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CHAPITRE PREMIER

Catarrhe virulent de l'urèthre chez l'hAinine. — Sîlennori'hagÊe. Gonori'hée. — Chaudepisse.

Dans cette section, pour rester fidèle à notre plan, nous passerons sous silence toutes les maladies du canal de l'urèthre, qui rentrent dans le domaine de la chirurgie et qui sont exposées in extenso dans les traités de pathologie externe. Nous n'aurons donc à nous occuper ici que des inflammations de ce canal.

§ 1. Pathogénie et étiologie.

Dans cette affection, la muqueuse de l'urèthre ne subit aucune modification spécifique; les phénomènes qu'on y rencontre sont les mêmes que ceux que l'on observe sur d'autres muqueuses sous l'influence des causes morbifiques les plus diverses et que l'on a désignés du nom de catarrhe ou de blennorrhée. Néanmoins, la chaudepisse est une maladie spécifique : sa marche la distingue essentiellement de tous les autres catarrhes qui se développent soit sur la muqueuse de l'urèthre elle-même, soit sur d'autres muqueuses; mais c'est sous le rapport étiologique que la différence est le plus marquée; car jamais une chaudepisse ne se développe autrement que par contagion, et cela malgré les assertions contraires et persistantes de quelques autorités et les dénégations mensongères de quelques malades honteux d'avouer leur écart. — Le principe infectant, le virus blennorrhagique, nous est aussi inconnu que lé virus de la variole et d'autres principes qui infectent l'économie; mais nous savons que ce virus exerce une action spécifique sur le corps, qu'il produit toujours une blennorrhagie, jamais une autre maladie et entre autres jamais un chancre ou ulcère syphilitique. Sur la question de savoir si une blennorrhagie peut entraîner des accidents.

secondaires et une affection générale du corps, les avis sont, il est vrai, toujours partagés, mais les auteurs même qui croient aux métastases blennorrhagiques et à une infection générale du corps par cette maladie sont aujourd'hui assez généralement d'accord que ces affections secondaires se distinguent essentiellement des suites d'une affection syphilitique et n'ont rien de commun avec la syphilis constitutionnelle. Le contagium blennorrhagique est un contagium 'fixe; son véhicule, c'est la sécrétion de la muqueuse malade, et il n'y a que le contact avec cette sécrétion d'une muqueuse apte à la contagion qui soit suivi de la transmission de la maladie d'un individu à un autre ou, chez le même individu, de la muqueuse d'un organe à celle d'un autre. — Entre le moment où l'individu a été contaminé et l'invasion de la maladie, il s'écoule, comme pour d'autres maladies contagieuses, un laps de temps que l'on appelle la période d'incubation de la chaudepisse. La durée de l'incubation varie entre trois et huit jours ; si la chaudepisse se déclare beaucoup plus tôt, par exemple vingt-quatre heures après un coït impur, ou beaucoup plus tard, par exemple au bout de trois ou quatre semaines, ce sont des faits qui, si réellement ils existent (Simon), doivent être considérés comme des exceptions infiniment rares. Si l'on est crédule on rencontre des cas où l'incubation a été encore bien plus longue. Tout médecin habitué à voir beaucoup d'individus atteints de blennorrhagie, surtout des malades appartenant aux classes supérieures, fera la remarque qu'un individu se décidera plus facilement à avouer un excès rommis depuis plusieurs semaines qu'un fait plus récent de ce genre; plus le malade est honteux, plus il esttenté de reculer la date de sa faute. Les gens mariés méritent sous ce rapport le moins de confiance et on aurait tort de s'y fier quand ils affirment qu'ils avoueraient tout aussi volontiers un écart commis il y a quelques jours qu'une faute plus ancienne.

