‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 169 sur 247 · ECZÉMA · texte numérisé non relu

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donne lieu à une exsudation séreuse à la surface libre de ce dernier. Mais ce qui distingue l'eczéma des différentes espèces d'herpès, c'est, d'une part, la tendance à s'étendre en largeur, qui s'observe même pour les eczémas les moins étendus; et, d'autre part, la marche non typique, c'est-à-dire non liée à une période déterminée, comme elle existe pour les éruptions herpétiques. On peut comparer les eczémas aux catarrhes. De môme que l'eczéma est l'affection la plus fréquente de la peau extérieure, de même le catarrhe est la maladie la plus commune des muqueuses. Dans les catarrhes, il s'agit également d'une affection bornée à la surface plutôt que d'une maladie du parenchyme; ils sont également accompagnés d'une abondante exsudation séreuse à la surface libre et occupent, comme l'eczéma, un assez grand espace, ou montrent, s'ils sont peu étendus, une tendance à s'éten~ dre en largeur.

Si nous appelons l'eczéma une dermatite diffuse, accompagnée d'une exsudation séreuse à la surface libre, on comprend facilement que dans cette affection il doit se développer très-souvent des vésicules sur la peau ; mais un fait tout aussi évident, c'est que la formation des vésicules n'est nullement un symptôme constant ni une condition nécessaire. Si l' exsudât déposé à la surface libre est assez abondant pour former des gouttelettes, et si l'épidémie est assez résistant pour ne pas être immédiatement rompu par l'exsudat, il se forme des vésicules et on voit se produire cette forme de l'eczéma qui a reçu le nom d'eczéma simple ou vésiculeux. — Si le contenu de quelques vésicules devient trouble, jaune et puriforme par un abondant mélange de jeunes cellules, dont, du reste, un certain nombre est contenu dans toutes les vésicules, et si par ce fait quelques-unes de ces dernières se transforment en pustules, l'eczéma reçoit le nom d'eczéma impétigincux. Si l'exsudat n'est pas assez copieux pour former des gouttes et soulever l' épiderme, il se dessèche ordinairement en peu de temps; l'épidémie, décollé par l'exsudat du corps papillaire, est éliminé plus tard, et l'on ne voit alors, au lieu de vésicules ou de pustules, que des squames sèches qui se détachent de la peau rougie, état que l'on désignait autrefois sous le nom de pityriasis rubra, mais qui, de nos jours, est appelé presque généralement eczéma squameux1. Lorsqu'enfin l'exsudat détache l'épidémie, et qu'à la suite de cet accident la surface rouge du derme, humide, privée de sa cou-

1 Au point de vue anatomo-pathologique, je ne puis considérer le pityriasis rnbra que Hebra distingue de l'eczéma squameux, que comme un eczéma pouvant devenir dangereux par sa grande extension. En ellct, d'après la description même de Hebra, il ne s'agit, dans cette maladie, que d'une dermatite superficielle, dans laquelle l'exsudat très-rare versé à la surface se dessèche en squames avec l 'épidémie, et qui présente du danger à raison de son extension sur le corps entier, comme tous les exanthèmes qui occupent toute la surface cutanée.

che protectrice, est mise à nu, on donne à la maladie le nom d'eczéma rubrum. Très-souvent les exsudats déposés à la surface libre, après l'élimination de l'épidémie, se dessèchent en croûtes plus ou moins épaisses, qui faisaient désigner autrefois ces eczémas humides sous les noms de teigne muqueuse, granulée, croûtes laiteuses, serpigineuses, etc. Hebra compte aussi parmi les eczémas la plupart des formes éruptives qui se manifestent sous formes de papules solides, et que l'on désigne ordinairement du nom de lichen ; il rattache ainsi aux quatre formes d'eczéma que nous venons de nommer une cinquième, Y eczéma papuleux. Comme dans les papules, il se dépose également un exsudât séreux qui fait gonfler les cellules du réseau de Malpighi, sans qu'il soit assez abondant toutefois pour déborder sur la surface libre et soulever la couche cornée de l'épiderme en une vésicule, on peut, si l'on veut, compter le lichen parmi les eczémas ; mais alors je ne puis admettre que l'on fasse une exception pour quelques espèces de lichen et qu'on les oppose aux eczémas comme une. forme particulière. (Voy. chap. XI.)

