CHAPITRE X
Ai l lMl YSTi:s.
Le tubercule et le cancer ne sont pas les seules tumeurs qui prennent naissance dans les poumons : on y observe parfois d'autres productions qui, en raison de leur rareté, n'ont pour la plupart qu'un intérêt anatomique ; telles sont les tumeurs fibreuses (Rokitansky, Lebert) ; — les epithéliomes (Virchow, Paget) ; — les enchondromes (Volkmann, Rokitansky, Lebert, Paget); -- les tumeurs ostéoides (Mùller) ; — érectiles; — les kystes séreux; — les kystes dermoïdes (Mohv, Salomonsen); je me borne à les signaler; mais les kystes parasitaires ou hyelatiques sont un peu moins exceptionnels,
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et ils donnent lieu à quelques phénomènes svmptomatiques, dignes de fixer l'attention.
Les kystes s\ échlnocoqtaes on acépholoeystcs (1) sont un peu pins fréquents chez l'homme que chez la femme ; on les observé surtout de vingtcinq à quarante-cinq ans (Lchert). Ils coïncident souvent avec des kystes semblables du foie et de la plèvre; dans d'autres cas,, ils sont isolés. Sur 13 faits analysés par Lebert, la tumeur occupait 6 fois le poumon droit, 3 fois le gauche, k fois les deux organes. Dans chaque poumon, le kyste est ordinairement unique, mais il peut acquérir le volume d'une pomme ou d'une grosse orange ; à son pourtour, le tissu est atrophié, ou bien il est induré et comme fibreux par le fait d'une pneumonie interstitielle. La guêrison naturelle a lieu par deux procédés, tantôt par l'évacuation à travers les bronches, iNccou sans persistance de cavité anormale dans le poumon; tantôt parla mort des vers, et la transformation de la tumeur en une masse membraneuse d'apparence gélatiniforme. Dans quelques cas rares, l'évacuation a lieu dans la cavité pleurale, d'où la production d'un hydropneumothorax ; dans le fait de Mercier, la tumeur était tombée en bloc dans le plèvre, et on la trouva surnageant à la surface de l'épanchement liquide. — La présence des échinocoques dans les vaisseaux pulmonaires a été constatée trois fois : une fois dans les veines (Andral), deux fois dans les artères (Skoda, Schcuthauer).
Les symptômes peuvent être nuls si la tumeur est à la fois profonde et peu volumineuse; dans le cas contraire, on observe de la toux, des douleurs thoraciques et une gène habituelle de la respiration ; le crachement de sang est très-commun; il diffère de l'hémoptysie tuberculeuse en ce qu'il se répète un grand nombre de fois, et que la quantité de sang rejetée à chaque attaque est peu abondante, de sorte que ces accidents n'ont aucune influence fâcheuse sur la santé générale. Lorsque, avec ces hémoptysics répétées, on constate l'absence de tuberculose et l'intégrité de l'appareil cardio-aortique, le symptôme devient tout à fait caractéristique ; ainsi en Islande, où la tuber-
(1) Lakxnec, Asdral, CitrvEiLMER. — Dupiytrek, Clinique, chiruhg. — Simon', Joum. des conn. méd.*-chi>\, 1841. — Baron, Mcm. sur la nature et le développement des produits accidentels. Paris, 1845. — Rokitansky, loc. cit. — Ai.fter, Deutsche Klinik, 1853. — Mercier, Bullet* Soc. anat., t. XIII. — Vigla, Arch. gén. de méd., 1855 (Kystes de la plèvre). — Davaixe, Traité des entozoaircs. Paris, 1860. — Lebert, Handb. der praktischen Medicin. Ttibingen, 1863. — Skoda, Wiener mal. Wochenbl., 1865. — Ciivostek, Mittheilungen nus der Klinik von Prof. Duchek [Oesterr. Zeits. f. predd. Heillc , 1866). — Dardez, Union méd., 1867. — Sciirotter, Echinococcus der Lunge (Oester. med. Jahrb., 1867). — Finsen, Ugeskrift for Lœger, 1867.-— Finsen uncl Kuciienmëister, Zur Kenntniss der in Island endemischen Echino~ Icokken (Schmidt's Jahrb. GXXXIV, 1867). — C. Federici, Sopra un caso di echinococco dcl polmone e intorno le varie forme di qnesta malattia. Bologna, \ 868. L
