ANGINE FIBRINEUSE , PSEUDO-MEMBRANEUSE
mettent guère de les attribuer à une altération profonde des organes d'innervation ; l'intervalle qui sépare la maladie pharyngée de la paralysie des membres est difficilement conciliablc avec l'idée d'une névrolysie réflexe; le développement (moins fréquent, mais positif) d'akinésies semblables après des angines non diphtkérignes et d'autres maladies aiguës, condamne l'explication de Trousseau, qui invoquait une action toxique spéciale sur le système nerveux. Et en cette situation je ne vois que deux interprétations acceptables: on peut admettre que la lésion pharyngée agit par action centripète sur les vaso-moteurs des centres nerveux, de manière à modifier momentanément la nutrition de ceux-ci, au point d'en amoindrir la puissance fonctionnelle (Jaccoml) ; ou bien on peut, avec Gubler(qui a consacré à cette question de remarquables travaux) envisager ces paralysies comme une simple amyosthénie (faiblesse musculaire) résultant de la convalescence, et ne présentant avec la diphthérie aucun rapport particulier.
DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC
L'angine membraneuse accidentelle est facilement reconnue, d'après la cause toute fortuite qui lui donne naissance, et l'absence de phénomènes généraux. Elle est d'ailleurs assez rare ; la plus commune est celle qui résulte de cautérisations avec le nitrate d'argent. A défaut de renseignements, la blancheur de l'eschare qui fait partie intégrante de la muqueuse permettra de rapporter ce pseudo-exsudat à sa véritable origine ; il disparaît d'ailleurs en quelques heures et ne se renouvelle pas.
L'angine fibrineuse vraie ou diphthérique ne ressemble à aucune autre maladie lorsqu'elle présente la propagation nasale ou laryngée, les symptômes de septicémie, les complications pulmonaires ou les productions membraneuses cutanées. Mais dans les cas légers, et dans les cas graves au début, elle peut être confondue avec l'une quelconque des angines muqueuses à produits concrets : j'ai exposé précédemment les caractères objectifs qui peuvent prévenir cette erreur ; j'ajoute que dans tous les cas il faut tenir grand compte de la constitution épidémique et de la possibilité de la contagion.
Le pronostic est toujours sérieux, même dans les cas à lésions locales peu étendues ; l'observation prouve en effet que même alors la maladie peut tuer par extension ou par septicémie. 11 résulte de là que le jugement doit toujours être réservé jusqu'au moment où les membranes cessent de se reproduire. Quel que soit l'état local, l'adynamie, la petitesse du pouls, sont des signes fâcheux; le développement de la diphthérie nasale ou des accidents laryngés constitue un péril prochain ; il en est de même des broncho^ pneumonies. Enfin le volume considérable des ganglions, la participation
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du tissu cellulaire ambiant à l'infiltration inflammatoire sont des phénomènes de mauvais augure ; bien souvent alors la maladie est mortelle ; et si la guérison a lieu, il n'est pas rare que la suppuration s'empare de la masse ganglionnaire, et que le patient ail à traverser toutes les péripéties d'un vaste phlegmon cervical. — D'une manière générale, l'angine coucnneuse est d'autant plus grave que l'individu est plus jeune et moins robuste, et la forme secondaire est redoutable entre toutes.
TRAITEMENT
Les indications et les moyens sont les mêmes que dans la laryngite pseudo-membraneuse {ooy. t. I, p. 769), je me borne à les énoncer ici pour mémoire : vomitifs au début; médication interne par le vin de quinquina et le perchlorure de fer; traitement topique comprenant des cautérisations avec le nitrate d'argent ou le perchlorure de fer répétées deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures; dans l'intervalle, des insufflations de tannin et d'alun à parties égales et des pulvérisations d'eau de chaux ; l'eau ou la limonade vineuse est la boisson la plus utile et la mieux tolérée ; une alimentation aussi substantielle que le permet l'état du malade est d'absolue nécessité.
Lorsque l'infection de l'haleine, la teinte gris sale et l'apparence gangreneuse des fausses membranes en révèlent la décomposition putride et font craindre la septicémie, il convient de substituer aux insufflations astringentes des applications de chlorure de chaux en nature ; on peut aussi toucher vigoureusement les parlies avec une forte solution de permanganate de potasse ou d'acide phénique; il faut, en un mot, chercher à détruire les propriétés septiques des produits morbides afin de prévenir l'auto-infection. Dans ces formes putrides, malheureusement, les choses marchent avec une telle rapidité, que les efforts les plus persévérants restent bien souvent stériles; il faut néanmoins lutter jusqu'au bout, et unir aux moyens précédents un traitement interne qui puisse accroître la résistance de l'organisme; l'alcool et l'acide phénique sont les agents qui répondent le mieux à cette indication. Au premier signe de propagation aux fosses nasales, il faut pratiquer des injections avec des solutions caustiques et désinfectantes ; enfin quand le mal gagne le larynx, le croup domine la situation, et il faut être prêt à pratiquer la trachéotomie.
Le traitement précédent est celui que je mets en pratique, mais bien d'autres méthodes sont suivies ; je rappellerai notamment la médication par le tartre stibié à hautes doses (Bertholle), par l'inhalation des vapeurs humides de sulfure de mercure (Abeille), par le copahu et le cubèbe (Trideau), par les insufflations de Heur de soufre (Barbosa). Celte dernière