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CHAPITRE Il. — DES VICES DE LA VOIX ET DE LA PAROLE

$ Ier. Du sujet en general.

1. Fagissement du nouveau-né, — Le fœtus bien portant annonce sa nais-

sance par un vagissement (1), et plus ce .

vagissement est clair, baut, pénétrant, plus l'enfant est gai, fort et bien portant.

Le vagissement est-il faible, plaintif, rauque ou nul, l'enfant est languissanit, faible, malade, asphyxié où mort {2).

2. Commencements de la parole. — Les enfants acquièrent le pouvoir d’articuler les mots, de prononcer des paroles entre deux et quatre ans ; quelquefois plus tard (3), quelquefois jamais. On observe à cet égard de grandes variétés dans les familles.

(26) Bell’s System. d. Wundarzneykuust., 2 B.— Richter, Anfangseründe der Wundarzneyk., 4 B., p. 289.

(27) Cap. v.

(1) Les opinions autrefois agitées sur la cause du vagissement des enfants au moment de l'accouchement tendent à l'absurde. On supposait que ce vagissement était dû au mouvement des corps célestes, à la vue du diable, à l’appréhension des misères futures. (Gaspar a Rejes, qu. 5, p 684.) On prétendaii que les mâles s’'écriaient 6 A! (ô Adam, Pourquoi as-tu péché?), les filles, d E!

(ô Eval!). (Scotus, in Phys., c. x1). Les Opinions qu’Albert à exposées dans son traité De ploratu infant. sanor. sub partu.

Hal., 1785, sont plus conformes à la raison. On a ensuite beaucoup discuté sur le vagissement du fœtus dans l’ütérus.

(Schurig, Embryol., p. 161.—Deusing, Tr. de fœtu Mussipontano. Büchnerische Miscel., 1729. Aug., p. 150.—Bergen, Diss. de vagitu uterino. Francf., 1774.) Is avaient pris pour la voix du fœtus les flatuosités produites dans les intestins des femmes enceintes. D'ailleurs Osiander atteste Îles vagissements du fœtus encore contenu dans le vagin, (Gott. gelehrt.

Anzeig., 1820, 7 déc., p. 196.)

(2) Les auteurs médicaux, depuis Albert (in Jurispr. med., P. 1, p. 161) jusqu'à nos jours, ont savamment traité ce sujet.

(5) E. c. à sept ans (Storch, Kinderkrankh., 5 B., p. 534), à douze ans (Etmüller, t. 11,p. 218, Ex Amato Lusitano).

3. Consideralions sur la voix et la parole. = L'état de la voix est souvent héréditaire (4). Cet état, en effet, dépend de la constitution du corps, du tempérament, et surtout de la structure des organes qui concourent à la formation de la voix (5). La parole pure et agréable est une espèce de chant faible et léger, et elle ne diffère du chant que parce qu'elle exige du larynx moins de travail.

et moins d'effort (6). La réunion de trois.

choses est nécessaire à la perfection du chant : la mélodie ou une suite de sons agréables ; l'harmonie ou le concours de sons simultanés (par la réflexion des sons:

dans les fosses nasales), et le rhythme out

(4) Porial assure (Considérations sur la nature et le traitement de quelques:

maladies héréditaires. Paris, 1809) ques la famille Garat excelle par la douce de sa voix. La famille Sessi présente le” même phénomène; en effet, six ou sept!

filles de deux frères sont douées d’une voix remarquable. La voix du chanteur italien David était admirable: celle de son fils est plus admirable encore. D'un autre côté, nous connaissons des familles telles que celle de K....r, où la voix est rauque et sifflante.

(5) Des chanteurs de l’un et de l’autre sexe présentent souvent un larynx très:

développé. Cependant je n’ai rien ren:

contré.de particulier dans l'organe de la voix de la célèbre cantatrice Catalani.

