III. — HYPÉRÉM1E ET ANÉMIE DE LA PEAU
Le contenu sanguin de [la peau est sujet à des oscillations plus grandes que celui des autres organes, parce que la peau est exposée beaucoup pluque tous les autres organes du corps aux influences qui modifient la circus lation. Nous avons longuement décrit, au premier volume, les anomalies de la distribution du sang dans la peau, dues à des maladies du cœur, et parmi elles la turgescence des artères et des capillaires artériels provenant d'une exagération de l'activité cardiaque, aussi bien que l'engorgement des veines et des capillaires veineux (cyanose) provenant d'an affaiblissement de «cette activité.
L'hypérémie de la peau et avant tout une hypérémie fluxionnaire prend naissance, quand la peau est exposée à une température élevée, surtout à la chaleur humide, quand des substances irritantes telles que moutarde, cantharides, garou, agissent sur elle pendant un temps pins ou moins long ou bien quand elle est offensée par des causes mécaniques. Dans tous ces cas, le relâchement du tissu cutané parait être, comme nous l'avons déjà plusieurs fois répété, le premier effet des influences que nous venons de nommer, et la dilatation des capillaires est sans doute simplement le résultat de la diminution de résistance du tissu relâché qui les entoure. Lorsque l'hypérémie •est assez considérable pour que la peau paraisse rouge à travers l'épiderme (|ui la couvre, on donne à cet état le nom d'èrythémè, et, selon que la rubéfaction a été déterminée par l'action d'une haute température, par l'effet de la moutarde, des cantharides, du garou, il y a erythema ealoricum solare et veîiendté. Avec tout autant de droit on pourrait appeler érithème traumatique la rougeur de la peau qui se produit à la suite d'une contusion. Ces différents noms donnés à l'hypérémie de la peau sont très- inutiles et occasion-
nent même des malentendus et des confusions, parce que les processus inflammatoires dont la peau peut être le siège ont également reçu le nom d'érythème quand ils sont accompagnés de rougeur. — Nous verrons en outre qu'une hypérémie partielle de la peau est le premier symptôme de la plupart des exanthèmes aigus et chroniques qui, en poursuivant leur évolution, donnent lieu à des exsudats dans 1 intérieur du tissu cutané ou à sa surface libre. — Enfin on observe très-souvent des hypérémies partielles de la peau dans certaines maladies fébriles, sans que nous soyons en état de donner l'explication de ce phénomène. L'hypérémie se borne ordinairement, dans ces cas, à de petites places circonscrites et donne lieu à des taches rouges, rondes ou irrégulières, dont la dimension varie entre celles d'une lentille et celles d'une pièce de 50 centimes ; c'est ce qu'on appelle une roséole. Mais ce nom ne se donne pas exclusivement aux petites taches rouges dues à une simple hypérémie, mais encore à de petites infiltrations de la peau, accompagnées d'hypérémie, et qui forment des élevures rouges, autrement dit des papules. La roséole se joint à la fièvre typhoïde, au choléra typhoïde et à d'autres maladies d'infection, mais très-souvent aussi, surtout chez les enfants, aux catari'hes fébriles de l'estomac et de l'intestin "et aux maladies du cerveau et du poumon accompagnées de fièvre. Si l'an peut trouver une cause qui explique suffisamment la fièvre existante, on donne ordinairement à la roséole le nom de roséole symptomatique ; si au contraire il est impossible de découvrir la cause de la fièvre, la roséole est dite idiopathique. A cette dernière catégorie appartiennent la roséole d'été, la roséole d'automne, la roséole des enfants et quelques-unes des formes morbides décrites par les auteurs sous le nom de roséole fébrile. — La rougeur de la peau et une sensation de chaleur augmentée sont les seuls symptômes de l'hypérémie cutanée ; l'endroit rougi par l'hypérémie se décolore lorsqu'on exerce sur lui une pression et que l'on exprime le sang des capillaires, tandis que la rougeur provenant d'une hémorrhagie dans l'épaisseur du derme ne disparaît pas sous cette pression. Lorsque l'endroit rougi est en même temps douloureux, qu'il est enflé, qu'une pression exercée sur lui ne laisse pas à sa suite une tache blanche, mais une tache jaunâtre et qu'après la disparition de la rougeur il se fait une desquamation de l'épiderme, on n'a plus affaire à une hypérémie simple, mais à une hypérémie accompagnée d'une infiltration inflammatoire.
V anémie de la peau n'est qu'un phénomène partiel, mais un symptôme important de l'appauvrissement général du sang. Elle se produif en outre quand la peau est exposée à une basse température, aussi bien par suite des effets physiques du froid, que par suite de la contraction des muscles cutanés provoquée par l'influence de cet agent. L'une et l'autre cause rendent la peau plus épaisse et plus résistante et arrêtent par là la pénétration du sang dans les capillaires. Cet effet est exagéré par la contraction simul-