CHAPITRE X
Dermatite chronique avec infiltration du tienne et formation anormale de l'épidémie. — Psoriasis.
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Dans le psoriasis il ne se forme pas à la surface du derme un épanchement assez considérable pour soulever l'épidémie en vésicules; il ne se fait au contraire dans cette forme de la dermatite, invariablement chronique, qu'une hypérémie et une infiltration de la peau,, sous l'influence de laquelle le corps papillaire produit un épidémie malade qui, mêlé d'un exsudât peu abondant et desséché, se détache en écailles assez grandes. — L' étiologie du psoriasis est très-obscure. Cette maladie, qui se rencontre très-fréquemment dans toutes les classes de la société, ne peut être considérée comme la manifestation extérieure d'une dyscrasie, vu qu'elle frappe des individus tout à fait sains, et ceux-là même de préférence, tandis que des individus malades et décrépits en restent ordinairement épargnés. Dans quelques familles, le psoriasis constitue une maladie héréditaire. Les hommes et les femmes y sont également sujets; les enfants qui n'ont pas dépassé les premières années de l'existence et les personnes très-âgées en sont rarement atteints.
§ 2. Symptômes et marche.
La maladie débute toujours par places rondes, peu étendues, de la peau. Ces places sont rouges, proéminent légèrement au-dessus du niveau des parties environnantes; elles sont lisses immédiatement après la naissance de la maladie, et font quelquefois le même effet que si l'épidémie qui les couvre avait été soulevé autrefois par un épanchement séreux et s'était ensuite affaissé après l'évacuation du liquide. Bientôt les petites places rondes et infiltrées de la peau se couvrent de squammes blanches et sèches. De cette forme du psoriasis, le psoriasis guttata, naissent, d'après l'exposé si simple et si vrai de Hebra, toutes les autres espèces admises du psoriasis, soit par l'extension de la maladie en largeur, soit par son évolution régressive aux endroits atteints les premiers. Le psoriasis guttata donne , par
l'agrandissement de l'endroit malade, le psoriasis nwnmularis, et ce dernier , lorsque dans les parties moyennes, plus anciennes, du foyer morbide le processus subit une évolution régressive, à la suite de laquelle les écailles deviennent plus minces et tombent, se transforme en psoriasis scutellata ; enfin, de ce dernier résulte le psoriasis annulata (lèpre vulgaire, Willan), quand la rougeur même a disparu du centre et que la peau y présente l'aspect de la peau saine. Si des anneaux pareils se rencontrent, ils sont interrompus aux points de contact, et il ne reste plus à la fin que quelques segments de cercle isolés représentant la forme du psoriasis à laquelle on a * donné le nom de psoriasis gyrata. Enfin, les psoriasis conferta et diffusa doivent leur origine à la confluence d'éruptions nombreuses. — Les lieux de prédilection du psoriasis sont les surfaces des extrémités qui correspondent aux extenseurs, mais avant tout les genoux et les coudes. Dans un grand nombre de cas, la maladie reste limitée à ces endroits, et sur tout le reste du corps on n'en découvre pas une trace. Dans ces cas aussi bien que dans ceux où le psoriasis est répandu au loin, on observe fréquemment une distribution remarquablement symétrique de l'éruption sur les deux moitiés du corps, distribution qui du reste se remarque aussi dans d'autres maladies de la peau, telles que l'eczéma. Très-rarement, le psoriasis reste limité aux paupières, aux lèvres, au prépuce, au scrotum, aux grandes lèvres, et l'on peut appeler, si l'on veut, ces formes psoriasis des paupières, des lèvres, du prépuce, du scrotum, des parties génitales. Par contre, la forme diffuse, aussi bien que la forme circonscrite de l'éruption appelée psoriasis de la paume des mains et de la plante des pieds, ne rentre pas dans cette catégorie. La forme diffuse, dans laquelle la paume des mains ou la plante des pieds rougie et infiltrée est couverte d'écaillés sèches, a déjà été comprise par nous parmi les variétés de l'eczéma; quant à la forme circonscrite, elle est toujours d'origine syphilitique et sera décrite plus loin. — Cette circonstance que le processus qui constitue le psoriasis ne s'arrête ordinairement pas longtemps à l'endroit une fois atteint, est, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, non-seulement la cause de la configuration particulière des efflorescences, mais elle explique encore le fait que le psoriasis entraîne" rarement une dégénération plus profonde du derme. Les cas exceptionnels dans lesquels le processus, au lieu de s'épuiser de bonne heure, persiste et rend la peau épaisse, rigide et crevassée, ont reçu le nom de psoriasis invétéré. Ils correspondent surtout aux formes diffuses et à l'extension irrégulière de la maladie.
PSORIASIS. 523
Traitement.