Les inflammations eczémateuses de la peau naissent : 1° A la suite d'irritations directes venant frapper la peau. Sous l'influence d'une température trop élevée de l'air, dépassant la température normale du corps, se développe Y eczéma caloricum, qui sans doute se confond avec les calori des Italiens, et probablement aussi avec le lichen des tropiques; l'action directe des rayons solaires donne lieu à Yeczema solare; les bains d'eau chaude simple ou minérale produisent les eczémas connus sous le nom de poussée des eaux; l'irritation de la peau par les compresses et les douches froides donnent lieu à l'éruption « critique» des hydropathes; les frictions avec l'onguent mercuriel, à l'eczéma mercuriel. On pourrait encore de beaucoup augmenter le nombre de ces espèces, si l'on voulait donner des noms particuliers à d'autres eczémas provoqués par des irritants végétaux et minéraux, par des parasites, par des pressions ou des frottements. La dermatite ordinairement eczémateuse, qui est due à la présence de Yacarus scabiei, autrement dit la gale, sera l'objet d'un chapitre spécial. La miliaire rouge, provenant d'une transpiration trop abondante, compte également parmi les eczémas, le contenu des vésicules étant un exsudât inflammatoire à réaction alcaline et non de la sueur, à réaction acide, comme clans la miliaire blanche.

2° Les eczémas sont provoqués par un obstacle au retour du sang veineux. De pareils troubles de la circulation se rencontrant de préférence aux extrémités inférieures, ce sont elles aussi qui, le plus souvent, sont le siège de ces inflammations eczémateuses que l'on peut comparer aux catarrhes de l'estomac dus à la compression de la veine porte et aux catarrhes du rectum dus à la stase sanguine dans les veines hémorrhoïdales.

3° Dans beaucoup de cas, l'eczéma est d'origine constitutionnelle. La pré-

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disposition constitutionnelle à l'eczéma et à d'autres maladies cutanées s'appelle ordinairement dyscrasie ou diathèse herpétique. L'expression dyscrasie herpétique se fonde sur la supposition que la composition du sang et des humeurs a subi des changements quantitatifs ou qualitatifs chez les individus atteints d'eczémas constitutionnels. Or, la justesse de cette hypothèse, non seulement n'est pas prouvée, mais elle est invraisemblable au plus haut point. On observe des eczémas dont l'origine constitutionnelle ne peut faire l'objet du moindre doute, et ces eczémas sont aussi communs chez les individus pléthoriques que chez les personnes anémiques, chez les individus cachectiques que chez ceux qui jouissent de la santé la plus florissante et dont les humeurs ne sont à coup sûr pas altérées. Contre l'expression « diathèse herpétique, » il n'y a rien à objecter, parce qu'elle tient compte des faits et qu'elle ne préjuge rien sur la question de savoir si la prédisposition constitutionnelle aux eczémas et à d'autres maladies cutanées, qui existe de fait, dépend d'anomalies de la nutrition ou d'autres anomalies. — La diathèse herpéthique est assez souvent congénitale, et dans beaucoup de cas même, transmise petr hérédité, comme cela a surtout été constaté par Veiel à Canstatt. Il faut bien que l'on admette une prédisposition congénitale quand dans une famille la plupart des frères et sœurs, ou tous sans exception, sont atteints d'eczémas, et une prédisposition héréditaire quand les parents et les grands-parents eux-mêmes ont été atteints de cette maladie. On conçoit facilement que la diathèse herpétique n'est pas transmise constamment des parents aux enfants, pas plus que n'importe quelle autre maladie héréditaire. — Une prédisposition constitutionnelle bien prononcée aux eczémas, et en particulier à l'eczéma impétigineux, se rencontre chez les individus scrofuleux et rachitiques. Certains eczémas sont dans un rapport de causalité avec des dyspepsies chroniques, d'autres avec des troubles de la menstruation. Dans ces cas on réussit, il est vrai, assez souvent, à guérir l'eczéma à l'aide d'un traitement local ; mais les récidives de cette affection ne cessent que quand les anomalies d'où elle dépend sont dissipées. Beaucoup plus souvent il est impossible de démontrer l'existence d'uu lien de causalité quelconque entre une diathèse herpétique existante et des troubles de la nutrition en général, ou quelque maladie de tel ou tel organe en particulier, et, dans ces cas, l'unique signe d'une anomalie de la constitution consiste dans la manifestation de l'eczéma en dehors de toute influence nuisible ayant agi sur la peau, et plus encore dans le retour fréquent de cette affection, malgré le soin pris pour éviter ces influences nuisibles.

