‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 11 sur 132 · GANGRÈNE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE

symptômes Et Marche.

La gangrène étant uns Lésion secondaire, sa symptomatologie est obscurcie par celle des maladies qui la provoquent ; eu l'ait, les seuls symptômes directs de la mortification au début sont Y affaissement subit des forces, Ya mutation de la fièvre préexistante, qui prend le caractère adynamique, et l'élévation thi'i-.'/u'/ur excessive, propre aux. înaliidies putrides ; si ces phénomènes sont observas dans le cours de L'un des états pathologiques qui favorisent le sphacèle, ils doivent éveiller l'attention ; niais ce ne sont encore que des signes présomptifs ; tant que l'iuileine et les crachats n'ont pas la fétidité spéciale, la gangrène ne peut être aftirmée, et comme ces derniers symptômes ne sont possibles que lorsque le foyer communique avec les bronches, il est clair que la lésion ne peut être que tardivement reconnue. Pendant la période initiale, les phénomènes stéthoscopiques ne sont pas plus caractéristiques ; ils sont souvent nuls dans le cas d'infarctus profond; ou bien ce sont des lésions broncho-pulmonaires préexistantes ; or, ces signes révèlent bien une pneumonie, un catarrhe bronchique, une bronchectasie, une tuberculose, mais ils n'ont aucune valeur comme symptômes de gangrène, ils n'acquièrent cette signification que lorsqu'ils coïncident avec l'expectoration éliminât rire, laquelle est, en fui de compte, le seul signe diagnostique certain, in peu plus tard, lorsque l'élimination des parties mortes laisse dans le poumon une cavité contenant du liquide et communiquant avec les bronches, la situation au point de vue du diagnostic n'est pas modifiée ; les phénomènes cavituires indiquent la présence d'une caverne dont on a même pu suivre la formation, niais l'origine gangreneuse de cette excavation n'est positivement révélée que par l'odeur et les crachats.

Lorsque la fièvre manque au moment du sphacèle, elle ne se développe que plus lard, lors de l'inflammation secondaire; le malade éprouve seulement au début un malaise et un affaiblissement marqués, quelquefois des douleurs thoraciques vagues, puis l'haleine devient fétide, surtout au moment de la toux j cette fétidité ne ressemble à celle d'aucune autre maladie', c'est l'odeur de la pourriture ou de la macération aiialomique dans ce qu'elle a de plus repoussant ; elle provoque des nausées chez les individus les moins délicats, et infecte en quelques moments toute une salle d'hôpital. La fétidité de l'haleine peut précéder L'expectoration caractéristique, parce que celle-ci n'a lieu que lorsque la communication bronchique est établie ï alors survient une toux quinieuse qui expulse péniblement des crachats peu abondants d'abord, mais dont la quantité va croissant jusqu'à l'apparition des signes de caverne ; ces crachats, qui peuvent être par instants formés de sang pur, sont ordinairement sanguinolents. sanieu\ ou séro-inuqueu\. de

/il) MALADIES DES POUMONS.

teinte bistre, noirâtre ou verdâtre; quand l'expectoration est abondante, elle forme par le repos dans un vase étroit plusieurs couches superposées; la supérieure est muqueuse ou mueo-purulente, la moyenne est séreuse, l'inférieure est épaisse et contient des libres élastiques, des débris verdâtres ou noirâtres de tissu pulmonaire, des cellules détruites et des masses molles chargées de cristaux gros; c'est dans cette couche que l'on trouve les champignons dont il a été parlé. Chimiquement ces ci-achats renferment delà leucine et de la tyrosine, produits de décomposition des matières albuminoïdes. et des acides gras. D'après les recherches de Neukomm et de Lebert. l'acide valérianique serait la source principale de l'abominable odeur de ces matières.

Une fois cette expectoration établie, le tableau clinique devient plus net ; quel qu'ait été jusqu'alors l'état du malade, une fièvre à caractère adynamique survient, et si le foyer est superficiel, on observe les signes d'un ramollissement pulmonaire (matité, gros râles sous-crépitants), avec induration périphérique (souffle, bronchophonie) ; à mesure que l'élimination transforme le foyer de ramollissement en excavation, les signes stéthoscopiques sont modifiés, la matité diminue, les râles deviennent de plus en plus gros, et prennent les caractères du gargouillement ; le souffle bronchique fait place au souffle caverneux ; à la bronchophonie succède la pectoriloquie ; bref, on a l'ensemble des phrnomè nés cavitaires. C'est pendant cette élimination que l'expectoration présente souvent de grands lambeaux de tissu mortifié ; c'est alors aussi que l'on doit craindre les hémorrhagies dont j'ai plus haut indiqué la source. Les signes de caverne et l'expectoration fétide peuvent disparaître temporairement; ce phénomène tient à l'occlusion momentanée de la communication bronchique.

Pendant l'évolution de ces accidents locaux, l'état général s'aggrave, l'adynamie est de plus en plus marquée, de la diarrhée survient, et au bout d'un temps variable, la maladie se termine par la mort. — La durée est loin d'être toujours la même ; quand la mort est amenée par les progrès du dépérissement, elle n'a guère lieu avant la fin du second ou du troisième septénaire ; il est facile de concevoir d'ailleurs que la rapidité de la marche est subordonnée à l'état dans lequel se trouvait le malade, au moment où la mortification s'est effectuée. D'un autre côté, la terminaison peut être hâtée par le développement d'une inflammation ('tendue dans le poumon malade ou dans le poumon sain ; enfin, la mort peut être causée à un moment quelconque par l'ulcération de la plèvre (pyopneumolhorax), ou par une hémorrhagie abondante qui obstrue les voies de l'air et produit l'asphyxie. — Dans quelques cas, la marche est plus lente, et la mort n'a lieu qu'au bout de trois ou quatre mois (six dans un fait de Louis); la gangrène est alors très-rirconscrite au début, mais elle envahit successivement plusieurs points des poumons, et le malade finit par succomber dans le marasme résultant de ces atteintes

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