‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 10 sur 132 · GANGRÈNE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE

veurs, et dans la cachexie de misère ; la dyscrasie aiguë ou chronique est la cause première de la nécrose, et sa localisation dans le poumon est la conséquence d'une pneumonie ou d'une bronchopneumonie; en d'autres termes, par suite de l'état constitutionnel des malades, la vitalité de tous les tissus est amoindrie, et une perturbation locale additionnelle qui serait sans effet dans un organisme sain, suflit pour transformer la mort imminente en mort réelle. Dans quelques cas, le défaut de résistance vitale, qui est la condition préalable de la mortification, résulte de la déchéance de l'innervation ; les gangrènes pulmonaires, relativement fréquentes, des aliénés et àesdéments, permettent cette interprétation. — La gangrène par lésion du tissa résulte du contact du tissu pulmonaire avec une matière d'origine gangreneuse ou susceptible de subir au contact de l'air la fermentation putride ; les embolies spécifiques, l'action des liquides putrescibles contenus dans les bronches dilatées, la pénétration dans les voies aériennes de parcelles alimentaires, de matières vomies, du pus provenant d'un abcès du foie, de la rate ou des reins, l'envahissement du poumon par un cancer de V estomac (Andral), sont les principales conditions étiologiques de ce groupe. Cette forme peut encore être produite par l'action directe de vapeurs ou de gaz irritants introduits dans l'appareil respiratoire; telle est la gangrène des vidangeurs, qui est loin d'être rare. En 1869, à la suite de l'accident de la place de la Sorbonne, j'ai eu la douleur de voir succomber un des externes de mon service à des gangrènes pulmonaires multiples résultant de l'inhalation des gaz provenant de la combustion du picrate de potasse. Le froid intense, ou plus exactement Y inspiration prolongée d'un air très-froid, peut déterminer d'emblée la nécrose du poumon ; deux faits, du moins, justifient cette assertion (Shrimpton, Aubase-Mont faucon).

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La gangrène circonscrite est la plus commune; elle siège indifféremment dans tous les points du poumon, plus souvent peut-être dans le lobe supérieur que dans l'inférieur, et elle apparaît an début comme un noyau de couleur noirâtre ou brun-verdâtre, d'une odeur horriblement fétide, d'une consistance variable suivant que le tissu, avant la nécrose, était intact, carnifie par un infarctus, ou hépatisé. La portion morte est nettement limitée, et solidement adhérente au tissu qui l'entoure; ce dernier est œdémateux; la grandeur de l'eschare varie depuis le volume d'une amande jusqu'à celui d'un œuf de poule; elle est d'ordinaire en raison inverse du nombre des foyers. Tel est le foyer initial; bientôt une inflammation éliminatiice se développe ; les liens qui unissent le mort au vif sont rompus ; le tissu nécrosé, dissocié parle liquide qui l'imprègne, tombe en détritus, ou bien \\

38 MALADIES ULS FUMONS.

reste lihro à l'étal de séquestre dans la cavité qui résulte de la séparation dfl l'esehare. Ainsi est formée une caverne gangréneme dont le contenu est transformé en une bouillie noirâtre ou verdàtre par une véritable décomposition putride ; cette bouillie contient souvent des particules solides formées de débris de tissu, mêlées à des acides gras cristallisés, et à des champignons désignés par Leyden sous le nom de Leptotriœ pulmowdis, en raison de leur analogie avec ceux qu'on observe souvent dans la bouche (leptotriœ huccalis). 11 résulte des expériences de Leyden et Jaffé, que ces particules solides introduites dans des poumons sains y provoquent des foyers de gangrène, et une multiplication abondante de cbampignons. La paroi de La caverne peut être molle et infiltrée, mais le plus ordinairement elle est indurée par le fait de l'inflammation éliminatrice, et si la vie est prolongée quelque temps, elle est recouverte d'une fausse membrane grisâtre qui sécrète du pus, et assure l'isolement du foyer. Les raissniii.r de la paroi sont presque toujours obturés par des thromboses secondaires; parfois cependant, celles-ci font défaut, et. au moment de la séparation de l'esehare, des hémorrhagies peuvent être produites ; la situation est la même pour les vaisseaux qui traversent, en forme de brides, l'intérieur de la cavité; ils sont ordinairement oblitérés, mais ils peuvent ne pas l'être, c'estlà une nouvelle cause d'hémorrhagie ; les brides intra-caverneuses sont quelquefois formées par des bronches qui ont résisté à la destruction. Le foyer communique le plus souvent avec les bronches ; dans d'autres cas, il s'ouvre dans la plèvre, et y détermine un épanchement purulent avec pneumothorax ; quand il est très-voisin de la plèvre, il peut, sans la rompre, y provoquer une inflammation de voisinage, laquelle est toujours purulente ; dans un cas, le foyer s'est ouvert dans le péricarde (Laurence). L'évacuation par les bronches peut être suivie de guérison; la pneumonie périphérique est alors interstitielle en même temps qu'alvéolaire; une membrane enkystante est produite qui, par rétraction, rapproche les parois du foyer détergé, et la cicatrisation a lieu avec effacement de la cavité, plus rarement avec persistance d'une petite caverne. — La gangrène diffuse envahit irrégulièrement la plus grande partie ou la totalité d'un lobe, ou même d'un poumon ; il n'y a point ici de démarcation entre les parties saines et les parties altérées; le tissu mort s'avance par fusées au milieu du tissu vivant qui est œdémateux ou hépatisé; dans l'esehare toute structure normale a disparu, ce n'est plus qu'une masse putrilagineuse, noirâtre, infiltrée de sanie et de sang, qui se dissocie sous l'action d'un filet d'eau, en laissant des pertes de substance anfractueuses et irrégulières. La diffusion de la lésion rend tout processus curateur impossible.

Dans les deux variétés de gangrène, des particules altérées peuvent pénétrer dans les veines pulmonaires, gagner ainsi le cœur gauche et. produire dans la sphère aort,ii[iie des emballes capillaires spécifiques.

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