§ 2. Symptômes et marche.

Les symptômes subjectifs de l'eczéma consistent dans la sensation de démangeaison et dans le besoin irrésistible de se gratter, symptômes qui appartiennent en commun à toutes les maladies de la peau dans lesquelles le corps papillaire est en souffrance. — Les symptômes objectifs ont déjà été mentionnés dans le paragraphe précédent. Nous avons vu que l'endroit de la peau qui est le siège de la dermatite superficielle diffuse, non typique, que nous appelons eczéma, est occupé tantôt par de petites vésicules, tantôt par des vésicules mêlées de pustules, tantôt par des squames, que dans d'autres cas il représente une surface rouge humide, dénudée de son épiderme, et que dans d'autres cas encore il est couvert de croûtes plus ou moins épaisses.

Ordinairement, outre l'eczéma simple, squameux, rouge et impétigineux, on distingue encore un eczéma chronique. Cependant, abstration faite de ce qu'il y a d'illogique d'ajouter aux eczémas, nommés en premier lieu, une espèce fondée sur la marche, par conséquent sur un tout autre principe de classification, la pratique nous montre encore que cette division offre les plus grands inconvénients. L'eczéma chronique, auquel il n'est permis d'opposer que l'eczéma aigu, affecte, comme ce dernier, tantôt les caractères de l'eczéma simple, tantôt ceux de l'eczéma rubrum, squameux ou impétigineux. Dans les cas très-prolongés, qui ordinairement se présentent sous la forme de l'eczéma rubrum, il se joint quelquefois aux symptômes superficiels des modifications dans le parenchyme du derme. Ces modifications consistent le plus souvent en une hypertrophie inflammatoire de ce dernier, hypertrophie fort analogue aux épaississements des muqueuses stomacale et bronchique dans les catarrhes chroniques de Festomac et des bronches, beaucoup plus rarement en une atrophie de ce tissu, occasionnée par la pression des croûtes qui le couvrent.

Une troisième division des eczémas, beaucoup plus importante que celle qui se fonde sur leur forme et leur durée, est celle qui a pour base les différences d'extension de la maladie sur la surface du corps. On distingue premièrement un eczéma général et un eczéma partiel; cependant il ne faut pas prendre à la lettre le premier terme, parce que l'eczéma général est répandu, il est vrai, sur une grande partie de la surface cutanée, mais occupe rarement cette surface tout entière. — L'eczéma général s'observe beaucoup plus rarement que l'eczéma partiel. Il se manifeste d'une manière aiguë et affecte alors dans sa marche le caractère de l'eczéma simple ou de l'eczéma squameux, plus rarement celui de l'eczéma rubrum, ou bien il représente une maladie chronique et affecte alors, aux différentes régions, des formes diverses, mais principalement celle de l'eczéma rubrum,

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de sorte que l'on trouve le plus souvent des surfaces humides dépourvues d'épidémie et des croûtes étendues. L'eczéma général chronique est toujours un mal très-fatigant et très-opiniâtre, tout en ne menaçant pas précisément la vie et tout en n'altérant même pas toujours l'état général delà nutrition chez les individus atteints.

