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LA MORVE CHEZ L'HOMME

Chez les chevaux, les ânes, etc., les boutons qui se développent sur la muqueuse nasale et qui constituent la morve par excellence, ont la grosseur d'un grain de ehènevis ou d'un pois. Les ulcères qui se forment après leur rupture sont d'abord isolés ou réunis par groupes, mais peu à peu ils confluent, de sorte que la muqueuse prend un aspect particulier, comme rongé. Par suite du développement et de la rupture de nouvelles nodosités dans les bords, au fond et dans le pourtour des ulcères, et par suite de la fonte gangreneuse des surfaces plus étendues, la destruction s'étend et gagne aussi en profondeur, finalement les cartilages et les os sont mis à nu, se nécrosent et sont éliminés. L'éruption des petites nodosités est accompagnée d'un catarrhe de la muqueuse nasale, qui montre une grande intensité à l' entour de ces produits et qui est accompagné d'une sécrétion d'abord ténue et transparente. Plus tard, ce liquide devient épais, visqueux, purulent et, si l'ulcération est arrivée à une période avancée, il prend un mauvais aspect ou devient rougeàtre par un mélange de sang, répand une ordeur nauséabonde, pénétrante, et renferme des détritus de tissus mortifiés. Les tumeurs qui se forment chez les solipèdes dans les ganglions lymphatiques, dans la peau, etc., et qui constituent le farcin, sont plus volumineuses que les boutons morveux proprement dits, renferment une plus grande quantité de masse caséeuse, sont isolées ou réunies par groupes et forment des cordons en forme de chapelet. Après leur rupture, il se développe des ulcères arrondis, inégaux, à bords élevés ou renversés, à fond sale et bosselé, et fournissant une sécrétion abondante, ichoreuse, qui agglutine souvent les poils des environs et, en se desséchant, forme avec eux des croûtes dures.

Chez l'homme, on observe aussi bien la morve que le farcin; cependant la dernière forme l'emporte ordinairement, atteint de préférence la peau et y donne lieu à des éruptions qui sont plus nombreuses et plus étendues que celles qu'on a l'habitude d'observer chez les animaux. Les lésions delà muqueuse nasale sont exactement les mêmes que celles qu'on observe chez les chevaux. Les foyers développés dans la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, les muscles et les poumons sont ordinairement de nature plutôt purulente que caséeuse de sorte que, dans la peau, on les prend facilement pour des pustules, et que dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles, dans les poumons, ils offrent la plus grande ressemblance avec des abcès métastatiques. Chez l'homme également, les vaisseaux et les ganglions lymphatiques prennent très-souvent part à la maladie sous forme de lymphangite et de hinphadénite, et, dans quelques cas, il se développe, comme chez le cheval, de véritables chapelets farcineux. Des parois des vaisseaux lymphatiques l'inflammation s'étend assez souvent à la peau environnante, qui devient par là le siège d'un érysipèle malin, disposé à se transformer en gangrène.

§ 3. Symptômes et marche.

La période d'incubation de la morve etdufarcin est d'une durée très-variable. Si le virus morveux a été déposé sur une plaie, les premiers phénomènes morbides peuvent déjà se présenter au bout de trois ou quatre jours;, si, par contre, l'infection a eu lieu sans lésion de la peau (peut-être au moyen delà respiration), la maladie ne se déclare souvent qu'après des mois. — L'extension et la marche de l'affection varient également dans l'un et l'autre cas. Lorsque le virus a agi sur une plaie, d'ordinaire on voit se développer d'abord des phénomènes locaux : la plaie s'enflamme, les vaisseaux lymphatiques qui y aboutissent forment des cordons noueux; les ganglions lymphatiques correspondants se transforment en tumeurs douloureuses ; l'inflammation qui existe autour de la plaie prend un caractère érysipélateux; il se développe un œdème considérable, la peau se couvre de bulles et de pustules contenant un liquide sale, ichoreux, ou même de véritables bulles gangreneuses; souvent, on voit se former des abcès dans le voisinage des vaisseaux lymphatiques enflammés ou même des destructions phlegmoneuses considérables. Il paraît que dans quelques cas la maladie n'avance pas plus loin et se borne aux troubles nutritifs que nous avons signalés àl'entour de la plaie envenimée et à une fièvre qui correspond à l'intensité des troubles. Mais souvent des symptômes d'une affection générale viennent s'ajouter à ces phénomènes locaux. Dans le cas où le virus n'est pas entré par une plaie, les symptômes généraux ouvrent la scène.

On donne généralement le nom de période prodromaïe ou de période d'invasion au temps pendant lequel l'infection générale se trahit par la fièvre,, par une perturbation de l'état général et par quelques phénomènes morbides, surtout de nature subjective, mais pendant lequel on voit encore' manquer les troubles nutritifs caractéristiques de la morve et du farcin. L'intensité de la fièvre est variable ; dans quelques cas, on n'observe qu'au début un frisson unique et violent; dans d'autres, les accès de frisson se répètent plusieurs fois. La peau devient chaude, la soif augmente, le pouls s'accélère, les malades se sentent faibles et abattus, se plaignent de maux de tête, dorment mal, ont perdu l'appétit, en un mot ils présentent des phénomènes analogues à ceux qui accompagnent d'autres maladies infectieuses et' même des affections locales compliquées de fièvre. Cependant, à ces symtômes vient s'ajouter un phénomène constant et pour ainsi dire caractéristique ; nous voulons parler de violentes douleurs articulaires et musculaires. Ces douleurs ont principalement leur siège dans le voisinage des grandes articulations; elles augmentent par la pression et les mouvements, et sont accompagnées, quelquefois, mais non toujours, d'un gonflement modéré des endroits douloureux. Si, d'un côté, ces douleurs musculaires et articu-

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