culose est à peu près inconnue, on peut conclure du crachement de sang à l'échinoeoque pulmonaire (Finsen). Dans un certain nombre de cas, l'expectoration renferme des débris absolument pathognomoniques ; ce sont des membranes hydatiquex rejetées eu état d'affaissement, et reconnaissables à leur aspect demi-transparent, vitré, et à leur structure lamellcuse (Lebert) ; des débris semblables peuvent, il est vrai, provenir d'un kyste hydatique du foie vidé à travers le poumon, mais, dans ce cas, l'expectoration caractéristique est précédée des symptômes propres aux tumeurs hépatiques; l'hémoptysie et les phénomènes pulmonaires font défaut. Le rejet des membranes se répète à intervalles variables, souvent pendant un temps fort long, parce que l'évacuation de la tumeur est lente et graduelle ; quand elle est achevée, on observe les signes ordinaires d'une caverne, et si la paroi s'enflamme et suppure, ce qui est fréquent, le malade est pris de fièvre hectique, et il meurt dans un état de consomption ; dans les cas favorables, la cicatrisation a lieu et la guérison définitive est obtenue.
Les signes niYsiguEs, avant la période d'évacuation, sont variables selon la position et le volume du kyste ; quand il est profond et petit, ils sont nuls, ou bien on ne constate qu'un emphysème vicariant, plus ou moins étendu, qui résulte de l'imperméabilité d'une portion du poumon. Si la tumeur est volumineuse et superficielle, elle produit de la matité, l'abolition des vibrations vocales, et la diminution ou la cessation du bruil respiratoire à ce niveau ; lorsque le tissu circonvoisin est atteint d'infiltration pneumonique et de catarrhe bronchique, ce qui est le fait ordinaire, on perçoit du souffle, de la bronchophonie et des râles de volumes divers ; enfin, quand le développement du kyste est tout à fait excentrique, il amène une dilatation partielle du thorax. Lorsque ces phénomènes siègent au niveau du lobe inférieur, ils simulent complètement un épanchement pleural, et s'il n'y a pas d'expectoration membraneuse, le diagnostic ne peut être lait que par une ponction qui permet d'apprécier la nature du liquide ; encore resterat-il à déterminer, après cela, si le kyste occupe le poumon ou la plèvre; cette question sera principalement résolue d'après le volume de la tumeur. Celle de la plèvre est, sans comparaison, la plus considérable; elle donne l'idée d'un épanchement colossal, qui distend au maximum une moitié du thorax.
Bien que les kystes hydatiques soient longtemps compatibles avec un état général satisfaisant, ils constituent néanmoins une maladie grave en raison des accidents qui suivent l'évacuation bronchique ou pleurale ; sur UO cas analysés par Davaine, la terminaison a été mortelle 25 fois ; la mabciie est toujours lente et la purée est comprise entre un et trois ou quatre ans. Au nombre des complications, il convient de mentionner la tuberculose ; elle existait dans 3 des 13 cas de Lebert.
Le traitement médical est des plus douteux; en raison de leur action
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parasiticide, on a proposé lï'thcr et le mercure, mais les laits manquent pour juger de cette médication. Quand l'évacuation bronchique est commencée; on pourrait la favoriser par un vomitif, répété au besoin ; mais le seul traitement Hïieace est le traitement chirurgical, dirigé contre les kystes qui sont devenus superficiels et qui dilatent la poitrine; c'est la ponction et l'évacuation de la tumeur, opération qui, dans les kystes pleuraux, peut être suivie d"unc injection iodée ; Vigla a obtenu ainsi un remarquable succès.