On rapporte que la cantatrice Banti, non moins célèbre dans le siècle qui vient de s'écouler, avait les cartilages des côtes ossiliés. En somme, le mérite du chanteur consiste inoins dans la structure des parties, que dans l’art de conduire habilement sa respiration. D'où Hippocrates!:

« Citharœdi, quum ipsos vocem intendere oportuerit, spirilum quamplurimum intro trahentes pronunciationem extena dunt, et vociferantur, ac vocem magnam edunt, prout spiritus duraverit; ubi vero spiritus defecerit, desinunt. » Lib. de carnib. |

(6) Sauvagesius, Nosol. method., t. m, p. 11. Morb., class. vr. (Vice versa can-!

tus nil est, nisi loquela alta et exacta.

Sciant hinc musicæ vocalis compositores, se incassum amŒænas quærere cantilenas, nisi idioma, quo utuntur, harmonicum sit : sie Hali, ob proprium incomparabile idioma, in cantu inter omnes nationes excellunt; nec unquam extraneus eos altinget, nisi lingua italica (aut : græca vel latina), eaque probe intellecta, ad amœnas cantilenas inveniendas uta= tur,} 4

DU LARYNX, DE LA TRACHÉE-ARTÈRE ET DU CORPS THYROÏDE, 61

la parfaite combinaison de nôtes brèves et longues. Les vers forment l’intermédiaire entre le chant et la prose.

4, Les vices de la voix sont distincts des vices de La parole, — De ce qui précède il semble qu’on doive distinguer la voix de la parole, et sous le rapport physiologique et sous le rapport pathologi-

ue. Et en effet, les vices de la voix (dysphonie) (7) doivent être distingués des vices de la parole (dyslalie) (8), parce que, dans un cas la voix est vicieuse et dans l’autre la prononciation.

5. Importance de la division.—Deux genres de vices appellent toute l’attention du médecin. 1l doit donner ses soins et à ceux qui sont affectés de mutisme, et à ceux qui, par un vice de la voix ou de la parole, offensent les oreilles de leurs auditeurs, excitent leur rire, ou sont obligés de renoncer à la profession d’orateur, d'avocat, de professeur, de chanteur, de crieur public, de harpiste, de tragédien , de comédien, professions qui leur permettraient de soutenir eux el quelquefois une nombreuse famille.

G. Bibliographie. — Aussi est-ce avec reconnaissance que nous avons lu les ouvrages de ceux qui se sont occupés des vices de la voix et de la parole. Nous pouvons citer Galien (9) Aétius(10), Avicenne (11), Mereurialis (12), Codronch (13), Menjot (14), Wedel (15), Shacher (16), Pazzi (17), Portal (18), Sauvages

(7) Du gree dÙr, vicieusemént, pwvn, voix. Swediaur, Nosol. méth., t. 11, p.

(8) Du grec Jvc, vicieusement, kxkx, parole. Swediaur, 1. c.

(9) De locis affectis, 1. 1v, c. vi.

(10) Tetrab, 1, serm. 2, c, xxxit.

(11) Canon, L. 111, fen. 10, tract. 2, c. r.

(12) De puer, morb., |. 11, p. 242-67.

Francf., 1584.

(45) De vitiis loquelæ, L. 11, Fr., 1597.

(14) De voce depravata. Paris, 1662.

(15) De voce ejusque effectibus. Jen.,

(16) Diss. de læsa hominis loquela.

Lips., 1696.

(17) De voce humana, ejusque viliis, Basil., 1704. }

(18) Mémoires de la société médicale d’émulation, t. 1, p. 80, et Mém. sur la nature et le traitement de plusieurs maladies, t. 1, n, 8. V, Abh, f. pr. Aërzte, 47 B., p. 421,

(19), Reil (20), Liscove (21), Weller (22) el quelques autres. |

1. Ordre des matières. — Nous consacrerons deux paragraphes à la difficulté de prononcer et deux à la difficulté de parler. La difficulté de prononcer embrasse : 1° la paraphonie (23), ou dépravation et vicialion du son de la voi ; 20 l’aphonie (24), ou privation de la sonoréité de la voix, ou suppression Complète de la voix. La difficulté de parler comprend : 1° le mutisme (25), ou impuissance d’articuler les mots ; 2° la mogylalie (26), ou difficulté ou impuissance de prononcer bien certaines syllabes ou cerlaines leltres.

$ IL. De la paraphonie.