Les eczémas partiels ont tiès-fréquemment leur siège sur le cuir chevelu. Même dans les cas où au commencement de la maladie ces parties se couvrent de vésicules, ces dernières passent facilement inaperçues et sont détruites de bonne heure par le peigne et les ongles. Si l'eczéma du cuir chevelu présente les caractères de l'eczéma impétigineux ou de Y eczéma rubrum, l'éruption devient très-humide; les cheveux se collent et il se forme sur la tête des croûtes tantôt plates et molles, tantôt épaisses et dures (teigne), appelées autrefois teigne faveuse, granulée, etc. Une tête ainsi couverte de teigne est pour les poux un séjour favori et très-propre à leur multiplication. Très-souvent, dans les exanthèmes humides de la tète, il y a gonflement et même suppuration des ganglions cervicaux. Le tableau devient tout autre quand F exsudât est assez rare pour ne pas former de vésicules et ne pas rompre l'épidémie. Dans-ces cas, l'eczéma du cuir chevelu prend la forme de l'eczéma squameux, et on trouve non-seulement sur la peau rouge de la tête, mais encore entre les cheveux et sur le collet de l'habit, un grand nombre de petites écailles blanches, détachées de l'épidémie. C'est ce qu'on appelait autrefois tinea furfuracea, ou bien, quand les squames épidermiques, mêlées d' exsudât desséché, formaient des couches épaisses ayant le brillant de l'amiante, tinea amiantacea. — Dans la face, l'eczéma se montre très-fréquemment et sous toutes les formes. Chez les enfants, on observe de préférence l'eczéma impétigineux et l'eczéma rubrum. Sans épargner les autres parties, l'eczéma des enfants atteint principalement les joues et le menton, dont la surface prend un aspect rouge et brillant et se couvre d'un liquide jaune et clair après l'éclosion et la rupture de quelques vésicules et pustules. Plus tard ce liquide se dessèche en croûtes jaunâtres ; si on les éloigne avant que le processus ait terminé son évolution, on trouve audessous, non le jeune épidémie, mais le derme dénudé et humide. L'eczéma impétigineux et l'eczéma rubrum de laface étaient autrefois connus sous les noms de porrigo larvalis, teigne de la face, croûte laiteuse, croûte serpigineuse, etc. 11 n'est pas rare que l'eczéma gagne le conduit auditif, et plus souvent encore il se complique de coryza, d'ophthalmic, de gonflements ganglionnaires sous le menton et au cou. — Dans des cas très-nombreux, l'eczéma est limité aux oreilles, aux sourcils, aux paupières, surtout aux angles de ces dernières, et avant tout aux lèvres. Ces endroits sont tantôt couverts de vésicules, tantôt dépourvus d'épiderme et couverts d'un produit de sécrétion liquide ou de croûtes, tantôt enfin ils sont le siège d'un eczéma squameux circonscrit. — Autour du mamelon on observe, principalement chez

les nourrices, mais quelquefois aussi chez les femmes qui n'allaitent pas, et même chez les enfants, un eczéma rubrumfort opiniâtre. — De même, un eczéma partiel chronique se remarque au pourtour du nombril, surtout chez les personnes obèses. — Une forme très-importante est représentée par Y eczéma des parties génitales, qui, chez les hommes, occupe le pénis et le scrotum, chez les femmes les grandes lèvres. Il suit tantôt une marche aiguë et prend alors ordinairement les caractères de l'eczéma simple, tantôt une marche chronique, etreprésente dans ce cas un eczéma rubrum fort humide. La démangeaison insupportable qui l'accompagne fait le désespoir des malades. — Il en est de même de l'eczéma à Vanus, qui occupe le pourtour de l'anus et le périnée, mais qui sécrète moins que l'eczéma des parties génitales. — Sous le nom à! eczéma marginatum, Hebra décrit une forme qui s'observe surtout chez les cordonniers et les cavaliers, et qui a pour point de départ l'endroit où le scrotum touche la face interne des cuisses, mais qui de là s'étend plus loin et finit par occuper, au bout d'un certain temps, l'endroit symétrique de la cuisse opposée. — L'eczéma des extrémités frappe le plus souvent les jambes, où il occupe de grandes surfaces rouges, sécrétant abondamment ou couvertes de croûtes plus ou moins épaisses. — Lorsque l'eczéma occupe les plis articulaires, on trouve ces derniers généralement couverts d'une couche épidermique rude, épaissie par un exsudât assez rare qui s'y dessèche. Cette couche épidermique se déchire assez facilement sous l'influence des mouvements et produit alors des crevasses douloureuses. Cependant on trouve aussi dans les plis articulaires des eczémas humides. — Un fait remarquable, c'est que l'eczéma envahit presque toujours simultanément les mains et les peids. Si, dans ces cas, c'est la face dorsale qui est atteinte de préférence, la maladie affecte les caractères de l'eczéma simple avec formation de vésicules et peut facilement être confondue avec la gale. A la face palmaire, les vésicules se produisent plus rarement, le derme rougi y est au contraire couvert d'une couche dure, souvent assez épaisse, d'un exsudât desséché, mêlé d'épidémie, et comme cette couche se détache constamment de la peau des mains et de la plante des pieds sous formes d'écaillés blanches, on appelle souvent à tort cet eczéma de la paume des mains ou de la plante des pieds psoriasis ou pityriasis palmaire ou plantaire.

