‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 178 sur 247 · CHAPITRE XIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÏ

Deruiatitc avec formation de petites nodosités disséminées, accompagnées de forte démangeaison. — Prurigo.

§ 1. Pathogénie et étiologie.

Les petites nodosités plates qui appartiennent au prurigo ont la couleur de la peau environnante. Elles laissent échapper ordinairement à la ponction une gouttelette d'un liquide transparent, tandis que les nodosités du lichen donnent issue à une gouttelette de sang. Si l'on comprime une papule de prurigo par les côtés, on remarque que l'épidémie se tend, devient transparent, et qu'il se présente un liquide parfaitement limpide. Cette particularité des papules et les résultats du traitement font supposer à Hebra que dans cette maladie il s'agit d'un épanchement de liquide dans les couches profondes de 1'épiderme, liquide dont la quantité serait ordinairement insuffisante pour former une vésicule et suffirait seulement pour produire une petite papule plate, sensible au toucher et plus tard aussi à la vue. Cette hypothèse, dont la justesse ne peut être constatée, il est vrai, par des observations anatomo-pathologiques directes, vu que les modifications en question disparaissent après la mort, s'accorde aussi avec les symptômes subjectifs qui accompagnent le prurigo, notamment avec la démangeaison insupportable et la marche de la maladie. On a l'habitude de séparer le prurigo provoqué par des poux, par l'acarus, par des poussières irritantes et par d'autres influences extérieures appréciables, des formes qui se développent sans cause connue, et qui sont tellement opiniâtres qu'elles persistent souvent pendant la vie entière, en un mot, du prurigo vrai, quoique du reste les phénomènes soient les mêmes pour l'une et l'autre forme. Le prurigo Mai est beaucoup plus répandu parmi les pauvres que parmi les personnes ai-

sées; il faut donc admettre que le défaut de soins de propreté et une nourriture insuffisante jouent un rôle important dans le développement du prurigo. Si l'on excepte les premières années de l'enfance, la maladie se présente à tout âge ; les hommes y sont plus sujets que les femmes.

§ 2. Symptômes et marche.

Ce ne sont pas les papules plates, disséminées, souvent assez difficiles à reconnaître, et déterminant par l'irritation qu'elles exercent sur les papilles cutanées une démangeaison tout aussi insupportable que les morsures de parasites ou le léger passage de l'extrémité des doigts ou de corps étrangers sur la surface cutanée, qui forment les signes objectifs les plus saillants du prurigo; ce sont, au contraire, les modifications que la pean éprouve sous l'influence des frottements violents exercés par le malade. En se grattant avec les ongles, ce dernier arrache la couche épidermique des nodosités; de là résultent de petites hémorrbagies, le sang épanché se dessèche en croûtes, et ce sont ces innombrables petites croûtes sanguines, persistant après la disparition des papules, qui forment le symptôme le plus saillant offert par la peau des individus atteints de prurigo. Des papules et des excoriations dues au grattement se développant également à la suite des morsures de parasites, il faut, avant tout, lorsqu'on se trouve en présence de ces symptômes, s'assurer s'il s'agit de poux, ou d'acarus, ou de prurigo proprement dit. Des erreurs grossières, et surtout la confusion de la gale avec le prurigo chez des individus que l'on ne suppose pas susceptibles de contracter la gale, se commettent journellement. Le point de repère le plus essentiel pour le diagnostic différentiel nous est fourni par la région où les papules et les excoriations se rencontrent en plus grand nombre. Dans le prurigo, on ne les trouve pas, comme chez les individus ayant des poux de corps, principalement aux endroits où la chemise forme des plis, au cou, à la ceinture, etc., et tout aussi peu au siège de prédilection de l'acarus, c'està-dire dans les plis articulaires, entre les doigts, à l'abdomen. On rencontre au contraire, dans le prurigo, le plus grand nombre des papules et excoriations sur la peau qui recouvre les extenseurs des membres, principalement à la jambe, et, chose qui ne s'obsei've jamais dans la gale, au moins autant sur le dos que sur le ventre. Un signe plus important encore que les différences dans la distribution des nodosités et des excoriations à la surface du corps consiste, pour la gale et le prurigo pédiculaire, dans la présence de sillons ou d'acarus, de poux, ou d'œufs de poux. Mais, en admettant même que ces signes soient découverts, il y a lieu de songer à la possibilité d'une complication quand la durée de la maladie se prolonge et que la démangeaison est excessivement étendue, et cela d'autant plus que les mêmes in-

