CHAPITRE XII
Hypertrophie du cerveau.
§ 1. Patiiogénie et étiologie.
Comme dans la maladie connue sous le nom d'hypertrophie cérébrale il ne s'agit pas d'une augmentation des éléments essentiels du tissu cérébral, c'est-à-dire des tubes nerveux et des cellules ganglionnaires, mais d'une simple hypergenèse de la substance interstitielle délicate qui relie entre eux les éléments nerveux, le nom d'hypertrophie cérébrale n'est pas trèsbien choisi. Il suffit cependant d'avoir appelé l'attention sur ce point et nous pourrons conserver le nom traditionnel sans risquer d'être mal compris. L'hypergenèse de la névroglie est elle une suite d'hypérémies continues ou souvent répétées, ou bien est-elle due à quelque autre cause, c'est ce que nous ignorons.
L'hypertrophie cérébrale est quelquefois congénitale et coïncide fréquemment alors avec un état nain du corps entier; plus souvent cette hypertrophie ne se développe qu'après la naissance, survient principalemenl pendant l'enfance et devient de plus en plus rare à mesure que les individus sont plus âgés. L'hypertrophie cérébrale acquise après la naissance est ordi-
nairenient accompagnée de rachitisme, d'une involution incomplète dit thymus et d'une hypertrophie des ganglions lymphatiques. (Rokitansky.) — Gomme causes déterminantes de la maladie, on a cité, avec un droit fort douteux, il est vrai, la surexcitation des facultés intellectuelles, l'abus desspiritueux et l'intoxication saturnine.
§ 2. Anatomie pathologique.
L'encéphale, ou pour parler plus exactement, le cerveau proprement di! est plus grand et plus lourd qu'à l'état normal. A l'autopsie la calotte osseuse, une fois enlevée, est difficile à remettre en place, parce que la masse cérébrale fait une saillie et proémine au-dessus des bords osseux formés par le trait de scie. Les méninges cérébrales sont remarquablement minces et exsangsues. Dans les espaces sous-arachnoïdiens il n'y a pas une trace de liquide. Les circonvolutions à la surface des grands hémisphères sont aplaties et pressées les unes contre les autres, les sillons qui les séparent sont à peine perceptibles. Le centre ovale de Vieussens a une circonférence extraordinaire, les ventricules sont étroits, la substance cérébrale elle-même se montre, ainsi que les membranes, exsangsue et sèche à la coupe. Sa consistance et son élasticité sont augmentées.
Si une hypertrophie cérébrale vient à se développer avant que le crâne soit complètement ossifié, ce dernier est distendu de la même manière que dans l'hydrocéphale congénitale. Si, au contraire, la maladie ne se déclare que quand les sutures sont fermées, la paroi crânienne est souvent amincie par résorption et la table interne des os crâniens perd son poli. Plus rarement il arrive que par un développement rapide de la maladie les suturer déjà fermées sont distendues et séparées.
§ 3. Symptômes et marche.
L'hypertrophie du cerveau exerce naturellement sur la circulation du< sang dans l'intérieur du crâne la même influence que toute autre augmentation du contenu intracrânien doit exercer sur l'afflux et le départ du sang; elle est donc accompagnée d'une part de phénomènes d'irritation étendue, d'autre part de phénomènes de paralysie étendue. On comprend facilement que ces phénomènes devront souvent faire défaut ou n'arriver qu'à un degré peu élevé tant que les sutures ne seront pas fermées et. tant que la distension du crâne pourra suivre l'agrandissement du cerveau. La circonstance que les enfants, atteints d'hypertrophie cérébrale, sont loin d'être constamment en retard sous le rapport du développement intellectuel, qu'au contraire ils se montrent souvent, comparativement à leur développement