§ 3. Traitement.

Dans le traitement de l'eczéma, comme dans celui des maladies cutanées en général, on pèche ordinairement dans une double direction. Les uns sont imbus du préjugé que tout traitement exclusivement local d'un exanthème est une faute grave, parce que, disent-ils, on ne peut jamais savoir si la suppression de l'éruption n'entraînera pas à sa suite des résultats dange-

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reux. Dans la crainte, certes le plus souvent mal fondée, que la suppression de l'éruption par un traitement local n'ait des suites fâcheuses pour le malade, ils prescrivent trop souvent des médicaments internes, qui font indubitablement du mal. Une autre partie des médecins se range aveuglément sous la bannière d'Hebra, considéra comme superflu tout traitement interne et traite tous les exanthèmes sans exception, même ceux dont l'apparition à coïncidé avec la disparition de maladies graves d'organes internes, par des remèdes locaux. Les succès d'Hebra ne permettent pas de douter que dans beaucoup de cas les individus atteints d'affections cutanées se trouvent mieux du traitement direct de la peau malade. Par cette méthode, non-seulement on remédie presque toujours le plus sûrement et le plus promptement aux troubles de la nutrition qui se produisent dans la peau, mais encore ce traitement externe fait souvent beaucoup moins de mal aux malades que le traitement si fort en usage autrefois par les purgatifs énergiques, par les médicaments métalliques et par d'autres remèdes offensifs. Enfin, si l'on exepte quelques cas assez rares, c'est un préjugé mal fondé de croire que l'on provoquera des maladies d'une autre espèce en guérissant la peau par des remèdes locaux. Mais, d'un autre côté, on ne peut pas non plus contester que les exanthèmes traités localement récidivent très-facilement (voy. § 1), et qu'il existe positivement quelques cas d'exanthèmes où la crainte de provoquer, à la suite d'une guérison obtenue par des moyens locaux, d'autres maladies d'organes internes, n'est pas sans fondement.

Parmi les eczémas qui me semblent devoir exclure un traitement local énergique, il faut compter : 1° les eczémas humides du cuir chevelu et de la face chez les enfants. Le fait qu'après la disparition de ces affections il se développe souvent très-rapidement des catharres bronchiques, un croup, une hydrocéphale, etc., et que, d'un autre côté, quelquefois l'apparition de ces exanthèmes coïncide avec la disparition de catharrhes bronchiques traînés en longueur, etc., ne peut être nié. Cela ne prouve pas, il est vrai, que ces maladies internes se soient déclarées, parce que les exanthèmes avaient disparu, ni, réciproquement, que des maladies d'organes internes aient disparu, parce que les exanthèmes étaient survenus; mais le contraire n'a pas non plus été prouvé, et la simple possibilité du lien de causalité dont il vient d'être question suffit pour contre -indiquer le traitement local des eczémas humides du cuir chevelu et de la face chez les enfants. Si l'on objecte à cette manière de voir que pendant longtemps des opinions semblables ont eu cours sur les dangers du traitement externe de la gale, opinions qui plus tard on été reconnues pour de simples préjugés, je réponds qu'il est fort possible que l'avenir mette un jour à néant, comme mal fondée, la crainte de traiter les exanthèmes en question par des remèdes locaux; niais dans l'état actuel de nos connaissances cette crainte est fondée, et le fait que d'autres exanthèmes peinent être guéris impunément par. un traitement

