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CHAPITRE II

Métrite 'parenchymateuse. — Infarctus aigu et chronique de l'utérus.

§ 1. Pathogénie et étiologie.

Les modifications qu'une inflammation aiguë et chronique de son parenchyme font éprouver à la substance de l'utérus, se bornent presque toujours à une hypérémie intense, à un œdème inflammatoire et à une hypergenèse des éléments du tissu conjonctif de la substance utérine, hypergenèse à laquelle les éléments musculaires prennent ordinairement une part très-minime, s'ils ne lui restent pas complètement étrangers. Presque jamais il n'y a suppuration ou formation d'abcès. — Encore ici, nous passons sous silence la forme puerpérale.

Pour l'étiologie de la métrite parenchymateuse, nous pouvons renvoyer à celle de la métrite catarrhale. Les mêmes influences dont il a été question à l'occasion de cette dernière provoquent tantôt l'inflammation de la substance de l'utérus, tantôt celle de sa muqueuse, tantôt, et c'est ce qui arrive le plus souvent, celle des deux tissus à la fois. De plus, ces influences entraîneront d'autant plus facilement une métrite parenchymateuse, qu'elles agiront sur l'organisme à une époque où l'utérus sera dans un état de congestion physiologique. Pour terminer, nous nous contenterons d'ajouter que l'inflammation parenchymateuse de l'utérus non gravide doit être considérée souvent comme la continuation d'une métrite puerpérale, ou qu'au moins dans un grand nombre de cas la maladie remonte à une couche ou à un avortenicnt.

§ 2. Anatomie pathologique.

Dans la métrite parenchymaleuse aiguë, on trouve l'utérus augmenté de volume, surtout dans le sens de l'épaisseur. Il peut arriver au volume d'un œuf de poule et au delà. L'engorgement vasculaire communique à sa substance une teinte plus ou moins foncée et d'un rouge inégal. Dans les couches du parenchyme qui avoisinent la muqueuse, ces modifications se montrent le mieux; quelquefois il existe des épanchements sanguins plus ou moins abondants dans la substance de la matrice. La muqueuse présente presque toujours les symptômes du catarrhe aigu. La séreuse elle-même prend souvent part à 1'inilammation et est couverte d'un dépôt fibrineux.

Dans l'infarctus chronique de l'utérus, le volume de l'organe est souvent augmenté du triple ou du quadruple ; sa cavité est surtout agrandie dans le sens de la longueur, ses parois peuvent atteindre l'épaisseur d'un pouce. L'hypérémie primitive du parenchyme disparait dans le cours ultérieur de la maladie, les vaisseaux étant comprimés par le tissu conjonctif de formation nouvelle, qui s'est rétracté. La substance de la matrice est alors d'une pâleur et d'une sécheresse remarquables, elle est plus dure, plus ferme, et cela à un tel point, que quelquefois elle crie sous le tranchant du scalpel. On ne trouve qu'en quelques rares endroits des parties hypérémiées et des veines qui, par suite de l'obstacle à l'écoulement du sang, sont devenues le siège d'une dilatation variqueuse. Si c'est le col qui est atteint de préférence, les lèvres de l'orifice sont fortement enflées et quelquefois allongées au point de ressembler à une trompe. La muqueuse présente presque sans exception les modifications décrites au chapitre précédent. L'enveloppe péritonéale adhère souvent solidement aux organes voisins.

§ 3. Symptômes et marche.

La métrite parenchymateuse aiguë débute plus souvent que la métrite catarrhale par un frisson et se trouve accompagnée plus fréquemment que celle-ci de symptômes fébriles dans ses périodes ultérieures. Les douleurs dans les lombes, dans la région inguinale, la sensation de pression dans le bassin, la sensibilité de l'hypogastre, la dysurie et le ténesme existent dans cette forme comme dans l'autre et atteignent ici presque constamment un degré plus élevé que dans le simple catarrhe. Au-dessus de la symphyse, on ne sent que rarement le bord supérieur de la matrice, mais par le toucher vaginal, on constate ordinairement l'agrandissement et l'endolorissement du segment inférieur, ainsi qu'un raccourcissement etunépaississement modérés du col. Il faut ajouter à cela des troubles de la menstruation. Si la

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maladie, comme cela arrive ordinairement, débute pendant l'écoulement menstruel, les règles s'arrêtent subitement; si au contraire l'époque des règles arrive pendant la maladie, il se produit des métrorrhagies (métrite hémorrhagique), ou bien, ce qui est plus fréquent, l'écoulement ne se montre pas. Dans l'intervalle des époques menstruelles, on remarque l'écoulement caractéristique du catarrhe aigu de la matrice, qui accompagne constamment la métrite parenchymateuse. Dans les cas favorables, la durée de la maladie est de huit à quinze jours ; les phénomènes diminuent alors progressivement et la métrite se termine par une guérison complète ; dans les cas moins favorables, elle laisse à sa suite un infarctus chronique. — On ne connaît qu'un très-petit nombre de cas où la maladie s'est terminée par la mort, à la suite de la formation d'un abcès qui s'est ouvert dans la cavité abdominale.

