CHAPITRE PREMIER Pollutions nocturnes et diurnes. — Spermatorrhée
Chez la plupart des hommes, depuis le développement de la puberté jusqu'à l'extinction de l'activité sexuelle, on voit se produire de temps en temps des pollutions nocturnes, sans qu'on puisse dire que ce soit un phénomène morbide. Si les pollutions reviennent à des intervalles trop rapprochés, si elles ne sont pas accompagnées de rêves voluptueux, si elles sont précédées d'érections incomplètes, ou si elles ont lieu à l'état de veille (pollutions diurnes), on a affaire à des états pathologiques.
Avant tout ce sont des jeunes gens de l'âge de dix-sept à vingt ou vingtcinq ans, qui viennent consulter le médecin pour leurs pollutions. Ils se plaignent de ce qu'ils ont une ou plusieurs fois par semaine des pertes séminales pendant la nuit, qu'ils ont perdu leurs forces, qu'ils sont surtout très-affaiblis et abattus le lendemain de la pollution. On ne doit pas ajouter une foi entière au récit de pareils malades, ou plutôt on doit soupçonner qu'ils se taisent sur bien des choses qu'il importe de savoir. On n'a qu'à regarder ces jeunes ^ens embarrassés et timides pour voir que la plupart d'entre eux ont une mauvaise conscience; dans beaucoup de cas on <le\iue déjà ce dont il s'agit, quand on lit les lettres mystérieuses par lesquelles ils
nous demandent une consultation. Le plus souvent il n'est pas difficile d'obtenir d'eux l'aveu que dans le temps ils se sont livrés à l'onanisme, et quelques-uns paraissent même être soulagés d'avoir trouvé l'occasion de faire cet aveu. Mais on ne doit pas se contenter de ces révélations, et il faut s'informer, en leur tenant un langage sévère, mais plein d'intérêt, si à ce moment encore ils ne s'adonnent pas à ce vice. Cet aveu leur coûte en général beaucoup plus de peine; mais je n'exagère pas si je prétends que les deux tiers des malades qui m'ont consulté pour leurs pollutions, ont fini par m' avouer qu'en ce moment encore ils se livraient à l'onanisme. Inquiétés par la lecture de la « Préservation personnelle » ou d'autres ouvrages également mauvais, dans lesquels les conséquences de l'onanisme sont exagérées et le plus souvent complètement faussées, ces jeunes gens cherchent du secours. Ils espèrent qu'il suffit d'avouer le retour fréquent des pertes séminales et qu'ils peuvent garder le silence sur la manière dont elles se produisent.
Il en est un peu autrement pour un second groupe d'individus qui viennent consulter le médecin pour leurs pollutions. Ils se sont livrés, comme les précédents, à l'onanisme pendant leur jeunesse, sont revenus plus tard de ce vice, mais ont également eu entre les mains un mauvais livre sur les conséquences de l'onanisme, dont la lecture les a épouvantés au plus haut degré et les a jetés dans une hypochondrie grave. Ils n'ont pas plus souvent des pollutions nocturnes que d'autres individus bien portants, mais celles-ci apportent toujours un nouvel aliment à leur disposition hypochondriaque ; ils considèrent ces pollutions comme des événements très-dangereux et s'imaginent qu'ils sentent les conséquences fâcheuses dont ils viennent de lire la description. Les lettres que de pareils individus écrivent forment souvent un contraste remarquable avec leur extérieur. Après avoir lu l'histoire lamentable de leur misère, on s'attend à voir paraître un spectre, et au lieu de cela on voit entrer un homme frais et bien portant, dans lequel il est difficile de reconnaître l'auteur de la lettre désespérée.
D'autres individus encore, qui viennent consulter le médecin pour leurs pollutions, souffrent, il est vrai, de faiblesse générale, sont maigres et anémiques. Ils ne se sont jamais adonnés à l'onanisme, les pollutions ne se répètent pas très-fréquemment, mais ces individus se trouvent particulièrement faibles et abattus le lendemain de la pollution, et ils sont disposés à attribuer la cachexie dont ils sont atteints à ces pertes séminales. C'est un fait bien connu, que ce n'est pas chez les individus les plus sains et les plus robustes, mais chez les hommes affaiblis et épuisés, que l'excitabilité du système nerveux est exagérée anormalement et qu'on rencontre plus souvent chez ceux-ci que chez ceux-là une disposition aux pollutions, comme symptôme de cet éréthisme. On observe assez souvent que les individus qui, dans l'état de santé, n'avaient presque jamais de pollutions, en sont atteints lors-