Il n'arrive pas toujours que le contact d'une muqueuse avec le virus blennorrhagique soit suivi de contagion ; la prédisposition varie au contraire sous ce rapport beaucoup selon les individus. L'expérience journalière nous apprend que de deux hommes qui ont vu la même femme atteinte de vaginite virulente, l'un peut gagner une chaudepisse et l'autre rester indemne. Nous ignorons les causes de cette prédisposition plus ou moins prononcée à l'infection blennorrhagique ; ni l'excitation plus ou moins grande pendant le coït, ni l'introduction plus ou moins complète de la verge, ni une accoutumance plus ou moins grande de l'organisme exposé à l'organisme infectant ne rendent suffisamment compte de ces différences. Il n'y a pas lieu de se perdre dans les hypothèses sans fondement pour expliquer un fait aussi singulier; et, en effet, nous ne savons même pas pourquoi des diverses muqueuses du corps humain il n'y a que celle de l'urèthre, des parties génitales de la femme, la conjonctive et jusqu'à un certain point celle du rectum, qui soient prédisposées à l'inflammation gonorrhéique, taudis que toutesles

autres montrent une immunité complète à l'égard de cette infection. Même les diverses sections d'une seule et même muqueuse ont une prédisposition différente à l'inflammation gonorrhéique ; tandis que, par exemple, le produit infectant agit de préférence sur l'orifice de l'urèthre, la chaudepisse se développe tout d'abord et de préférence dans la fosse naviculaire.

§ 2. Anatomie pathologique.

On a rarement l'occasion de faire l'autopsie d'un individu atteint de blennorrhagie, et il a fallu même un temps assez long pour nous donner la certitude que cette maladie a réellement son siège dans l'urèthre. Dans les gonorrhées récentes, la muqueuse de l'urèthre est rougie, injectée, tuméfiée et couverte d'une sécrétion puriforme. Il importe de savoir, pour le pronostic et le traitement de la gonorrhée, que ces modifications ne se montrent, pendant le premier et le second septénaires, que dans la partie antérieure du canal de l'urèthre et surtout dans la fosse naviculaire, si amplement pourvue de glandes, et que plus tard seulement elles s'étendent de là aux portions membraneuse et prostatique. Dans les formes très-violentes de la blennorrhagie, les inflammations de la muqueuse sont parfois compliquées d'inflammations et d'infiltrations des corps caverneux ayant pour effet de rétrécir d'une part l'urèthre et d'empêcher d'autre part le gonflement xiniforme du pénis pendant l'érection. Il arrive beaucoup plus rarement que dans les blennorrhagies violentes il se développe des abcès dans le tissu sous-muqueux et, ce qui est beaucoup plus grave, une inflammation et une fonte suppurée de la prostate. Les vaisseaux lymphatiques du pénis peuvent également prendre part à l'inflammation et un gonflement sympathique des ganglions de l'aine forme une complication assez commune de la gonorrhée, quoique la suppuration de ces ganglions soit dans ces circonstances un fait des plus exceptionnels.

Comme complications très-fréquentes delà chaudepisse, nous signalerons enfin l'inflammation de l'épididyme et l'inflammation catarrhale de la vessie; l'une et l'autre ne se développent ordinairement qu'à la fin du premier ou du second septénaire, c'est-à-dire à une époque où l'inflammation s'est déjà étendue à la portion prostatique du canal et a, par conséquent, pu se propager sur les canaux déférents et le col de la vessie.

Dans les gonorrhées chroniques, on trouve la muqueuse boursouflée et couverte par-ci par-là de végétations fongueuses ; ses follicules sont augmentés de volume; la sécrétion est devenue plus muqueuse. Dans beaucoup de cas, le tissu sous-muqueux est hypertrophié, plus serré et intimement uni avec la muqueuse dans une étendue plus ou moins grande; ces modifications sont la cause de la plupart des rétrécissements de l'urèthre.

S 3. Symptômes et marche.

