muscle buccinateur fait gonfler la joue comme une voile pendante. Plusieurs actes pour lesquels on a besoin de l'intégrité des muscles de la face, tels que la prononciation des lettres labiales, l'acte de siffler, de souffler, de cracher, deviennent impossibles. La mastication elle-même, qui ne dépend pas du nerf facial, se fait sans difficulté ; mais le bol alimentaire passe très-souvent entre les dents et la joue du côté malade et il faut que le malade se serve de ses doigts pour le remettre dans l'intérieur de la bouche. Quand la paralysie n'existe que d'un