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dividus qui sont le plus sujets au prurigo ont aussi plus souvent que d'autres la gale ou des poux. La pigmentation foncée de la peau que l'on trouve chez les individus atteints de prurigo quand la maladie existe depuis longtemps, resuite du grattement et ne peut être utilisée pour le diagnostic, attendu qu'elle se rencontre aussi presque toujours sur la peau d'individus qui ont été longtemps couverts de vermine. On a désigné du nom de prurigo mitis les degrés légers de la maladie ; du nom de prurigo formicans, les degrés plus élevés dans lesquels la sensation éprouvée offre de la ressemblance avec le prurit insupportable que déterminerait une quantité innombrale de fourmis. Le prurigo uni, qui est borné aux environs de l'anus, et le prurigo pudendorum, qui chez les femmes occupe les grandes lèvres et la vulve, et chez les hommes le pénis et le scrotum, forment des transitions aux eczémas. — Cette maladie, qui, comme nous l'avons déjà dit, est fort opiniâtre, peut persister avec la même violence pendant des mois et des années, mais ordinairement elle s'aggrave à l'automne et en hiver, et offre des rémissions au printemps et en été. Les démangeaisons deviennent surtout insupportables le soir et dans la nuit. L'agitation, le tourment continuel, la privation de sommeil jettent quelques individus dans un véritable désespoir et les poussent même au suicide; chez d'autres il se développe des désordres intellectuels. Par contre, la nutrition générale le plus souvent n'est pas en souffrance ou souffre tard, et le marasme précoce qu'on rencontre chez quelques-uns dépend beaucoup plus souvent de complications ou de l'existence misérable du malade (cachexie des pauvres) que du prurigo lui-même.

§ 3. Traitement.

La guérison radicale du prurigo est une tâche difficile que l'on parvient rarement à remplir. Par contre, on réussit presque toujours à amener un soulagement temporaire ou même un bien-être complet mais toujours passager, si par des moyens irritants on provoque une élimination plus rapide et par cela même aussi une régénération plus rapide de 1'épiderme. Des bains et des lotions avec des solutions de sel de cuisine, de potasse ou de sublimé, avec de l'eau de chaux, avec des acides étendus, et les frictions avec le savon noir et la pommade de goudron, méritent donc la préférence sur les bains d'eau tiède, les bains de son ou de lait, et les bains gélatineux qu'on a également conseillés. Un moyen infaillible, mais qui n'est encore qu'un palliatif, consiste dans une friction énergique, continuée pendant une demi-heure, avec une flanelle imbibée de la solution de sulfure de chaux de Yleminckx (voy. p. 52û). Après la friction, le malade prend un bain dans lequel il doit séjourner pendant au moins une heure. Il est rationnel

IUEMEYER. H. — 3/j

d'appliquer après le bain une douche en arrosoir et de frotter le corps avec de l'huile. Déjà après le premier bain le malade sent un grand soulagement, et après huit jours de traitement toute démangeaison a disparu. Malheureusement ce traitement ne met pas non plus à l'abri de récidives qui forcent d'y revenir. — Il faut combattre les complications qui peuvent survenir par des médicaments externes et un régime convenable et rétablir autant que possible la nutrition si elle est en souffrance. En outre, Veiel considère l'arsenic comme le vrai spécifique du prurigo, et prétend ne l'avoir jamais employé sans résultat.

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