Le début de la chaudepisse est ordinairement marqué par une sensation de chatouillement, encore exempte de douleur, accompagnée de la sécrétion d'un mucus rare et transparent. Le méat urinaire est légèrement rougi et ses lèvres sont ordinairement agglutinées par la sécrétion desséchée dont une lamelle mince couvre aussi le sommet du gland. Le besoin d'uriner augmente, les malades ont souvent des pollutions nocturnes et de fréquentes érections pendant le jour, qui les poussent quelquefois à de nouveaux excès. — Peu à peu, et ordinairement déjà après un jour ou deux, la démangeaison est remplacée par une douleur brûlante qui s'étend de l'orifice de l'urèthre jusqu'à la fosse naviculaire. Les douleurs augmentent et arrivent, pendant la miction, à un degré trèsélevé. Le besoin d'uriner devient encore plus fréquent qu'au début de la maladie, mais il ne part, à chaque miction, que quelques gouttes d'urine au milieu des plus vives douleurs. Le produit de la sécrétion, d'abord rare, visqueux et transparent, devient de plus en plus abondant, plus épais, plus purulent et laisse dans le linge des taches jaunes et roides; les lèvres du méat sont rouges et tuméfiées; la verge, surtout le gland, est plus ou moins enflée; l'urèthre est sensible à la pression extérieure dans toute sa longueur. Irrité par le produit qui s'écoule continuellement, ou bien par le simple fait d'une extension de l'inflammation, le prépuce s'excorie souvent à ce moment et devient œdémateux; à la sécrétion qui s'écoule de l'urèthre, se mêle le produit d'une balanite (blennorrhagie du gland)! Si l'ouverture du prépuce est étroite, il se produit facilement un phimosis et, si les malades retirent imprudemment le prépuce derrière le gland, un paraphimosis. Les érections sont encore plus fréquentes à cette période qu'au début de la maladie; mais la tension à laquelle l'urèthre enflammé est soumis pendant l'érection occasionne aux malades les plus vives douleurs, les prive du repos de la nuit et les engage souvent à recourir aux moyens les plus étranges pour échapper à ces tourments. — Tous ces phénomènes, les douleurs en minant, l'écoulement d'un pus jaune verdàtre, la rougeur et le gonflement de l'urèthre, le priapisme douloureux, augmentent en général en intensité pendant huit à quinze jours. Après avoir atteint au bout de ce temps leur point culminant, les douleurs en urinant diminuent peu à peu, la rougeur et le gonflement de l'orifice de l'urèthre commencent à se perdre, les érections deviennent plus rares et moins douloureuses; mais c'est précisémenl à ce moment que l'écoulement est souvent le plus abondant, ce qui l'ail que les gens du monde attachent à ce symptôme une signification favorable cl

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s'imaginent qu'il « faut faire couler la chaudepisse » pour trouver du soulagement.

Au bout de huit à quinze jours, l'écoulement commence à devenir plus rare, reprend son caractère muqueux et peut enfin disparaître dans le cinquième ou le sixième septénaire sans aucune intervention de Fart, comme cela est suffisamment démontré par les résultats du traitement homœopathique. Mais beaucoup plus souvent un écoulement muqueux très-peu abondant persiste un temps très-long, par exemple pendant des mois et même des années. Pendant le jour ce produit colle ensemble les bords du méat urinaire, si des intervalles d'une certaine longueur ont existé entre les émissions d'urine; le matin, au réveil, il s'est formé ordinairement une plus grosse goutte qui s'échappe après que les bords agglutinés de l'orifice se sont séparés. Les taches roides que cet écoulement forme dans le linge ont une teinte grise; mais ordinairement on trouve dans leur milieu de petites places jaunes. Un pareil écoulement s'appelle chaude'pisse chronique ou goutte militaire. Si pendant sa durée les malades s'exposent à des influences nuisibles, une recrudescence s'opère assez souvent dans la gonorrhée; les douleurs, il est vrai, ne reviennent pas, mais l'écoulement redevient plus abondant et plus purulent. Les excès in Baccho et Venere exercent sous ce rapport l'action la plus fâcheuse, mais même les refroidissements et de trop grandes fatigues paraissent produire le même effet.

Les symptômes et la marche de la gonorrhée montrent bien des différences. Celles-ci peuvent se rapporter d'abord au degré et à la durée des phénomènes inflammatoires, de la douleur, de la rougeur et de la tuméfaction de la muqueuse uréthrale. On a voulu baser sur ces différences une classification de la chaudepisse en diverses espèces, et on est allé jusqu'à distinguer une forme érysipélateuse, synochale, éréthique et torpide, divisions qui n'offrent aucune utilité pratique. Ordinairement les phénomènes inflammatoires qui accompagnent la première chaudepisse sont beaucoup plus violents que ceux de la seconde ou de la troisième chez le même individu ; cependant il y a sous ce rapport des exceptions. Si la gonorrhée est trèsintense et accompagnée d'une forte hypérémie de la muqueuse, il se fait assez souvent des ruptures de petits vaisseaux et des hémorrhagies, auxquelles la sécrétion blennorrhagique emprunte une coloration rougeâtre ou brunâtre. Le public attache à cette coloration une signification très-grave, mais les hémorrhagies d'où elle résulte n'ont rien de dangereux. — Un fait plus sérieux, ce sont les flexions que le pénis montre quelquefois pendant l'érection et que l'on a désignées du nom de corde (chaudepisse. cordée). Les flexions tiennent à ce fait qu'une portion enflammée des corps caverneux a perdu son extensibilité et ne prend pas part au gonflement du pénis. Il peut arriver que cette partie enflammée devienne à jamais imperméable et qu'à la suite de cet accident le pénis prenne toujours une fausse direction

