CHAPITRE XI. — DU CORYZA
$ Ier. Definition. Littérature. Division,
4. Définition. — Onappelle coryza (22) une affection inflammatoire de la membrane muqueuse des cavités nasales, avec obstruction des narines, étérnument, écoulement de pituite, ou d'une humeur claire, limpide, äâcre ou puriforme, le plus ordinairement avec diminution de la sensibilité des organes de l’odorat et du goût, accompagnée de céphalée gra-
nous apprend combien cette méthode de traitement est utile.
(15) Forestus rapporte un cas remarquable de ce genre.
(16) Horstius, 1. e.
(17) Amatus ‘Lusitanus, 1i'c:
(18) Horstius, 1, c. Act.
dec. 11, vol. x.
(19) Lentilius, in Eteodr., p, 568,
(20) A Gehema Decas, Obs. med.
(‘) Les acteurs éternuent très-rarement sur la scène, si cela sur arrive même jas mais. . …
(21) :Carpi, L: c.
(22) Du grec, Koputa; latin: gravedo, catarrhüs ad narés, déstillatio ; ‘allemand, Schnupfen, Schnuppen ; français, rhume de cerveau; anglais, a cold, catching cold ; polonais katar,
med. Ber.,
MALABIES
vative, de tintements d'oreilles et assez fréquemment de fièvre.
2. Litterature. — Hippocrate (23) attachait beaucoup d'importance au Coryza; les médecins les plus céièbres l’ont imité.
Toutefois, le catalogue des monographies de celle affection est fort peu nombreux, puisqu'on ne peut citer que les opuscules de Schneider (24), de Wedel (25), de Frank (26), de Camerarius (27), de Scaper (28), de Belger (29), de Langius (30) et de Swiederski fl
3. Division. — On divise ordinaire ment la maladie dont il s’agit, quant à son siége, en Coryza : 1° des narines ; 2* des sinus frontaux ; 3° des sinus maxillai-
“res, et 40 des sinus sphénoïdaux. Nous
suivrons la marche adoptée par J.-P.
Frank pour la description de chacune de ces espèces de coryza en particu+ lier (31).
SIT. Symptômes.
1. Coryza des fosses nasales, — Le coryza des fosses nasales débute avec un sentiment de sécheresse, dé plénitude, de tension de la partie affectée, avec les yeux troubles, languissants, rouges, larmoyants, avec une voix voilée, nasale, et l'état obtus de l’odorat et du goût. En même temps, il survient un éternument fréquent et fatigant, et däns beauconp de cas des horripilations que remplace, par intervalles, une chaleur fugace. À cet élat succède un-écoulement abondant d'un liquide séreux, chaud, âcre, qui passant en même temps dés fosses nasales dans là gorge, se mêle aux matières muqueuses de celte cavité, et imprime à l'organe du goût une saveur saléé, souvent semblable à celle du phosphate de soude. La partie inférieure des narines et la lèvre supérieure sont rouges.et enflammées. La muqueuse de ces parties et la
(24) De catarrhis, 1, v, sect. 1, €. 1; et Diss. de osse cribriformi. Witeb., 1655.
(25) Diss. casus laborantis coryza,
Jen., 1673.
(26) Diss. de coryza. Heidelb., 1685.
(27) Diss. r et n. De coryza sicca, Tub..
(28) Diss. de coryza. Rostoch,, 17114.
