CHAPITRE PREMIER Favue, porrigo rat osa. Iuplnosa. — Teigne faveuse
§ 1. PATIIOGÉNIE ET ÉTIOLOGIE.
Schœnlein a prouvé le premier que les croûtes sèches d'un jaune paille, qui se rencontrent principalement sur le cuir chevelu, et qu'on appelait autrefois porrigo ou teigne faveuse, en les considérant comme le produit d'une inflammation pustuleuse dyscrasique de la peau, consistent en réalité ■en un assemblage de spores et de filaments de mycélium (oïdium ou achorion Schœnleinii). La difficulté avec laquelle les spores s'implantent, fait que le transport de la matière faveuse sur la peau d'un individu sain est loin d'entraîner constamment chez ce dernier le développement de la maladie ; cependant les cas dans lesquels on est parvenu à provoquer de cette manière le favus chez un individu sain, sont assez nombreux pour ne plus permettre de douter que la formation des champignons ne soit pas un simple accident, mais qu'elle constitue l'élément essentiel de la maladie cutanée dont il est ici question. Il est difficile de constater dans un cas donné d'où viennent les sporules qui sont arrivées sur la peau d'un individu atteint de favus; cependant nous croyons que, vu la quantité innombrable dts sporules de champignons de toute espèce qui sont répandues dans l'atmosphère, les occasions ne manquent pas à ces champignons pour se fixer, et qu'ils doivent prendre racine partout où ils trouvent un terrain favorable pour l'implantation et la croissance des sporules. Les opinions sont partagées sur la question de savoir si le champignon du favus constitue une espèce particulière qui ne se rencontre que sur la peau et s'y développe invariablement de la même manière. Hebra incline à croire que les différences de forme des maladies de la peau qui ont pour base une formation de champignons ne dépendent pas de différences spécifiques entre les champignons, mais des différentes périodes de développement et de la prédominance qui en résulte tantôt pour les spores, tantôt pour les filaments ; enfin, de la différence du siège qu'occupent les champignons soit dans l'épidémie, soit dans les cheveux. J'ai à objecter à cette manière de voir qu'à ma connaissance on n'a jamais observé des transitions ou des complications entre le pityriasis versicolor et l'herpès tonsurant ou le favus, et qu'entre l'herpès tonsurant et le favus ces transitions et ces complications ont été observées très-exceptionnellement. Cette circonstance ne permet guère de supposer que ces maladies parasitaires de la peau dépendent de la différence entre les périodes de développement et entre les lieux d'implantation d'un seul
HIEMEYER. II.— 35
et même champignon ; et les cas exceptionnels que nous venons de signaler s'expliquent amplement par ce fait que parfois des champignons de favus et d'herpès tonsurant se trouvent réunis sur le même individu. Hoffmann (de Giessen) juge d'après ses expériences et ses essais de culture que le vrai champignon du favus est le mucor racemosus auquel s'ajouterait très-souvent, mais d'une manière accidentelle et sans jouer un véritable rôle dans la production de la maladie, le pénicillium glaucum. La malpropreté paraît être la condition la plus favorable pour l'implantation et la croissance des germes du favus; toujours est-il que parmi les prolétaires qui, bien souvent, ne connaissent pas l'usage du peigne et négligent tout soin de propreté, le favus est infiniment plus commun que dans la classe aisée, où cette maladie est un fait des plus exceptionnels.
§ 2. Symptômes et marche.