pendant l'érection, ou bien, si les corps caverneux sont devenus en un endroit imperméables dans toute leur circonférence, que le pénis ne puisse se tuméfier par la suite que depuis sa racine jusqu'à cet endroit. — Parmi les accidents peu sérieux qui peuvent survenir dans le cours d'une gonorrhée, il faut encore compter la formation de petits abcès au pourtour de l'urèthre. Les symptômes caractéristiques de ces abcès sont des douleurs plus intenses, s' exaspérant à la pression, et des gonflements durs dans quelques endroits limités du trajet de ce canal. La marche de ces abcès est presque toujours bénigne, qu'ils s'ouvrent à l'extérieur ou dans l'urèthre. — Une complication beaucoup plus grave, mais aussi plus rare, de la gonorrhée, c'est l'inflammation et la fonte suppurée de la prostate. Il survient assez souvent un gonflement hypérémique dans la prostate, sous l'influence de la blennorrhagie, c'est ce qui ressort clairement de la sensation de pression désagréable au périnée qu'accusent la plupart des individus atteints de cette affection, comme aussi des tuméfactions et indurations si fréquentes de la prostate, que l'on rencontre chez des vieillards qui ont eu des chaudepisses pendant leur jeunesse. Si la prostate devient le siège d'une inflammation violente, il se déclare des douleurs très-pénibles au périnée, que les malades comparent à une pression, à un tiraillement ou à des battements douloureux et qui s'irradient vers la vessie et le rectum, où elles atteignent une intensité extraordinaire pendant la défécation et la miction. Une tumeur plus ou moins étendue se sent aussi bien par le périnée que par le rectum. L'émission de l'urine devient de plus en plus difficile et la dysurie peut s'exaspérer jusqu'à devenir une rétention complète de l'urine. Si l'inflammation passe à la suppuration, il se forme des abcès qui s'ouvrent en dehors ou en dedans et qui donnent lieu aux accidents les plus graves et les plus variés, et dont nous abandonnons la description aux traités de chirurgie. — La lymphangite et la lymphadénite blennorrhagiques n'offrent rien de particulier; la résolution est la terminaison ordinaire des bubons blennorrhagiques, leur suppuration est si éminemment rare que dans les cas tant soit peu douteux cet accident prouve d'une manière positive l'existence d'un chancre glandulaire. — Enfin, l'inflammation blennorrhagique du testicule, la plus commune des complications de la gonorrhée, provient manifestement de l'extension de l'inflammation de l'urèthre aux vésicules séminales et au canal déférent. Vu commencement, les douleurs ne sont pas très-violentes dans le cordon spermatique, dans l'épididyme et dans le testicule, et le malade n'accuse qu'une sensation de pesanteur dans le testicule; mais bientôt les douleurs augmentent et l'épididyme, où l'inflammation a son siège principal, devient excessivement sensible à la plus légère pression. Au gonflement dur et irrégulier, formé par l'épididyme enflammé, s'ajoute bientôt un épanchement aigu dans la tunique vaginale du testicule, par suite de laquelle cet organe acquiert en peu de jours le volume d'un œuf d'oie ou du poing. Le testi-

cule agrandi est assez peu mobile, parce que le cordon spermatique épaissi et induré cède moins qu'à l'état normal. Plus l'épanchement dans la tunique vaginale est considérable, plus la sensibilité à la pression du testicule tuméfié se limite à la région de Fépididyme. Dans la plupart des cas, la maladie se termine par résolution, mais presque toujours une induration légère de Fépididyme persiste pendant plus ou moins longtemps, quelquefois pendant la vie entière et devient pour quelques malades une source de soucis hypochondriaques que rien ne justifie. Quelquefois, surtout chez les malades atteints de varicocèle, l'inflammation blennorrhagique du testicule récidive une ou plusieurs fois. Presque toujours l'écoulement par l'urèthre se perd pendant la durée de l'inflammation, mais presque toujours aussi cet écoulement revient, une fois que l'inflammation du testicule est dissipée. Les terminaisons par fonte suppurée, par dégénérescence tuberculeuse ou par induration du testicule, sont beaucoup plus rares.