(") Diss. de coryza. Viln., 1819,
(51) Fpits de curandis hominum morbis, L v, P.1, p. 107, 441,
DES YEUX, DES ORRILLES ET DES NARINES
membrane intèérne des conduits et des sacs lacrymaux sont tuméfiés et s'opposent également à l'accès de Pair et au passage des larmes dans Îles fosses nasa :
les. Celles-ci s’écoulent dès-lors sur les joues, etla respiration se fait difcilement à moins que le malade ne tienne la bou-
che ouverte. Les jeunes enfants souffrent beaucoup de cette difficulté, Le mal ga-
gne fréquemment là gorge, où les mucosités desséchées par l'air inspiré pendant le sommeil, sous forme de chassie ou de croûtes, accroissent l’irritation etrendent encore la déglutition légèrement doulou-
reuse. En général, lorsque la maladie a
acquis son plus haut degré d'intensité, il survient des étourdissements, des pesan-
teurs de tête, ou une douleur frontale ‘assez vive, non sans que le malade
| éprouve de la fièvre de nature inflamma-
toire; surtout le soir, Les vieillards s’assoupissent aisément, et les enfants, ainsi que nous l’avons observé quelquefois, éprouvent des convulsions; les nouveau-nés ne peuvent ni dormir, ni téter. La durée de la maladie est ordinairement de sept jours. Lorsqu'elle touche
à sa fin, au lieu d’une sérosité transparente, les malades rendént un liquide un
péu plus épais, muqüeux, et enfin de là lymphe coagulable pure, blanche, jaurie, verte, marquée quelquefois de stries de
sang, ét ilsrecouvrent l'intégrité des fonc-
tions de l’odorat, du goût et de la respiration, en même temps qu'ils éprouvent le sentiment d’une plus grande liberté d'esprit. | il
2. Coryza du sinus fronts — Le coryza du sinus frontal s'accompagne d’un sentiment de tension, de plénitude, de chaleur intérieure, et de douleur tantôt obtuse, tantôt aiguë, lancinante, et s'étendant de la racine du nez vers l'une des régions sourcilières ou vers les deux, avec migraine, céphalalgie, roùgeur des yeux, larmoiément, et fièvre plus ou moins forte.
3. Coryza du sinus maxillaire. — Le coryza du sinus maxillaire présente les symptômes que nous venons d’indiquér, ayant leur siége dans l'intervalle qui sépare les dents de l'œil. En outre, la cavité nasale qui correspond au côté affecté, devient sèche, on bien le moucher, suivi d’une augmentation de douleur; n’amène point de mucosités. l:a joue du même côté offre une tuméfaction pâle, chaude; ou devient rouge, et les dents en cet endroit sont lé siége d’une douléür obtüusé, lorsque lé malade
mange ou quand on les touche, en même temps que les gencives s'échauffent et rougissent, La voûte palatiné devient aussi le siége d’un sentiment de pression ou de pesanteur, de tension. Lorsque la maladie touche à sa terminaison , ce qui a souvent lieu au bout d’une ou de deux semaines, on voit sortir, souvent avec impétuosité ; pendant que le malade incline la tête, surtout vers le côté sain, une pituite visqueuse , gluante, tantôt blanche , jaune, verdâtre ; tantôt puriforme et marquée de stries sanguinolentes ; quelquefois assez fétide et épaisse ; le rétablissement de la santé est le résultat de cet écoulement. Il n’en est pas de même quand la résolation de la maladie n’a pu s’opérer, ce dont il sera question plus bas. $ |
4. Coryza du sinus Sphenoïdal, — Le coryza du sinus sphénoïdal est une maladie tellement profonde et cachée, que nous n’osons en indiquer les symptômes.
$ III. Causes, Diagnostic,
1. Causes. — Les prédispositions au coryza sont : l’enfance , l'habitude de se trop couvrir la tête , la constipation, les hémorrhoïdes (32), un érysipèle habituel qui ne s’est point développé à son siége accoutumé 433), la menstruation (”), les pertes de sang (34) ou de semence (35), et la diathèsé arthritique (36). Le
(32) J'ai souvent été étonné, surtout dans les pays seplentrionaux, de la grande prédisposition des individus hémorrhoïdaires pour le coryza.
(33) En Lithuanie, le peuple lui-même n'ignore pas que les causes de l’érysipèle exercent souvent leur influence sur les fosses nasales. | - (*) J'ai connu plusieurs femmes qui pouvaient s’exposer assez impunément aux causes du Coryza, pourvu qu’elles le
fissent hors le témps des régles.
(54) Les personnes qui se font saisher; soit dans un but prophylactique, soit pour quélqué maladie légère, ou qui se font ouvrir les hémorrloïdes, né tardent
(35) Pluüsièurs pérsonnes, après avoir passé la nuit dans les plaisirs vénériens, sônt inévitablement äffectées de coryza le matin.
(56) Stoll (Rätio Médendi, vol. nr, p.