S'il esl vrai que l'on réussit rarement à obtenir la guérison définitive du psoriasis, on parvient cependant facilement à le faire disparaître temporairement. Les considérations qui s'opposent au traitement local de quelques eczémas et de quelques formes de l'impétigo n'ont aucune raison d'être pour le psoriasis, cette maladie n'étant jamais d'origine dyscrasique et né se montrant jamais en remplacement d'autres maladies. Ajoutez à cela qu'un traitement local énergique se supporte bien mieux dans le psoriasis que dans les maladies de la peau dont il a été question jusqu'à présent. Tout psoriasis exige un traitement local %>ar des moyens énergiques. Au lieu de la pommade au précipité blanc, des préparations de zinc et de plomb qui suffisent si souvent pour faire justice de l'eczéma et de l'impétigo, et qui tout aussi souvent sont les seuls remèdes qu'il soit permis d'employer, il faut mettre en usage contre le psoriasis le savon noir, le goudron, les préparations sulfureuses. On fait bien de commencer le traitement par quelques bains de vapeur pendant lesquels on fait débarrasser autant que possible avec du savon et avec une brosse peu rude les endroits malades des squames qui les couvrent. Si l'on n'a pas à sa disposition les appareils nécessaires pour bains de vapeur, on peut faire la même opération dans un bain d'eau chaude prolongé. Après que les écailles ont été enlevées, on fait faire pendant trois à six jours des frictions ou bien de simples applications de savon noir, à renouveler deux fois par jour; ce qui convient le mieux, c'est de recommander au malade de garder le lit pendant ce temps, dans une chambre bien chauffée, et bien enveloppé de couvertures de laine. Ensuite on suspend le traitement pendant trois jours, pendant lesquels on interrompt les frictions ou on laisse les compresses sur place sans les enduire à nouveau de savon. Après cet intervalle, on fait prendre un bain de vapeur ou un bain d'eau chaude prolongé. Si l'infiltration de la peau n'est pas encore dissipée, on recommence le même traitement; mais si l'on trouve les endroits malades partout mous et souples, on peut passer à l'usage du goudron et des pommades goudronnées (voy. p. 510). Précédemment, nous avons déjà eu l'occasion de dire que nous donnons à la solution de goudron et de savon noir (ââ 30 grammes dans alcool 60 grammes) la préférence sur le goudron pur et les pommades goudronnées. Si dès le commencement il n'existe qu'une infiltration modérée du derme, on peut immédiatement, après l'emploi des bains et l'enlèvement des squames, enduire deux à trois fois par jour les places malades avec la solution que nous venons de nommer, et cette méthode aussi conduit ordinairement au but désiré dans l'espace de peu de semaines. Les mêmes résultats ont été obte-
nus avec une pommade au proto-iodure de mercure, avec le savon soufré ou un savon à l'iodure de soufre. Je n'ai cependant pas expérimenté moimême ces moyens. Pendant un certain temps, Hebra recommandait vivement l'emploi d'une solution assez concentrée au sulfure de chaux (pr. : soufre, 1 kilogramme; chaux vive, 500 grammes. Faites bouillir dans eau commune, 12 kilogrammes, et réduire à 6 kilogrammes. Filtrez le liquide refroidi). Hebra fait faire des frictions énergiques avec une pièce de flanelle imbibée de cette solution sur chaque endroit atteint, jusqu'à ce que les squames soient toutes enlevées et que le corps papillàire soit mis à nu. Ensuite, on place le malade dans un bain chaud où on le maintient pendant une heure. Après le bain on fait frictionner les endroits malades avec un corps gras, entre autres l'huile de foie de morue, ou avec la pommade au goudron. — Tandis que les modes de traitement décrits jusqu'à présent conviennent surtout pour les éruptions étendues de psoriasis, nous possédons dans le badigeonnage des endroits malades avec une solution de sublimé (U grammes sur 30 grammes d'alcool) un excellent moyen pour le traitement des petites efflorescences. Ces badigeonnages offrent l'avantage d'être beaucoup moins embarrassants, mais ils causent des douleurs tellement vives qu'on ne peut pas songer à les employer en cas d'extension considérable de l'exanthème. — S'il est vrai que par le traitement local on se rend le plus promptement et le plus sûrement maître du psoriasis, on ne peut cependant pas nier qu'avec l'administration interne de l'arsenic on peut également atteindre ce but. A raison de ce fait et sachant que le traitement décrit jusqu'à présent est loin de mettre à l'abri des récidives du psoriasis, enfin, en considération de l'innocuité notoire d'un traitement arsenical dirigé avec prudence, nous croyons que ce serait se placer à un point de vue étroitement systématique et agir contre l'intérêt des malades que de suivre seulement l'une ou l'autre méthode, au lieu de les associer l'une à l'autre. L'arsenic se prescrit ordinairement sous forme de liqueur arsenicale de Fowler; on commence par donner six gouttes dans la journée et on augmente progressivement cette dose d'une goutte tous les cinq jours, jusqu'à ce que l'on soit arrivé à faire prendre environ trente gouttes par jour. Veiel emploie presque exclusivement les pilules asiatiques, parce que sous cette forme on peut, selon lui, beaucoup mieux contrôler la dose de l'arsenic qu'en administrant ce dernier par gouttes. Il fait faire une masse pilulaire composée d'acide arsénieux dissous dans de l'eau bouillante et d'un mélange de mie de pain et de poivre, dans des proportions telles que trente pilules contiennent 5 centigrammes d'acide arsénieux. Il commence par faire prendre journellement trois de ces pilules, et va peu à peu en augmentant jusqu'à concurrence de huit à neuf pilules, par conséquent 15 milligrammes d'arsenic par jour. Dès qu'il se présente une pression à l'épigastre ou du larmoiement, on suspend le traitement pendant quelques jours. Les cantha-