‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 96 sur 247 · INFLAMMATION DE LA MOELLE ÉPINIÈRE, MYÉLITE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DE LA MOELLE ÉPINIÈRE, MYÉLITE

La myélite chronique est également précédée de phénomènes d'irritation ; mais comme les méninges participent moins et sur une surface moins étendue à cette inflammation lente de la moelle épinière, ces phénomènes d'irritation se bornent en général à des douleurs vagues, à une sensation de fourmillement, à des secousses momentanées ou à des contractures douloureuses dans les extrémités. En même temps les malades accusent, dans beaucoup de cas, une douleur sourde à l'endroit de la colonne vertébrale qui correspond à l'inflammation, douleur qui est exagérée par une pression sur les apophyses épineuses, mais non par des mouvements imprimés à la colonne, et c'est là une circonstance à laquelle il faut avoir égard lorsqu'il s'agit du diagnostic différentiel de la myélite et de la méningite spinale. A cette douleur se joint quelquefois la sensation d'un cerveau fortement serré autour du ventre. Dans d'autres cas, il n'y a pas de douleur spontanée; mais les vertèbres correspondantes sont sensibles à la pression. Si l'on promène une éponge trempée dans l'eau chaude sur le dos du malade, cette opération provoque également, à l'endroit où siège l'inflammation, une sensation plus pénible qu'ailleurs. — A ces sensations, auxquelles on attache le plus souvent très-peu d'importance, s'ajoute une pesanteur et une gêne des mouvements dans la partie inférieure du corps, passant insensiblement; à une paraplégie complète. Plus le siège de l'inflammation est élevé, plus la paralysie est étendue. Si la maladie occupe la région lombaire, la paralysie s'empare des extrémités inférieures ; si elle occupe la région dorsale, elle s'étend jusque sur les sphincters; si elle occupe la région cervicale, les extrémités supérieures et les muscles de la respiration sont également paralysés. A la paraplégie se joint ordinairement une anesthésie des parties inférieures du corps. Cependant cette dernière est rarement assez prononcée pour priver les malades de toute sensation d'une irritation agissant sur ces parties. — Pendant que la paraplégie et l'anesthésie, tout en faisant des progrès lents, arrivent à un degré très-élevé, il se produit toujours encore de temps à autre, dans les mdscles paralysés, des contractions spasmodiques qui deviennent même douloureuses dans les cas ou ranesthésie n'est pas complète. Ce phénomène trouve son explication dans l'irritation que les nerfs moteurs des extrémités éprouvent sous l'influence des progrès de l'inflammation, alors même que leur communication avec les libres centrales est interrompue. — Dans les cas où la communication des nerfs moteurs avec les fibres centrales est interrompue au point que l'impulsion de la volonté ne peut plus faire naître aucun mouvement, l'excitation des libres sensibles peut toujours encore se transmettre aux fibres motrices, et par conséquent les mouvements réflexes peuvent s'accomplir comme auparavant. Bien plus, on remarque dans les parties de lu moelle épinière situées audessous de V interruption que V excitabilité réflexe est souvent augmentée. Cette observation pathologique est parfaitement d'accord avec L'expérience physio-

logique. On sait que chez les animaux décapités les mouvements réflexes se font plus facilement que chez ceux dont les nerfs moteurs sont soumis à l'empire du cerveau. A Greifswald, j'ai observé, chez une jeune fille atteinte de paraplégie complète, par suite de spondylarthrocace, des mouvements réflexes tellement violents dans les parties paralysées, qu'au moindre attouchement de la peau des extrémités inférieures, les muscles de ces extrémités se contractaient convulsivement de chaque côté. Un fait très-intéressant dans cette observation, c'est que chez cette malade la disposition aux phénomènes réflexes disparut complètement quand plus tard, contrairement à toute attente, la paralysie se fut améliorée au point que les nerfs moteurs des extrémités obéirent de nouveau chez elle à l'impulsion de la volonté. — La marche et les terminaisons de la myélite chronique sont variées. La maladie peut traîner en longueur pendant bien des années. Très-souvent il arrive que les symptômes s'élèvent jusqu'à un certain niveau et restent ensuite stationnants, c'est-à-dire qu'ils ne vont ni en augmentant, ni en diminuant. Si ces malades appartiennent à la classe des hommes de cabinet ou des individus livrés aux travaux exclusivement manuels, ils vaquent souvent à leurs affaires après comme avant la paraplégie. Les paraplégies suivies d'amélioration ou de guérison paraissent appartenir, comme cela a été dit plus haut, à la méningite spinale et non à la myélite; car il est peu probable que les éléments nerveux, détruits dans une grande étendue, puissent se régénérer. La marche favorable des cas de section complète des nerfs ne prouve rien contre cette manière de voir. — Dans la myélite chronique les malades succombent le plus souvent après avoir été condamnés par les progrès de la paralysie à garder plus ou moins longtemps le lit. Les eschares de décubitus qui en résultent ou la cystite produite par la stagnation de l'urine forment alors les phénomènes terminaux, à moins que les malades ne meurent auparavant déjà de tuberculose ou de quelque maladie intercurrente.

§ l\. Traitement.

Le traitement de la myélite est très-ingrat. Il faut qu'il soit dirigé selon les principes que nous avons établis pour le traitement de la méningite spinale. L'unique différence consiste à appliquer, au lieu des vésicatoires volants, des moxas, ou le fer rouge à l'endroit de la colonne vertébrale que l'on suppose correspondre au siège de l'inflammation.

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