exclusivement local ne prouve rien pour la forme dont il est ici question, attendu que malgré leur ressemblance extérieure les exanthèmes peuvent certainement offrir des différences radicales, quant à leurs rapports avec la nutrition générale du corps. — 2° Parmi les eczémas qui contre-indiquent le traitement local, il faut compter tous les eczémas d'individus adultes qui semblent s'être produits en remplacement d'autres affections ayant disparu pendant le développement de l'exanthème. Hebra dit, il est vrai, expressément avoir guéri même ces eczémas par des remèdes purement locaux, sans avoir causé le moindre dommage aux individus. Mais malgré cette autorité, je n'ai pas le courage de traiter localement des eczémas dont le développement coïncide avec la disparition d'une ophthalmie, d'un trouble chronique de la digestion ou d'une autre maladie sérieuse. — 3° Un traitement local ou du moins exclusivement local doit en outre être déconseillé dans les eczémas qui dépendent manifestement d'une affection constitutionnelle. Pour les médecins qui font dépendre d'une « dyscrasie » tous les exanthèmes dont ils ne peuvent pas découvrir la cause, il resterait à ce compte bien peu d'éruptions qu'ils se permettraient de traiter localement. Mais un grand progrès, réalisé de nos jours dans la thérapeutique des maladies cutanées, consiste précisément à n'attribuer à des anomalies constitutionnelles et à ne soumettre à un traitement antidyscrasique que les eczémas dans lesquels d'autres conditions que le simple exanthème semblent annoncer une* affection constitutionnelle. Pour les exanthèmes syphilitiques l'inutilité du traitement local est universellement reconnue ; mais encore pour les eczémas des individus scrofuleux et rachitiques, comme pour ceux qui se déclarent chez les jeunes filles chlorotiques et qui s'ajoutent à des maladies de l'appareil sexuel, il n'y a pas lieu d'employer un traitement exclusivement local; les topiques ne sont pas nuisibles, cela est vrai ; mais ils ne doivent être employés que pour seconder le traitement général mis en usage contre la maladie principale. Nous ferons remarquer cependant qu'assez souvent des exanthèmes qui sont manifestement dus à une affection constitutionnelle et qui persistent en quelque sorte idiopathiquement, après la disparition de cette dernière, ne disparaissent qu'après l'emploi d'un traitement local énergique. Cela est même vrai pour les exanthèmes de provenance syphilitique. J'ai connu à Magdebourg un négociant chez lequel, à côté d'autres affections syphilitiques, s'était développé un exanthème très-vilain occupant la face et la tête et qui persistait depuis bien des années, après que tous les autres symptômes de la syphilis avaient depuis longtemps disparu. Ce malade, après avoir consulté les médecins les plus célèbres et s'être soumis sans aucun résulat à toute une série de traitements antisyphilitiques, fut guéri définitivement et en peu de semaines par un chirurgien de seconde classe, à l'aide d'une pommade composée de précipité blanc et de carbonate de plomb.

Les eczémas humides de la tête chez les enfants, les eczémas en appa-

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rence supplémentaires et ceux dont on peut démontrer l'origine constitutionnelle, sont du reste bien peu nombreux comparativement à ceux qui peuvent sans inconvénient être soumis à un traitement local et qui fournissent un éclatant témoignage de l'excellence de cette méthode. Parmi les remèdes locaux, je citerai en première ligne le précipité blanc sous forme de pommade (précipité blanc, k grammes ; axonge, 30 grammes) et le sublimé corrosif en solution étendue (bichlorure de mercure, 5 à 40 centigrammes; eau distillée, 30 grammes), parce que ces remèdes fatiguent beaucoup moins les malades que les pommades au goudron, le savon noir et d'autres substances, et parce que dans un grand nombre de cas ils suffisent parfaitement pour guérir en peu de temps les eczémas, même les plus opiniâtres. Je ne suis pas en état, il est vrai, d'expliquer d'une manière un tant soit peu plausible l'influence favorable du précipité blanc et du sublimé sur la dermatite eczémateuse, et je me contenterai de rappeler que la pommade au précipité rouge ou au précipité blanc compte depuis très-longtemps parmi les remèdes les plus efficaces contre la conjonctivite. Les eczémas contre lesquels j'ai de préférence employé la pommade au précipité blanc, étaient des eczémas de la face et du cuir chevelu n'ayant pas une trop grande étendue et n'ayant surtout pas encore amené un notable épaisissement du derme. Dans ces cas ce traitement m'a presque constamment réussi à l'hôpital aussi bien qu'en ville, et j'ai vu disparaître sous son influence, en très-peu de semaines, non-seulement des eczémas qui avaient une ou plusieurs années d'existence, mais encore des affections qui duraient depuis dix-huit et vingt ans, De peur de provoquer le mercurialisme, j'ai hésité moi-même d'employer la pommade au précipité blanc contre les eczémas très-étendus; et cependant j'ai eu l'occasion de m' assurer, dans une circonstance toute particulière, que même dans ces cas cette pommade rend des services excellents et qu'elle est supportée sans préjudice. J'avais guéri en peu de semaines la femme d'un pasteur des environs de Greifswald, par la pommade au précipité blanc, d'un eczéma des oreilles et du cuir chevelu qui existait depuis plusieurs années. Au bout d'un certain temps, cette dame, qui s'occupait avec une grande charité des pauvres de sa paroisse et leur administrait des remèdes homœopathiques (!) quand ils tombaient malades, me dit qu'elle ne pouvait assez me remercier de mon ordonnance, vu qu'elle avait guéri radicalement par ce moyen, et en très-peu de temps, une foule de dartres humides très-opiniâtres et très-étendues; les malades n'avaient pas été le moins du monde incommodés par ce traitement rapide, et aucun d'eux n'avait eu de la salivation. L'emploi de la pommade au précipité blanc ne met nullement à l'abri des récidives, et l'on fait bien d'avertir les malades de la probabilité de cet accident et de les engager à recommencer immédiatement le traitement à la première apparition d'une nouvelle éruption. L'eczéma sera guéri d'autant plus faci-