1. Definition. — « La paraphonie , viciation ou dépravation du son de la voix, se reconnaît à l'impuissance de produire des sons agréables en chantant ou en parlant , de telle sorte que la voix blesse les oreilles ou les fatigue (27). »

2. Causes générales. — On doit chercher la cause de la paraphonie dons Ja contraction déréglée des muscles du la-

ans

(19) L. ce.

(20) De vocis et loquelæ vitiis. Halæ,

(21) Theorie der Stimme. Leipzig.

(Præsertim de çura vocis pulchre loquitur.)

(22) Diss. de eloquio ejusdemque vitiis. Erlang., 1792,

(23) Du grec, mapa, vicieusement, et poyn, voix. Syn: Cacophonie de Sauvag., Tracophonie de Menj,; français, vice de voix ; allemand, Pheler der Stimme; anglais, depraved voice; polonais, wady gtosu.

(24) Grec, de & nég., et gavn, voix; allemand, Stummheit,

(25) Grec, de &nég:, et Axliæ, parole.

Sun. avavoix (anaudia), Hipp.; latin,

mulitas, loquelæ defectus; allemand, Sprachlosigkeit; français, là mutité ; anglais, dumbness; polonais, niemola. Allemand, en längue slavone, se dit Niemiec, Ceux qui sont privés de l'idiome

‘ slavon sont mis de niveau avec les muets,

et en effet, Slavon semble venir de Stowo (verbo). (Histoire de l'empire de Russie, par Karamzin, traduite par M. M.

et Thomas a Jauffret.)

(26) De Moy, difficilement, Agé, je parle.

” (27) Sauvagesius, 1, €.

rynx, dans les vibrations irrégulières des ligaments de la glotte, dans l’étroitesse ou la trop grande largeur de l'ouverture de la glotte, dans les vices de conformation des narines, de la langue, de la luelte, des amygdales, de l’œsophage, de la irachée, des poumons, du cœur, de l'aorte et des viscères abdominaux, ce qui va sortir de l’'énumération des diverses espèces de paraphonies.

3. Enumcration des espèces. — Nous avons divisé la paraphonie en paraphonie des jeunes gens , p. nasale, p. gutturale, p. Siflante, p. ronflante, p. latrante, p. sanglotante, p. chévrotante et p. rauque.

4. Paraphonie des jeunes gens. — Entre quatorze et dix-huit ans, lorsque les testicules sécrètent une liqueur féconde et que le duvet est remplacé par la barbe, la voix des jeunes gens, d'aiguë et agréable, devient âpre et discordante.

Bien que celte condition de la voix soit normale et qu'il soit difhcile d’en faire une maladie, elle a été nommée par les nosologistes paraphonie des jeunes gens (28). Les Latins disent qu’alors les enfants /irquitalliunt, ou ils les appellent hirquitallos. Aristote les nomme tragizontes. Il faut chercher la cause du changement de la voix dans l’évolution de la glotte (29). Cette évolution est empêchée par la castration (30), opération qui conserve la voix puérile, lüi permet de se développer dans toutes ses parties et de surpasser toule autre voix par la douceur, la rapidité et la force (31). Un homme distingué prétend que la voix puérile peut se conserver sans avoir recours à la castration , en faisant chanter les enfants impubères plusieurs fois par jour dès le commencement de la mue (32). Mais

TN

(28) Français, mue de la voix.

(29) « Son ouverture (de la glotte) reste en général très-petite jusqu’à l’âge de puberté; mais à cette époque elle 2cquiert en peu de temps une amplitude remarquable, » Portal, Cours d'anatomie médicale, t. 1v, p. 550.

(50) « On assure (Richerand, Mémoires de la société médicale d’émulation, tom.

111, P. 555) que ceux qui ont été mutilés dans l'enfance ont toujours la glotte rétrécie. « Portal, 1. c.

(51) Témoins ceux qui ont entendu les excellents chanteurs Marchesi, Crescentini, Senesino et Velluti.

(52) Par cet exercice, en effet, les cordes vocales acquièrent plus de tension

notre expérience en ces sortes de choses, plus grande peut-être, nous apprend que les efforts de chant éteignent pour toujours la voix des hirquitallos et même celle des enfants (33).

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