Les symptômes de l'infarctus chronique de l'utérus ne sont pas toujours très-saillants en dehors des époques menstruelles ; souvent les malades n'accusent qu'une sensation de pesanteur dans le bassin et de pression par le bas. La pression que l'utérus tuméfié fait subir au rectum et à la vessie donne lieu à une~constipation habituelle et à un besoin très-fréquent d'uriner et d'aller à la selle. Au début de la maladie, les règles coulent souvent abondamment et longtemps; mais plus les vaisseaux de l'utérus sont comprimés par le tissu conjonctif de formation nouvelle, plus l'écoulement menstruel devient douloureux errare. Souvent les règles finissent par faire défaut pendant des mois et des années, tandis que le retour régulier de molimens intenses semble prouver que la maturation et l'expulsion des ovules continuent d'avoir lieu. Encore dans cette forme de métrite, qui du reste est toujours accompagnée de catarrhe utérin, la nutrition des malades finit ordinairement par être en souffrance, et on observe les hyperesthésies mentionnées au chapitre précédent et d'autres troubles de l'innervation. A l'examen physique, on peut souvent sentir l'utérus agrandi, au-dessus de la symphyse, à travers les téguments, surtout si on le pousse un peu en haut avec le doigt introduit dans le vagin. Par le toucher vaginal, on constate le gonflement et l'induration du col, et l'on rencontre dans les culs-de-sac du vagin le segment inférieur de l'utérus hypertrophié et plus ou moins douloureux. Si l'on introduit dans sa cavité la sonde utérine, dont on ne doit, du reste, se servir qu'autant que l'on possède une grande habileté et une grande habitude, on peut constater l'agrandissement longitudinal de cette cavité. — La maladie n'est pas dangereuse, mais très-opiniâtre et longue ; même dans ses périodes ultérieures, il n'y a pas lieu de la considérer comme absolument incurable; la diminution, après l'accouchement, des éléments du tissu utérin, si considérablement augmentés pendant la grossesse, nous engage à considérer comme également possible la formation régressive des éléments palhologiquement augmentés du tissu utérin. C'est précisément

après la grossesse que l'on a parfois observé l'amélioration et la guérison de l'infarctus chronique de la matrice, et il semble que dans ces cas l'involution de l'utérus, après l'accouchement, entraîne une diminution des éléments physiologiquement et pathologiquement augmentés de son tissu.

§ 4. Traitement.

Selon la différence entre les causes déterminantes, l'indication causale peut être remplie par l'une ou l'autre des mesures décrites au chapitre précédent. Surtout l'usage longtemps continué de légers laxatifs et en particulier celui des eaux purgatives de Marienbab, Franzensbad, Kissingen, etc., exerce dans beaucoup de cas une influence très-favorable.

A l'indication de la maladie correspond, avant tout, l'application répétée de k à 6 sangsues au col. Si dans ma clientèle particulière, aussi bien que dans celle d'autres médecins, j'ai vu ce moyen suivi d'excellents résultats dans les cas récents, il m'a semblé au contraire très-peu utile dans les cas traînés en longueur. D'ailleurs, par simple raisonnement théorique, on peut s'attendre à une beaucoup plus grande efficacité des émissions sanguines faites à une époque où la néoplasie du tissu conjonctif est encore à son début et où les règles coulent encore abondamment et longtemps, qu'au moment où les vaisseaux sont comprimés, où la matrice est privée de sang, où les règles sont supprimées. Avant de s'être assuré par sa propre expérience des excellents résultats que procurent les émissions sanguines dans la première période de la métrite parenchymateuse et d'avoir vu combien ces malades les supportent facilement, on a généralement de la peine à se décider à augmenter encore l'abondante perte de sang qui a lieu aux époques menstruelles par une application de sangsues au col qui doit être répétée tous les huit ou quinze jours. Pour les périodes ultérieures de la maladie, il vaut mieux recourir à un traitement excitant et avant tout à la douche utérine chaude. On fait agir cette dernière pendant au moins dix minutes par jour; mais il faut avoir soin de ne pas élever la température de l'eau au delà de 38 à k0°. — Les eaux de Kreuznach et d'autres stations salines et celles de Krankenheil, prises à l'intérieur et par bains, méritent également d'être employées d'après les succès bien constatés de ces traitements. A cela se rattachent l'usage interne de l'iodure de potassium et celui du bromure de potassium préconisé par Simpson, dont on a également constaté les effets favorables.

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