Sous le nom de métastases blennorrhagiques on a désigné pendant un certain temps les états morbides les plus variés, lorsqu'ils survenaient chez des individus qui avaient traversé des gonorrhées. Il est impossible, pour la plupart de ces états, de constater un rapport de causalité entre eux et la blennorrhagie, et il n'y a que la blennorrhagie oculaire et les inflammations articulaires connues sous le nom de rhumatisme ou d'arthrite blennorrhagique, qui méritent jusqu'à un certain point le nom de métastases blennorrhagiques. La première provient de la transmission directe du virus sur la conjonctive, et représente une des plus terribles conséquences de la chaudepisse. J'ai vu un mari atteint de blennorrhagie et qui s'abstenait de tout rapport sexuel avec sa femme, communiquer à celle-ci et à son enfant une blennorrhagie oculaire qui rendit aveugles la mère et l'enfant tandis que le mari lui-même resta épargné. — L'existence d'un lien de causalité entre les inflammations mentionnées des articulations et la blennorrhagie ressort pour nous de ce fait qu'elles se présentent chez des individus qui ne se sont exposés à aucune autre cause morbifique appréciable, qu'elles n'épargnent pas les individus qui jamais auparavant n'avaient été atteints d'accidents semblables et qui à l'avenir même en resteront exempts, et qu'enfin chez certains individus elles se répètent à chaque nouvelle blennorrhagie, pour disparaître ensuite avec elle. Ces inflammations articulaires n'exercent aucune influence sur la marche de la blennorrhagie et ne se distinguent non plus par rien de particulier sous le rapport des modifications anatomiques des articulations malades, de la marche et des terminaisons de l'affection. C'est l'articulation du genou qui est presque exclusivement atteinte d'inflammation gonorrhéique, celles du pied et de la hanche le sont beaucoup plus rarement et celles des extrémités supérieures jamais.

§ k. Traitement.

La seule mesure prophylactique qu'il y ait lieu de recommander contre la blennorrhagie, la seule qui soit d'une efficacité absolue, est le soin de fuir toute occasion qui expose à la contagion. Notre mission n'est pas d'ajouter à ce conseil d'autres à l'usage des libertins qui veulent commettre des excès impunément.

Nous nous dispenserons d'énumérer en détail les remèdes et les méthodes mis en usage contre la blennorrhagïe, et nous nous bornerons encore ici à relater ce qu'il y a de plus utile et de plus digne de recommandation. — Une chaudepisse tout à fait récente et dont les phénomènes inflammatoires ne sont pas arrivés encore à un bien haut degré, est celle qui promet les résultats thérapeutiques de beaucoup les plus favorables : dans la plupart des cas on parvient à en délivrer radicalement les malades au bout de très-peu de jours. Pour être à même de traiter en plus grand nombre ces sortes de cas, qui en général ne se présentent que très-exceptionnellement à l'observation du médecin, il importe de faire observer à tout individu atteint que la maladie augmente journellement d'intensité et d'étendue, que par conséquent chaque jour de retard tend à rendre le pronostic plus mauvais. De pareilles déclarations faites par les médecins qui jouissent de la confiance de cette partie du public que son genre de vie expose particulièrement à contracter des gonorrhées, sont suivies du meilleur effet. On se figure à peine le sans-gêne et le cynisme avec lesquels ce public s'entretient de ses excès et de leurs conséquences, combien par conséquent certaines personnes étrangères à la médecine se montrent versées dans la matière et combien nous autres médecins nous pouvons même apprendre à cette école. À Magdebourg, par exemple, les nombreux commisvoyageurs des maisons de commerce de cette ville se réunissent régulièrement, vers la fin de l'année, à l'expiration des engagements, dans les différents hôtels; là on se raconte chez qui la syphilis a récidivé, qui est resté exempt de récidive, quelles sont les injections qui ont le mieux réussi contre les gonorrhées, etc. Pendant mon séjour dans cette localité j'avais prescrit des injections avec une solution de tannin contre des gonorrhées de date récente et avant que les douleurs eussent atteint un haut degré; ce traitement ayant produit des résultats extrêmement favorables, le nombre de personnes venant chercher des secours contre des blennorrhagies très-récentes augmenta très-rapidement. Je prescrivais ordinairement trois paquets contenant chacun 2 grammes de tannin. J'en faisais dissoudre un dans 200 grammes de vin ronge et le malade employait cette solution pour injections. Si le succès se faisait attendre ou s'il était incomplet, je faisais