44), Frank (1: e:; p. 132) et Barthez (Abhandl. Gichtkrankh., 2-Bd,; p. 282) nous ont äpptis quéllé ést l'influence de
coryza, épidémique surtout, reconnaît
pour causes excitantes celles des fièvres catarrhales (37), telles que le printemps et l'hiver (38), unélé sec pendant lequel règnent les vents du nord, et un automne qu'accompagnent les pluies et les vents du midi (39), ou ceux du nord, qui sont en même temps du sud (40) ; il faut en dire autant des variations brusques de température. Le coryza sporadique est occasionné principalement par l'humidité et le refroidissement des pieds et des mains (*), l'habitude de placer les berceaux des eufants auprès d’un grand feu, les courants d'air lorsque le corps est échauffé, les voyages de nuit, et ceux que l’on entreprend pendant les ardeurs du soleil (41). Le travail de la dentition, l’odontalgie , la poudre de sable, de tabac, et les corps étrangers (dont il sera longuement question dans le chapitre suivani) fixés dans les fosses nasales, les vapeurs d'acide hydrochlorique oxygéné, et un polype commencant, engendrent une espèce de coryza sympathique et local. Nous avons reconnu (42) pour cause prochaine du coryza une affection inflammatoire de la membrane muqueuse des fosses nasales. é
2. Diagnostic. — On distinguait autrefois dans les écoles le coryza, de l’enchifrenement, en ce que dans le premier - il y a écoulement d’une matière séreuse, claire ou âcre, tandis que dans le dernier l'issue d’une pituite ténue s'opère avec une douleur gravative. Il était même question alors d’un prétendu coryza sec,
mais Comme ces diverses formes du co-
ryza ne diffèrent entre elles que par le degré et l'ancienneté, leur distinction n’a aucune espèce d'importance. Î sera fort utile, au contraire, de diviser cette affection en symptomatique et en primitive, et en simple et compliquée. Le coryza
EEE nn
la diatbèse arthritique pour la production
du coryza.
(37) P.i, vol. 1, $ 56, 5.
(38) Hipp., aph. 29, 25, sect. 111.
(39) Aph. 13, sect. nr.
(40) Aph. 14, sect. nr.
(‘) Les personnes prédisposées au coryza le contractent souvent après avoir touché un linge ou du papier humide ;
par exemple, un journal sortant à peine de l'impression.
(A) Je range hardiment le corÿza parmi les maladies qui atteignent les étrangers. |
(42). V. la définition du çoryza.
symptomatique se montre dans les fièvres typhoïdes (43), catarrhales (44), dans la variole (45), la scarlatine (46), et surtout dans la rougeole (*). L’affection des narines accompagnant toujours le début de ces maladies , il faut prendre garde de laisser inapercue l'affection principale , erreur dont nous avons cent fois été témoins relativément au typhus. On ne doit pas ignorer non plus qu'il survient des symptômes de coryza dans quelques maladies chroniques, telles que l'infection vénérienne, la plique, d’où la nécessité d’une grande précaution dans le diagnostic. Rien de plus facile que de reconnaître le coryza primitif, surtout s’il n’affecte que les fosses nasales et s’il est simple. Mais on ne doit s'attendre à.
trouver celte affection à l’état de simplicité que chez un individu parfaitement sain d’ailleurs, car toutes les fois qu’elle atteint des sujets scrofuleux, arthritiques, . syphilitiques et affectés de la plique, elle est plus grave et offre tout le danger d'une maladie très-compliquée (47). Il peut arriver aussi, d'un autre côlé, qu'un coryza simple, survenu soit chez des enfants , soit chez des adultes doués d'un systèmenerveux très-irritable,se présente sous l'aspect d’une maladie très-grave et très-compliquée (48). Sr.
$ IIT. Pronostic. Traitement.
1. Pronostic. — Hippocrate indique en peu de mots que le coryza n’est pas toujours uneaffection légère quandil dit: «Les enrouements et les enchifrenements ne se résolvent pas toujours chez les personnes très-avancées en àge (49) ; » aphorisme dont Van Swieten nous a donné un excellent commentaire (50). Ce n'est pas seulement chez les vieillards que le co-
(43) P. 1, v. 4, 49, 1. (Ed. de Leyp.)
(46) Ibid., $ 48.
(*) Ibid., $ 54.
(47) V. le chap. suivant.
