POLLUTIONS NOCTURNES ET DIURNES, SPERMATORRHÉE
qu'ils sont gravement malades ou qu'ils se trouvent encore en convalescence.
En dehors des personnes citées en dernier lieu, chez lesquelles les pollutions ne sont pas la cause, mais la conséquence d'une constitution détériorée et épuisée, et chez lesquelles ce ne sont pas les pollutions, mais le trouble de la constitution et ses causes qui doivent former l'objet du traitement, il y a des malades chez lesquels on ne peut attribuer le sentiment de faiblesse extrême, la lassitude insurmontable et les troubles purement nerveux, qu'aux pollutions qui se répètent à de courts intervalles. De pareils individus sont d'une humeur très-triste, ils ne sont pas en état de faire un effort de réflexion, ils n'ont aucune envie de s'occuper et sont même incapables de travailler, ils sont lâches et peureux, se plaignent de tremblement, de bourdonnements d'oreille, de vertiges, de douleurs névralgiques dans l'occiput. Leurs plaintes ressemblent extrêmement à celles des femmes hystériques et l'on est en droit de donner à cet ensemble de symptômes le nom d'hystérie. On comprend difficilement pourquoi les pollutions exercent chez quelques individus une influence si préjudiciable sur l'organisme, tandis que la plupart des hommes les supportent sans aucun inconvénient. Il est impossible que la perte d'humeurs soit la cause de cet affaiblissement et de ces troubles nerneux. Les excès sexuels que se permettent généralement les jeunes mariés n'ont presque jamais une influence fâcheuse sur leur santé; la plupart d'entre eux, même en perdant journellement et pendant longtemps du liquide spermatique, restent aussi robustes que dans le temps où ils vivaient dans un état de continence absolue. La perte de liquide spermatique chez de pareils individus est beaucoup plus considérable que chez ceux qui ont de temps en temps des pollutions ; si donc la perte d' humeurs était la cause morbifique, on en rencontrerait les conséquences fâcheuses beaucoup plus souvent chez les premiers que ce n'est le cas. Les résultats favorables que j'ai obtenus par les cautérisations répétées du verumontanum chez les individus en question et chez ceux qui sont atteints de spermatorrhée, me font supposer que les phénomènes hystériques, observés dans ces cas, sont complètement comparables à ces mêmes symptômes qu'on rencontre chez les femmes atteintes d'érosions du col de la matrice, ou, en d'autres mots, que ce n'est pas la perte du sperme, mais l'état d'irritation morbide des organes sexuels qui provoque, chez les hommes aussi bien que chez les femmes, des troubles étendus de l'innervation. Je montrerai en parlant de l'hystérie que les érosions du col de la matrice ne conduisent pas forcément à l'hystérie, que cette complication ne survient que dans les cas où il existe une certaine prédisposition. La même remarque doit être faite à propos des phénomènes hystériques chez les hommes qui se livrent à la masturbation ou qui sont atteints de pollutions ou de spermatorrhée à la suite d'une irritation de L'appareil génital. Cependanl lorsqu'on voit des hommes présenter des phéno-
mènes hystériques, il n'est pas permis d'admettre sans examen préalable qu'ils s'adonnent à l'onanisme ou qu'ils sont atteints de pollutions ou de spermatorrhée. Ni chez les hommes, ni chez les femmes, l'hystérie ne procède exclusivement des organes génitaux.
Sous le nom de spermatorrhée, pris dans un sens restreint, on comprend des états où le sperme n'est pas éjaculé par saccade pendant une érection complète ou incomplète, mais où il s'écoule peu à peu dans le canal de l'urèthre et est entraîné par l'urine ou s'épanche lentement à l'extérieur pendant la défécation. Les indications de Lallemand et de plusieurs autres auteurs sur la fréquence de la spermatorrhée sont exagérées. Souvent on confond avec la spermatorrhée la sécrétion augmentée de la liqueur prostatique. On ne trouve ordinairement pas de spermatozoïdes ou seulement un très-petit nombre dans le liquide visqueux, blanc et écumeux ou tout à fait transparent qui, après des excitations génitales non suivies de coït, se rencontre assez abondamment chez de certains individus au méat urinaire. Souvent aussi on prend pour du sperme le liquide muqueux qui est sécrété par la muqueuse uréthrale pendant la blennorrhée, ou les filaments muqueux qui nagent dans l'urine pendant les catarrhes de la vessie. Le microscope seul peut décider la question. —Les causes de la spermatorrhée véritable sont obscures. Le relâchement ou la dilatation des conduits excréteurs des vésicules séminales et d'autres modifications pathologiques, encore assez peu connues, du verumontanum, probablement les catarrhes et les érosions de cette crête, paraissent être le point de départ de ces écoulements spermatiques.
De même que la fréquence de la spermatorrhée, les conséquences fâcheuses de cette maladie ont été exagérées par Lallemand et autres. J'ai connu à Magdebourg un inspecteur du chemin de fer qui, pendant dix ans au moins, avait une perte séminale abondante à chaque selle, sans que cette infirmité exerçât la moindre influence sur sa santé. Il était marié, devint père de plusieurs enfants pendant la durée de sa spermatorrhée, et avoua que, pendant ses voyages journaliers à Leipzig, il s'était livré assez souvent à des excès vénériens. Chez d'autres individus, il est vrai, on observe les symptômes que nous avons décrits en parlant des pollutions.
La thérapeutique est assez impuissante conire la disposition morbide aux pollutions. Les résultats relativement les meilleurs sont obtenus lorsqu'on dirige de préférence son attention sur la constitution du malade et qu'on cherche à faire disparaître les anomalies qu'elle peut présenter. C'est peutêtre la raison pour laquelle les préparations martiales et les eaux minérales ferrugineuses jouissent d'une réputation spéciale contre les pollutions, et pour laquelle certains malades sont améliorés et guéris par l'usage des bains de mer, d'autres par l'hydrothérapie. On attribue aux bains de siège froids et aux lotions froides des parties génitales la vertu de fortifier ces parties et
de prévenir les pollutions ; cependant il ne faut pas les mettre en usage dans la soirée et surtout pas peu de temps avant de se coucher, parce que, employés à ce moment ces moyens ne font que favoriser la production des pollutions. 11 faut défendre également les soupers copieux et les boissons abondantes avant le coucher, surtout l'usage du thé. 11 est tout à fait inopportun de prescrire au malade le camphre, la lupuline et d'autres médicaments semblables.
Après avoir préconisé outre mesure pendant quelque temps la cautérisation du verumontanum avec le porte-caustique de Lallemand, on est tombé dans l'excès contraire et on l'a abandonnée presque complètement. L'instrument de Lallemand, qu'après la publication de l'ouvrage de cet auteur tout médecin se croyait obligé de posséder, est encore intact depuis nombre d'années dans l'armoire de la plupart des praticiens. Cependant, lorsque les pertes séminales sont abondantes et que la constitution du malade est minée, ou lorsque le relâchement et la dilatation des conduits excréteurs des vésicules séminales ou l'inflammation chronique de la portion postérieure du oanal de l'urèthre ont été reconnus, après l'exclusion d'autres anomalies, comme la cause la plus probable de la spermatorrhée, on peut cautériser le verumontanum selon les règles de l'art. Dans d'autres cas, on se bornera à prévenir la constipation, à prescrire des lotions froides des parties génitales et à tenir compte des complications qui peuvent se présenter.