dissoudre les deux paquets restants dans la même quantité de vin rouge et' le malade recommençait les injections avec cette solution deux fois plus forte. En agissant ainsi il m'est maintes fois arrivé que le malade atteint d'une chaudepisse récente auquel j'allais prescrire ces paquets en tirait un de sa poche qui lui avait été cédé par une personne de sa connaissance, me demandant s'il pouvait d'abord en faire usage. — Si l'on veut que cette injection conduise au but, il faut la faire une ou deux fois soi-même ou la faire exécuter par un aide habile. Car si l'on néglige cette précaution, il arrive souvent que le liquide n'arrive pas dans l'urèthre, mais qu'il est simplement injecté sous le prépuce ou qu'il reflue le long de la seringue. Les seringues à injection uréthrale doivent être assez petites pour ne pas contenir plus de liquide que le canal peut en contenir; il est inutile alors de comprimer l'urèthre à son extrémité postérieure pour empêcher le liquide de pénétrer dans la vessie. Avec l'injection de tannin j'ai coupé un grand nombre de gonorrhées récentes en deux ou trois jours. Même dans les cas où la maladie n'était pas tout à fait récente, mais où les phénomènes inflammatoires n'étaient pas très-violents, j'ai souvent employé les injections de tannin et obtenu par ce moyen, dans la plupart des cas, des résultats favorables, quoique moins rapides. Il ne me vient pas à l'esprit de revendiquer pour le tannin des vertus et des avantages particuliers; tout ce que je puis dire c'est que j'ai opéré avec ce remède plus souvent qu'avec le nitrate d'argent, le sulfate de zinc, l'acétate de plomb et autres astringents. Quant aux solutions concentrées de nitrate d'argent (50 à 75 centigrammes sur 30 grammes d'eau) que l'on a préconisées pour couper les gonorrhées, je n'ai pas jugé utile de les employer attendu que leurs résultats ne peuvent guère être meilleurs que ceux que l'on obtient avec les solutions de tanninr et que de l'aveu même de leurs partisans elles occasionnent parfois des accidents violents et dangereux qu'avec mon traitement je n'ai jamais observés. — S'il y a des phénomènes inflammatoires violents, on fait bien d'attendre qu'ils se soient apaisés avant d'en venir aux injections. Une restriction du régime qui cependant ne doit pas être exagérée, un fort purgatif composé de calomel et de jalap sont très-utiles dans ces sortes de cas. La prescription usuelle du lait d'amande affiche le malade sans lui être de la moindre utilité. Les émissions sanguines sont le plus souvent superflues. Ce n'est qu'autant que l'urèthre est extrêmement sensible à la pression extérieure que l'on fait bien d'appliquer 10 à 15 sangsues au périnée. L'application du froid est avantageuse, mais il faut qu'elle soit continue, il faut renouveler les compresses froides très-fréquemment ou il faut laisser séjourner le malade longtemps dans le bain de siège. Des compresses qui restent en place assez longtemps pour s'échauffer et de même des bains de siège de courte durée augmentent la tendance aux érections et rendent les douleurs plus intenses. Si l'inflammation est apaisée, il faut encore dans ces