(48) J'ai combattu sans peine diverses maladies nerveuses, rebelles aux antispasmodiques, après avoir découvert un coryza latent, comme l'unique cause de tous les accidents observés, et il n’y a certainement pas lieu de s'étonner que la même cause qui irrite les nerfs des fosses .
nasales, agisse sympathiquement sur le système nerveux tout entier.
(49) Aph..40, sect. n.
(50) $ 69, n, 6, in Boerhaave.
DES YEUX , DES OREILLES ET DES NARINES
ryza peut avoir des résultats funestes, mais aussi chez les enfants ; et les convulsions auxquelles il donne lieu doivent, sans aucun doute, être rapportées à l’encéphalite (51). Une observation de mon père prouve que cette dernière in-
flammation est susceptible de développer
une hydrocéphale aiguë.(52). Le coryza reconnait en général les terminaisons suivantes : 1° la résolution ; 2° la suppuration et l’ulcération , el 30 {dans les sinus frontaux et maxillaires) l’hydropisie aiguë, dont nous renvoyons l’histoire au chapitre de l’ozène, attendu qu’il est à peine possible de la distinguer de la suppuration de ces parties.
- 2. Trailement.— Pouréviter le coryza habituel, il faut avoir égard aux causes
qui prédisposent à cetle affection. En
général, on doit avoir recours aux moyens qui-détournernit le sang de la tête, et, s’il s’agit d’un individu pléthorique, à ceux qui en diminuent la quantité, et cela principalement vers l’époque des équinoxes. Le traitement de la maladie ellemême est fondé sur les mèmes indications que nous avons établies pour la fièvre catarrhale (53). Pourvu qu'on ait soin de prescrire un régime diététique conve-
(51) Au printemps de l’année 1818, je fus appelé auprès d’un enfant de trois ans, qui, après avoir gardé un coryza
pendant deux jours sans perdre de sa vi-
gueur ect de sa gaité, était subitement tombé dans des convulsions terribles, accompagnées de léthargie. Déjà un autre médecin avait eu recours à l’oxide de Zinc, au musc, à la valériane, etc. : mais dès que j'eus découvert que tous ces accidents étaient dus à une affection inflammatoire du cerveau, développée elle-
même sous l'influence d’un coryza, je fus
d'avis de remplacer tous ces remèdes par le traitement anti-phlogistique, et
- surtout par les sangsues à la tête, et les
sinapismes aux extrémités inférieures.
L'enfant fut ainsi retiré à l'instant des portes du tombeau. |
(52) L. c., p. 139, « Conspeximus vivum cui à narium Catarrho per duos fere menses protraclo, vehemente, obscuritas visus, aurium susurrus, loquelæ difficultas, circuli calvariam cingentis sensus, tremor maxillæ cum epileptico insultu sat frequente, ac cruris, manusque e latere sinistro debilitas conspicua, quin alia istorum causa apparuerit, non sine aquæ in cerebri ventriculis collectæ metu, successerant. »
nable , on peut, avec assez de sécurité, abandonner à la nature le coryza des fosses nasales ; mais il n’en est pas de
même de cçelui du sinus frontal ou de
l'antre d'Hygmor. Il faut donc ici, sons perdre un instant, recourir , sinon à la saignée, du moins aux sangsues appliquées aux narines et aux tempes, ou derrière les oreilles et aux gencives pour hâter la résolution de l'affection inflammaloire. Dans tous les cas de coryza intense , après avoir calmé la violence inflammatoire, on doit appliquer sur la nuque soit un sinapisme , soit de l’onguent ou un cataplasme préparé avec le tartre émétique. Mais il faut user avéc précaution des médicaments que l'on fait inspirer par les narines (54), et l'on ne doit employer ainsi que les émollients. Dans le coryza des enfants, il est nécessaire de ramollir d'abord avec le lait de la nourrice les croûtes qui bouchent les fosses nasales, après quoi on pourra les extraire délicatement à l’aide d’une aiguille por-
tant un nœud à l’une de ses extrémités.
On fait des onctions sur la surface externe des narines avec du suif ou du beurre de majorlaine, ou de l'huile d'œufs (55). Le coryza rebelle, chez un sujet infecté de quelque vice, se traite suivant les principes qui seront exposés au chapitre de l’ozène et de la blennorrhée du nez. Là il sera question en même temps, sous le rapport thérapeutique, des insectes et autres corps étrangers contenus dans les fosses nasales.