lement et plus rapidement par l'emploi local du précipité, qu'il sera plus récent et moins étendu; il importe donc de conseiller aux malades de bien surveiller les premières traces de son apparition. A l'appui de ce fait, je puis encore citer un exemple frappant. Chez la femme d'un officier de Magdebourg, j'avais fait disparaître à l'aide du précipité blanc, en moins de quinze jours, un eczéma chronique de la face contre lequel elle avait employé, sans succès et à diverses reprises, la décoction de Zittmann, l'arsenic, l'iodure de potassium, les préparations mercurielles et les eaux minérales, tant à l'intérieur qu'en bains. Cet eczéma montrait une grande tendance à récidiver. Quand le mari de la malade séjournait à Magdebourg, il examinait journellement à la loupe le visage de sa femme, couvrait la moindre place suspecte avec la pommade; et prévenait ainsi sûrement l'extension du mal. Lorsqu'au contraire le mari était absent de Magdebourg pour les manœuvres d'automne, l'eczéma prenait quelquefois une extension plus grande, ne cédait ensuite que lentement à l'emploi du précipité blanc, ou me forçait moi-même à employer, au lieu de ce dernier, la solution du sublimé. — Une friction de l'endroit malade avec la pommade au précipité blanc, répétée deux à trois fois par jour, ou bien un badigeonnage avec une solution de sublimé, répété le même nombre de fois, suffit le plus souvent. Il est évident qu'il faut commencer par ramollir et faire tomber les croûtes qui couvrent l'endroit malade et bien essuyer la place avant de faire les frictions ou le badigeonnage. J'ai remarqué plusieurs fois que mes anciens élèves, quand ils revenaient de leurs voyages et après avoir suivi ailleurs des cours sur les maladies de la peau, commençaient, sous l'impression des idées nouvelles qu'ils rapportaient des facultés étrangères, par traiter tous les eczémas qui leur tombaient sous la main avec des frictions de savon noir, d'huile de cade, d'huile de foie de morue, etc.; mais au bout de quelques années , ils renonçaient à cette méthode ou essayaient au moins, avant d'y avoir recours, si le traitement par la pommade au précipité blanc qu'ils avaient appris à connaître dans ma clinique et qui dans tous les cas a l'avantage d'être beaucoup plus commode et plus simple, ne les conduirait pas au même but. — Au précipité blanc et au sublimé se rattachent les préparations de zinc et de plomb, qui conviennent également pour le traitement d'eczémas peu étendus et n'ayant pas encore amené un épaississement hypertrophique du derme. On prescrit surtout des solutions de sulfate de zinc (2 grammes sur 180 grammes d'eau) et des pommades à l'oxyde de zinc et au carbonate de plomb (U grammes sur 30 grammes d'axonge), ou bien lorsque les malades ne supportent pas les frictions avec les pommades, des pâtes composées de glycérine et de fleurs de zinc, ou bien des poudres composées de fleurs de zinc et d'amidon ou de semence de lycopode (fleurs de zinc, k grammes; amidon, 30 grammes). Contre les eczémas très-humides, surtout aux oreilles, dans les jarrets, entre les doigts

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