cas recourir aux injections de tannin. Si, dans cette période, elles sont moins actives, cela tient sans doute à ce que l'affection, après une durée plus longue, ne reste plus limitée aux parties antérieures et plus accessibles de l'urèthre, mais s'étend à des parties plus difficiles à atteindre par l'injection. Dans les cas traînés en longueur où les injections de tannin m'ont souvent refusé le service, j'ai employé sans plus de succès des injections avec les autres astringents mentionnés plus haut, surtout avec des solutions de nitrate d'argent ou de sulfate de zinc. — Lorsque les injections astringentes sont restées inefficaces, il est temps d'en venir à l'emploi du cubèbe et du baume de copahu. Il est hors de doute que ces remèdes agissent également dans les périodes antérieures et qu'en les employant à fortes doses on enraye plus d'une blennorrhagie ; mais si l'on réussit sans avoir besoin d'y recourir, cela n'en vaut que mieux, car il ne faut pas sans nécessité charger l'estomac et l'intestin de substances aussi offensives. Il n'est pas du tout rare que des catarrhes gastro-intestinaux persistent pendant un temps assez long après l'abus de la poudre de cubèbe et du baume de copahu. Ajoutez à cela que l'effet de ces médicaments n'est que passager dans un grand nombre de cas et, d'après ce que j'ai pu remarquer, cet effet passager du copahu et du cubèbe s'observe plus souvent qu'un résultat semblable des injections, qu'en un mot, les individus qui se croyaient guéris de leur chaudepisse avaient au bout de peu de jours un écoulement aussi fort qu'avant d'avoir pris du copahu ou du cubèbe. L'opinion d'après laquelle l'emploi des injections serait suivi plus souvent de rétrécissements de l'urèthre que celui des remèdes internes, est erronée. 11 est très-vrai qu'autrefois beaucoup de malades traités par les injections conservaient des rétrécissements; mais cela tenait à ce que les injections n'étaient mises en usage que contre les blennorrhagies invétérées, tandis que dans les [cas récents on donnait du cubèbe et du copahu. C'est la longue durée de la chaudepisse qui est la cause la plus fréquente des rétrécissements. Si l'on emploie les injections de bonne heure et qu'on arrête l' écoulement, on prévient le mieux la formation des rétrécissements, tout comme on ne peut rien faire de mieux pour prévenir des boursouflements persistants de la conjonctive que d'y appliquer de bonne heure des astringents énergiques. Si l'on veut mettre en usage le baume de copahu et le cubèbe, il faut prescrire de fortes doses qu'on ne doit pas laisser continuer trop longtemps, c'est-à-dire pas plus de trois à quatre jours après la suppression de l'écoulement. Donnés à fortes doses et pendant un temps assez court, ces remèdes sont mieux supportés que si ou les fait prendre longtemps à des doses plus faibles. Ces dernières, même continuées pendant plusieurs semaines, ne conduisent d'ailleurs pas plus sûrement au but. Le cubèbe seul se prend très-facile me ni si «m le délaye, finement pulvérisé, dans de l'eau gazeuse. On peut en faire prendre h à 5 cuilleréesà café bien remplies par jour. Le baume de copahu

s'administre le mieux enfermé dans des capsules de gélatine dont on fait prendre h, 6 ou 8 par jour. Si l'on veut associer les deux médicaments, on peut prescrire des pilules selon la formule suivante : Pr. cubèbe, 16 grammes; baume de copahu, 8 grammes; cire blanche, q. s.; pour 120 pilules. On en fera user environ trois fois cette quantité, en faisant prendre 10 trois fois par jour au commencement et quatre fois par jour plus tard; je recommande également des capsules de gélatine contenant un mélange de baume de copahu et d'extrait de cubèbe. S'il survient de fortes diarrhées, une violente brûlure à l'anus et une éruption de roséole à la face et sur le corps, accident qui est très-commun, il faut immédiatement suspendre Pusage du remède.

Autant le traitement d'une gonorrhée récente donne de résultats satisfaisants, autant la tâche devient ingrate lorsqu'il s'agit d'une gonorrhée chronique bien enracinée; plus il y a de temps que la maladie dure, plus le pronostic devient mauvais. Avant tout on doit s'assurer dans ces cas, par l'introduction de la sonde, s'il existe un rétrécissement de l'urèthre. Si cela est, l'inflammation persiste souvent dans toute la partie du canal située derrière le rétrécissement et on ne doit compter sur l'effet des injections, qui arrivent difficilement jusqu'à l'endroit encore malade, qu'après avoir vaincu le rétrécissement par des bougies. S'il n'existe pas de rétrécissement ou bien si l'on est parvenu à le dilater, on fait bien d'injecter des solutions de tannin ou bien des solutions un peu concentrées de nitrate d'argent; si ces injections ne donnent aucun résultat, on peut introduire dans l'urèthre une bougie enduite de pommade au nitrate d'argent; on peut employer à cet effet la pommade ophthalmique de Guthrie (nitrate d'argent, 10 à 50 centigrammes; onguent au spermaceti , h grammes; sous-acétate de plomb liquide, 15 gouttes).

