INFLAMMATION DES BASSINETS. — PYEL1TE
ration. Dès que l'obstacle est levé, l'urine redevient trouble. Dans un cas soumis à mon observation la malade savait très-bien par expérience que ses souffrances continueraient tant que l'urine resterait limpide. Elle attendait avec impatience le moment où elle devait rendre de nouveau une urine purulente.
Par la suppuration continuelle et la fièvre lente qui l'accompagne pour ainsi dire constamment, la pyélite chronique peut entraîner le marasme, l'hvdropisie et finalement la mort. Si elle est due à des calculs qui séjournent dans le bassinet, la pyélite chronique se transforme quelquefois en pyélite aiguë, principalement à la suite d'un ébranlement du corps, ou bien il se produit des hémorrhagies périodiques qui hâtent l'épuisement. — De violentes douleurs dans le dos, des souffrances pendant les mouvements imprimés à la colonne vertébrale et pendant la flexion des cuisses sur le bassin, une exacerbation de la fièvre, des frissons répétés doivent éveiller la crainte d'une perforation du bassinet. — Une fois que cette perforation s'est opérée et qu'un abcès s'est développé dans le tissu conjonctif environnant, le tableau de la maladie devient celui de la périnéphrite : on trouve dans la région du rein une tumeur plus ou moins distincte, etc. Si l'abcès se vide dans la cavité péritonéale, les malades succombent rapidement à une péritonite suraiguë. Si le pus fuse vers les régions inférieures du corps, il se forme des abcès par congestion qui peuvent se montrer à la partie inférieure du dos, sous le ligament de Poupart, au périnée. Si l'abcès se vide dans l'intestin, des matières purulentes sont évacuées par les selles ; en même temps la tumeur, si on a pu la sentir, diminue ou disparait totalement et un bien-être passager ou définitif remplace les souffrances éprouvées jusque-là par le malade.
Souvent il n'est rien moins que facile de distinguer si une pyurie a sa source dans la vessie ou dans le bassinet. Dans la pyélite non compliquée d'une affection de la vessie il peut y avoir un ténesme vésical très-fatigant et la miction peut être accompagnée de sensations douloureuses dans l'urètlire. Dans la pyélite chronique, de même que dans la cystite chronique, l'urine renferme de grandes quantités de cellules purulentes, qui lui donnent un aspect trouble et qui se déposent par le repos sous forme d'un sédiment Idanc jaunâtre. Prétendre que la réaction acide d'une pareille urine indique une pyélite et sa réaction alcaline une cystite, c'est commettre une erreur en ce sens que l'urine provenant de catarrhes chroniques de la vessie présente ordinairement la réaction acide, même dans des cas très-invétérés, cl qu'elle ne devient alcaline, pendant son séjour dans la vessie même, que sous de certaines conditions que nous examinerons de plus près en parlant du catarrhe de la vessie. — Un autre signe dislinclif auquel j'ajoutais moimême dans le temps une grande valeur pour différencier la pyélite de la cystite, est le suivant : un prétendait que dans les catarrhes invétérés de la
vessie les sédiments purulents étaient accompagnés le plus souvent d'une très-grande quantité de mucus, tandis que dans la pyélite chronique l'urine ne renfermait aucune trace de mucus; c'est là un signe qui n'a nullement une valeur absolue. Les masses muqueuses, qui dans certains cas de catarrhe chronique de la vessie sont excrétées avec l'urine, sont le produit de la transformation muqueuse que subit la sécrétion purulente de la muqueuse vésicale sous l'influence de la fermentation alcaline de l'urine. Si l'urine n'est pas soumise à cette décomposition dans la vessie même, elle ne renferme pas de masses muqueuses au moment de la miction, et si on laisse séjourner une urine qui renferme un sédiment simplement purulent (que ce sédiment provienne de la vessie ou des bassinets), si on la laisse séjourner dans un vase de nuit ou dans un verre assez longtemps pour qu'elle puisse passer à la fermentation alcaline, on remarquera qu'à ce moment seulement le sédiment devient visqueux et muqueux. On ne peut être sûr d'une affection des bassinets, que lorsqu'on réussit à trouver dans l'urine des groupes cohérents d'épithélium pavimenteux fusiforme, ce qui arrive surtout aux époques où. les malades ont fait des mouvements énergiques et fatigants. De même dans les cas où les malades se plaignent dans l'une ou l'autre région rénale de douleurs qui s'irradient vers le bassin et dans les testicules, il ne faut pas se laisser induire en erreur par l'existence éventuelle d'une dysurie ef]hésiter à diagnostiquer une pyélite.
§ h. Traitement.
Pour la pyélite catarrhale aiguë nous pouvons renvoyer le lecteur à ce que nous avons dit du traitement de la néphrite interstitielle aiguë. Au début de la maladie on fait bien d'appliquer des sangsues ou des ventouses scarifiées dans la région du rein ou d'appliquer le froid; s'il y a de fortes douleurs et du ténesme vésical, on donne l'opium à l'intérieur et on fait des injections sous-cutanées de morphine. Pour diluer l'urine autant que possible il faut recommander au malade de boire abondamment et lui défendre Pusage d'aliments et de boissons salés ou épicés. L'usage des eaux minérales alcalines ou alcalino-salines, surtout des sources de Vichy et de Karslbad jouit également d'une réputation méritée contre la pyélite. — Si la maladie traîne en longueur on fait bien d'ordonner des bains chauds prolongés et d'appliquer des cataplasmes chauds sur la région rénale. L'usage des eaux thermales indifférentes (acratothermales) se répand avec raison de plus en plus dans le traitement de la pyélite et d'autres états analogues. J'ai observé plusieurs fois les excellents résultats d'une cure faite à Wildbad où j'envoyais les malades prendre en même temps des bains très-prolongés et boire l'eau tiède et pure de ces sources en quantités aussi fortes qu'ils pouvaient les supporter.