CHAPITRE PREMIER !a morve chez l'homme
§ 1. Pathogénie et étiologie.
Chez les solipcdes, surtout chez le cheval, l'âne et le mulet, on observe une maladie infectieuse qui porte le nom de morve ou celui de farcin, selon le siège qu'affectent les troubles nutritifs développés sous l'influence du virus. Le virus de la morve, identique à celui du farcin, se reproduit dans l'organisme qui en est infecté, et la transmission de ce virus, reproduit dans l'individu malade, à un autre individu, est le mode de propagation le plus fréquent et proprement le seul mode de propagation delà maladie ; ou, en d'autres termes : la morve appartient aux maladies contagieuses, et probablement aux maladies purement contagieuses. Lecontagium morveux que nous ne pouvons isoler, ni par le microscope, ni par l'analyse chimique, pas plus que n'importe quel autre contagium, et dont l'existence ne nous est révélée que par ses effets, est renfermé dans le contenu des tubercules morveux que nous décrirons plus tard, dans l'écoulement nasal, de même que dans le sang et (Viborg) dans les produits de sécrétion, l'urine, la salive, la sueur. Il est douteux qu'il soit de nature volatile et qu'il puisse se communiquer
aux émanations gazéiformes de l'individu malade. Le fait que la maladie est contagieuse à la distance de dix à douze pas,, pourrait dépendre de ce que des particules du mucus nasal sont lancées par les chevaux à cette distance, ou de ce que le liquide virulent, expulsé par les nasaux, forme de petites bulles qui se maintiennent pendant quelque temps dans l'air et sont entraînées au loin par le plus faible courant. La morve des chevaux, des ânes, des mulets et des mules est susceptible de se transmettre à quelques autres mammifères. L'homme aussi^est très-apte à contracter la morve, c'est pourquoi il n'est pas rare d'observer cette maladie chez les cochers, les palefreniers, les soldats de cavalerie, les vétérinaires, les équarrisseurs et autres individus qut sont souvent en contact avec les animaux malades. Dans quelques cas rares, et sans doute, uniquement par les autopsies, on a vu le virus morveux être transmis d'un homme à un autre. — Le virus morveux semble pouvoir traverser l'épidémie et la couche épithéliale des muqueuses, puisque la plupart des cas de contagion se produisent indépendamment de toute lésion de la peau.
§ 2. Anatomie pathologique.
Les troubles nutritifs qui se produisent sous l'influence de l'infection morveuse, consistent en un développement de nodosités particulières dans la muqueuse du nez, dans les ganglions lymphatiques de la peau, dans les muscles, le poumon, et dans d'autres organes, nodosités qui sont d'abord dures, mais qui se ramollissent bientôt, se désagrègent et se transforment en abcès et en ulcères. D'après Yirchow, dont la description nous sert principalement de modèle, ces nodosités ou tubercules ont pour point de départ une hyperplasie cellulaire. Dans les tubercules récents, on rencontre des cellules jeunes, petites et délicates et des noyaux libres en grand nombre : dans les tubercules plus grands et plus âgés, on trouve des cellules plus grandes, à noyaux manifestes, qui sont serrées les unes contre les autres et forment presque toute la masse du tubercule. A une période plus avancée, les cellules les plus âgées subissent une évolution régressive, se remplissent en partie de granulations graisseuses, perdent la netteté de leurs contours et se désagrègent, de sorte qu'à la fin le tubercule ne renferme plus que des masses de détritus et quelques éléments isolés. Virchow attire l'attention sur la similitude qui existe entre l'évolution des nodosités de la morve et du farcin et celle des tubercules, mais il fait remarquer en même temps que cette similitude ne permet de tirer aucune conclusion sur l'essence du processus, puisque la même marche, surtout la formation des niasses caséeuses aux dépens d'un tissu à cellules, se remarque non-seulement dans le tubercule, mais dans le pus, le cancer, le sarcome.