Parmi les accidents mentionnés plus haut, comme pouvant survenir dans le cours de la blennorrhagie, les hémorrhagies ne réclament pour ainsi dire jamais de mesures spéciales. Si, par exception, elles deviennent excessivement abondantes, il faut employer énergiquement le froid ou chercher à arrêter l'hémorrhagie en comprimant la place saignante. — Pour préserver les malades des érections douloureuses, qui se présentent surtout pendant la nuit, il faut leur recommander de manger peu et surtout de boire peu le soir. Si malgré cela le repos de la nuit est troublé et si les remèdes domestiques usuels (marcher pieds nus dans la chambre ou sauter pieds nus en bas d'une chaise) restent également sans effet, on fait bien de faire prendre le soir une poudre de Dower de 50 centigrammes. Je ne possède aucune expérience personnelle sur la lupuline, que Pon a également prescrite dans ce but. S'il s'est développé une chaudepisse cordée, il faut appliquer des sangsues au périnée, et non au pénis môme et administrer également de l'opium le soir. — Les abcès sur le trajet de l'urèthre exigent

CATARRHE VIRULENT DE L'URETHRE, BLENNORRHAGIE, GONORRHEE. 105

l'emploi de cataplasmes et les endroits qui présentent de la fluctuation seront ouverts de bonne heure. — Aux premiers signes d'une inflammation de la prostate, il faut appliquer un grand nombre de sangsues au périnée et entretenu' l'écoulement du sang le plus longtemps possible par l'application de cataplasmes. En cas de besoin, on renouvellera l'emploi de ce moyen. A l'intérieur, on prescrit ordinairement le calomel et l'opium à dose réfractée. Cette prescription est-elle réellement utile, c'est ce que je n'oserais affirmer. Il faut aussi introduire la sonde avec la plus grande précaution et quelquefois la laisser à demeure. En cas de rétention absolue de l'urine, on peut être forcé de faire la ponction de la vessie. Les abcès du périnée qui présentent de la fluctuation sont à ouvrir de bonne heure ; pour ce qui concerne du reste le traitement de l'inflammation de la prostate, nous renvoyons le lecteur aux traités de chirurgie. — La lymphangite et la lymphadénite se perdent rapidement si les malades restent tranquillement couchés; si après la disparition complète de la blennorrhagie les ganglions de l'aine restent gonflés pendant un temps plus ou moins long, on peut employer la compression qui est souvent appliquée à tort contre les bubons syphilitiques. Si les malades sont forcés de circuler, on peut leur faire porter un bandage herniaire à large pelote; s'ils restent au lit, le meilleur moyen de compression dont ils puissent faire usage est une bourse remplie de plombs de chasse, qui ne doit pas être trop pleine afin qu'elle exerce une pression plus égale sur les tumeurs. — Pour prévenir l'orchite blennorrhagique, on doit engager tous les individus atteints de chaudepisseà porter un suspensoir, auquel il est du reste facile d'adapter des pièces de pansement qui garantissent le linge des taches provenant de l'écoulement. Cette dernière considération a encore son importance, parce que l'enveloppement de la verge dans des linges, fixés au moyen de rubans, pourrait avoir des suites fâcheuses. Le médecin fait bien de choisir et d'appliquer lui-même le suspensoir pour s'assurer qu'il n'exerce pas dépression; en effet, des suspensoirs incommodes sont plus nuisibles qu'utiles. Aussitôt que les premiers symptômes d'une inflammation du testicule se sont manifestés, il faut que le malade garde le lit et qu'il mette entre les jambes un coussin conique sur lequel les bourses reposent sans exercer la moindre traction sur le cordon spermatique; en outre, on appliquera sur ce dernier un certain nombre de sangsues, que l'on fera longtemps saigner. Presque toujours les douleurs diminuent après cette saignée locale; on appliquera ensuite, nuit et jour, des cataplasmes chauds autour du scrotum et on reviendra aux sangsues s'il se présente de nouvelles exacerbations douloureuses. Pour l'usage interne, ou a également l'babitude de prescrire contre cette affection le calomel associé à l'opium. La compression du testicule, qui procure dans quelques cas une diminution des souffrances et une rapide détumescence, est une mesure qui, bien souvent, ne réussit pas et dont on peut, selon mon expérience, se passer dans la plupart des cas.

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