CHAPITRE XI
Dermatite avec formation de nodosités coniques, ordinaire nient réunies en groupes. — Diielien.
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Dans le lichen on observe sur la peau, non des vésicules remplies d'un liquide, mais des nodosités solides, des papules. L' exsudât qui se produit dans la forme de la dermatite dont il est ici question infiltre le derme et détermine un gonflement circonscrit de son parenchyme, tandis que sur la surface libre le liquide n'est exsudé qu'en quantité suffisante pour faire gonfler les cellules du réseau de Malpighi et pour rendre moins intime l'adhérence de la couche cornée qui les couvre. C'est cette dernière circonstance qui nous explique pourquoi les nodosités du lichen se terminent par desquamation. — Il n'y a que quelques cas rares de lichen où l'on peut attribuer le mal à des irritations externes d'une faible intensité, par exemple à des morsures de parasites, au frottement de la peau par du linge rude, à la malpropreté, à l'influence d'une température trop élevée. Dans le plus grand nombre des cas, nous ne parvenons pas à découvrir les conditions qui mettent de nombreux petits endroits circonscrits de la peau dans cet état morbide qui fait naître les papules du lichen tout en laissant parfaitement indemnes les parties environnantes. C'est chez les individus scrofuleux que le lichen se rencontre avec une fréquence toute particulière.
§ 2. Symptômes et marche.
Les nodosités coniques, tfyant à peu près la grosseur d'un grain de millet, qui caractérisent le lichen, sont d'une teinte rougeàtre tirant sur le jaune, ou d'une couleur normale, quelquefois même plus pâles que les parties voi-
sines; peut-être dans ce dernier cas les vaisseaux, par où l'exsudation s'est faite primitivement, sont-ils comprimés plus tard par l' exsudât. Ces nodosités sont ordinairement réunies par groupes et sont ou limitées à quelques régions peu étendues ou répandues sur de grandes surfaces. Dans les formes légères (lichen simple), les nodosités provoquent une démangeaison légère ou ne causent aucune souffrance et sont ordinairement de courte durée ; elles disparaissent dans huit à quinze jours, et, après la desquamation de la couche épidermique, la maladie est ordinairement arrivée à son terme. 11 arrive plus rarement que le lichen simple suit une marche chronique, c'està-dire que les nodosités, produites les premières, sont suivies d'éruptions nouvelles qui se répètent à plusieurs reprises. — Dans les formes plus sérieuses (lichen agrius), l'éruption des nodosités est quelquefois accompagnée de fièvre et d'un trouble de l'état général. Les nodosités sont alors souvent étroitement serrées les unes contre les "autres, elles s'élèvent sur une base rouge, sont elles-mêmes très-rouges et causent un prurit violent. Très-facilement il arrive que l'inflammation augmente et alors le lichen agrius se transforme au bout de peu de jours en un eczéma rubrum. Encore cette forme peut suivre une marche aiguë et se terminer par la guérison au bout de huit à quinze jours; mais plus souvent elle devient chronique.
Sous le nom de lichen rouge, Hebra, qui ne compte parmi les lichens que les exanthèmes dans lesquels les efflorescences conservent pendant toute leur durée la forme de nodosités solides et ne se transforment pas en vésicules ou en pustules, décrit une forme morbide qui dans sa marche ultérieure présente une certaine analogie avec le psoriasis. Elle se caractérise par de petites nodosités rouges de la grosseur d'un grain de millet, isolées au commencement, couvertes de squames minces ne donnant pas de démangeaison et ne montrant pas d'accroissement périphérique. Par des éruptions répétées, ces nodosités deviennent de plus en plus nombreuses; les intervalles qui les séparent deviennent de plus en plus rares, jusqu'à ce que les petites papules finissent par se toucher par leurs bords et produisent alors des plaques étendues, rouges, infiltrées de sérosité. Finalement toute la surface cutanée peut devenir le siège de nodosités semblables et de l'infiltration diffuse qui en est le résultat, état qui, de même que tous les exanthèmes généralisés, exerce une influence fâcheuse sur la nutrition des malades, dont la plupart succombent dans le marasme.
§ 3. Traitement.
Il n'est besoin d'aucun traitement pour les formes légères du lichen à marche aiguë. Dans les cas prolongés, il convient d'employer la même méthode que nous avons recommandée pour le traitement des eczémas chroniques.
PRURIGO. 527
Dans les cas particulièrement opiniâtres, on peut en venir à l'administration de l'arsenic. Veiel considère ce dernier comme particulièrement efficace dans toutes les maladies cutanées accompagnées d'une infiltration de la peau, tandis que dans d'autres formes il dit en avoir obtenu beaucoup moins de résultats. Dans le lichen agrius le froid convient parfaitement pour les cas récents, et au besoin les laxatifs. Par contre, les évacuations sanguines générales et locales, que l'on a également conseillées, sont à rejeter. Les cas chroniques de lichen agrius résistent souvent aux traitements les plus énergiques. Les remèdes qui conviennent le plus contre ces formes sont les bains, le savon noir, le goudron, les préparations sulfureuses et surtout l'usage interne de l'arsenic.