Le favus s'observe presque exclusivement sur le cuir chevelu et très-rarement sur d'autres parties du corps. Au début on remarque à l'endroit malade de petits corpuscules jaunes, un peu enfoncés dans la peau, ayant à peine la grosseur d'une tête d'épingle et traversés chacun par un cheveu. Ces corpuscules consistent en amas de champignons qui se sont développés dans l'ouverture infundibuliforme des follicules pileux et ont soulevé l' épiderme autour des cheveux. Si les corpuscules faveux sont très-nombreux, ils finissent par se réunir en s'agrandissant, se confondent et forment une couche uniforme qui couvre souvent la tête entière (favus confertus ou confluens). Si, au contraire, les différents corpuscules ne sont pas gênés dans leur accroissement par les corpuscules voisins, il en résulte des croûtes rondes très-caractéristiques, ayant la forme de godets ou d'yeux d'écrevisses, et dont la face inférieure, convexe, est logée dans une fossette du derme-* atrophié, tandis que la face supérieure se distingue par des bords un peu relevés et une dépression centrale (favus scutiformis). Les croûtes faveuses sèches, épaisses, d'un jaune de soufre, sont composées d'une capsule amorphe qui adhère intimement à la mince couche épidermique sous-jacente, de filaments de mycélium et de spores innombrables. En envahissant les follicules pileux et les cheveux eux-mêmes, les champignons s'opposent à la croissance normale de ces derniers, qui deviennent secs, minces, cassants, se décolorent et tombent. Lorsque le favus occupe une place nongarnie de cheveux, il se détache ordinairement au bout de plusieurs semaines de sa fossette, tombe, et la maladie est ainsi arrivée, à son terme~ Les choses se passent tout autrement sur le cuir chevelu. Là encore les différentes efflorescences faveuses n'ont qu'une durée limitée, mais les croûtes y adhèrent plus fortement et les éléments qu'elles renferment infectent le-
FAVUS, PORRIGO FAVOSA, LUPINOSA, TEIGNE FAVEDSE. 5Û7
voisinage. Lorsqu'enfin ces croûtes tombent, l'atrophie que leur pression a fait subir à la peau ne s'efface plus. 11 ne se reproduit plus de cheveux aux endroits qui avaient été le siège de la maladie; le corps papillaire, plus atrophié que le reste, ne produit qu'une mince couche épidermique, et de. cette manière il reste sur la tête pour la vie entière des endroits chauves, lisses, déprimés, à côté desquels on trouve souvent encore des croûtes de favus formées plus tard. Le développement des champignons favcux et l'habitude prise par les malades de se gratter avec les ongles pour vaincre la démangeaison produite par les champignons eux-mêmes ou par les poux qui pullulent au milieu des croûtes, provoquent assez souvent des inflammations eczémateuses et impétigineuses du cuir chevelu. Cette complication fait naître à côté des croûtes faveuses d'autres croûtes formées par F exsudât desséché que déposent les inflammations que nous venons de nommer. Ces dernières sont faciles à distinguer des croûtes faveuses proprement dites. Tandis que sous celles-ci on trouve la peau déprimée, mais revêtue d'une mince couche d' épidémie, on ne rencontre sous les premières que des surfaces excoriées.
§ 3. Traitement.
S'il est difficile de faire naître artificiellement le favus sur la tête d'un individu, il n'est pas moins difficile de détruire un favus enraciné et d'en arrêter les progrès. Comme, d'après ce que nous avons dit plus haut, le développement des champignons envahit les follicules pileux et les cheveux, il faut non-seulement éloigner les croûtes, mais encore tous les cheveux de la partie malade. Pour atteindre le premier but, il faut imprégner les croûtes d'abondantes quantités de graisse, ensuite faire couvrir la tête pendant quelque temps de cataplasmes, et enfin la faire nettoyer plusieurs fois par jour avec du savon et une brosse molle. Une méthode aussi barbare qu'incertaine est celle qu'on mettait autrefois en usage pour éloigner les cheveux malades, méthode consistant à couvrir la tête d'une calotte enduite de poix, qu'on arrachait ensuite violemment avec les cheveux qui y adhéraient solidement. Il vaut beaucoup mieux arracher un à un les cheveux malades avec une pince à cils. Ce procédé n'est pénible et fatigant que pendant les premiers jours ; au bout de quelques séances il suffit d'y consacrer un quart d'heure par jour. Les cheveux malades, abstraction faite de la sécheresse, de l'absence de brillant et de la décoloration, se distinguent encore des cheveux sains en ce qu'ils se laissent arracher bien plus facilement et avec moins de douleur que ces derniers. Si l'on veut guérir radicalement le favus, il faut continuer pendant plusieurs mois consécutifs à brosser la tête et à répiler journellement. Ce traitement, quelque ennuyeux cl fatigant qu'il soit, est cependant le seul qui promette le succès; les autres remèdes aux-
quels on a fait la réputation de guérir le favus ne conduisent à aucun résultat si on n'y joint pas l'épilation, et si l'on associe les deux méthodes on peut toujours se demander quelle a été la plus utile. Même les célèbres cures des frères Mahon (de Paris) qui faisaient frictionner la tête avec une pommade renfermant du carbonate de soude et de la chaux et saupoudrer ensuite avec de la poudre de charbon, paraissent surtout être dues au soin mis à l'épilation de la tête. Les moyens parasiticides qui après et pendant l'épilation méritent le plus d'être employés sont de faibles solutions de sublimé (10 à 20 centigrammes sur 400 grammes d'eau ou d'alcool), l'essence de térébenthine et une solution très-étendue de créosote.