‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 40 sur 132 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

D'après son siège anatomique, l'inflammation de l'estomac (gastrite) est muqueuse ou sous-muqueuse.

L'inflammation de la muqueuse aies caractères génériques des phlegmasies catarrhales, c'est une gastrite catarrhalc, un catarrhe de l'estomac, qui présente une forme aiguë et une forme chronique.

L'inflammation sous-muqueuse ou interstitielle constitue, à l'état aigu, la gastrite phlegmoneuse ; à l'état chronique, la sclérose de l'estomac (cirrhose gastrique de Brinton).

Une inflammation, souvent totale, résulte de l'ingestion des substances irritantes ou caustiques ; il convient de la séparer des précédentes sous le nom de gastrite toxique. On a fait de cette inflammation accidentelle le type de la gastrite aiguë spontanée ; cette assimilation est une erreur : toute réserve faite de la phlegmasie sous-muqueuse, qui est fort rare, il n'y a pas d'autre gastrite spontanée que la catarrhale. Or, la gastrite toxique en diffère par sa cause, toujours externe, par ses lésions plus étendues et plus profondes, par ses symptômes, d'intensité et de caractères spéciaux.

GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.

Le catarrhe gastrique aigu (1) est une maladie très-commune ; ce n'est

(1) Henning, Kennzeichen und Heilart der Entzûndungcn des Magens und der Gedurmc. Kopenhagen, 1795. — DÔHUNG, Diss. sistens morborum gastricorum acutorum pathologiam. Virceb., 1797. — Stone, Apract. Treatise on the diseuses of'the stomach and of digestion . Loiulon, 1806. — Guersant, art. Gastrite, iu Dict. en 60 vol. Paris, 1816. — Malin, De gastritide. Berolini, 1822. — Czermak, De gastritide. Prag, 1822. — Post, Dis*, sistens colfectanea queedam de gastritidis morbarumque qui eam

pas en exagérant la fréquence de l'inflammation de l'estomac, que Broussais s'est trompé ; c'est en assignant à cette maladie une symptomatologie inexacte, une importance et une gravité imaginaires; c'est en méconnaissant les caractères réels de cette phlegmasie ; c'est surtout en déduisant de ces prémisses erronées les principes thérapeutiques les plus funestes. — La fréquence du catarrhe gastrique peut être aisément appréciée d'après les faits suivants : la forme aiguë légfre comprend la maladie dénommée en France embarras gastrique; la forme aiguë intense comprend les états morbides désignés sous les noms de fièvre gastrique, fièvre gastrique bilieuse ; enfin

sequuntur pathologia . Lipsiœ, 1822. — Broussais, Hist. des phlegmasies ou inflammations chroniques. Paris, 1822. — Louis, Arch. gén. de méd., 1824. — Graham, On the Nature and Treatment of the prevailing disorders of'the stomaeh and liver. London, 1825. — Billard, De la membrane muqueuse g astro- intestinale dans l'état sain et dans l'état inflammatoire. Paris, 1825. — Abercromeie, Diseases of the Stomaeh and intestinal Canal. London, 1828. — Andral, Recherches sur l'anatomie path. du canal digestif (Nouv. Journ. de méd., XV). — Aîïdral, Clinique méd. et Anat. pathol. — Cruveilhier, loc. cit.

Blôsch, Beitràge zur Pathologie und Thérapie der gastrischen Krankheiten. Bern, 1831. — Dalmas, in Dict. en 30 vol. Paris, 1836. — MArtin-Solon, De l'embarras gastrique (Gaz. méd. Paris, 1836). — Parker, The Stomaeh in its morbid states. London, 1838. — Gendrix, Traité de méd. pratique. Paris, 1839. — Stokes, Ueber die Heilung innerer Krankheiten (traducl. allemande de Behrend). Leipzig, 1839. — Bressler, Die Krankheiten des Unterleibs. Berlin, 1840. — Padioleau, Traité de la gastrite, etc. Paris et Nantes, 1842. — Hubner, Die gastrichen Krankheiten. Leipzig, 1844. — Besuchet de Sausois, La gastrite et. les affections nerveuses et chroniques des viscères. Paris, 1846. — Prout, Diseases of the Stomaeh. London, 1848. — Oppolzer, Wiener med. Wochenichr . , 1851. — Rokitaxsky, loc. cit. — Habershon, Guy' s Hospital Reports, 1855. — Handfield Jones, On morbid Conditions of the Stomaeh. London, 1855. — Piorry, Leçons sur les gastropathies (Gaz. hôpit., 1855). — Budd, Lectures on the organic Diseases and functional Disorders of the Sto?nach. London, 1855. — Ciiambers, Digestion and its dérangements. London, 1856. — Reeves, Diseases of the Stomaeh and Duodénum. London, 1856. — Brinton, Lectures on the Diseases of the Stomaeh, London, 1858. Traduction allemande de Bauer (Wiirzburg, 1862); traduction française de Riant, avec Introduction de Lasègue (Paris, 1870). — Bayard, Traité des maladies de l'estomac. Paris, 1862. — Fôrster, Patholog. Anatomie. Iena, 1862.

Chauffard, Arch. de méd., 1863. Henoch, Klinik der Unterleibskrankheiten. Berlin, 1863. — Stricker und Kocslakoff, Expérimente ùber Entzùndungcn des Magens (Sitzungsb. der K. K. Acad. der Wissenschaft., LUI, 1866).— Gerhardt, Ienaische Zeitschr. f. Med., 1867. — Fenwick, The morbid states of the Stomaeh and Duodénum, etc. London, 1868. — Wiel, Abhandlung ùber die Krankheiten des Magens. Constanz, 1868. — A. Fabre, Physiologie path. de l'embarras gastrique (Union méd. fie la Provence ; — Revue méd. française et étrangère, 1869).

ggg MALADIES DE L'ESTOMAC.

la i nHMK chuoniqiik absorl)C un bon nombre de ces états mal défini» qualifiés

rfi/spepsie».

Comme tout autre catarrhe, celui de l'estomac peut être produit par un refroidissement accidentel, cependant la chose est rare ; et pour nos climats, la cause la plus puissante est la modification atmosphérique qui caractérise les saisons de transition. Plus le changement est brusque et profond, plus il y a de chances de voir naître la maladie : lorsqu'au printemps une température chaude et humide remplace en quelques jours un temps froid et sec, lorsqu'on automne les pluies et les brouillards succèdent subitement aux chaleurs de l'été, alors aussi apparaît le catarrhe aigu de l'estomac ; et en raison du grand nombre d'individus soumis dans une même localité aux mémos influences, il rêvet souvent un caractère épidémiquo, qui est d'autant plus remarqué que la forme est plus sévère : de là les épidémies vernales et automnales de fièvre gastrique ou gastrique bilieuse. Ainsi produit par l'influence saisonnière, le catarrhe de l'estomac coïncide assez souvent avec des manifestations de même ordre sur d'autres muqueuses, notamment sur celle de l'intestin et de l'appareil respiratoire ; comme il n'y a pas alors de localisation prédominante, la maladie est dite fièvre catarriiale, encore bien qu'il ne s'agisse en somme que du développement simultané de plusieurs phlegmasies catarrhalcs, issues en commun de la même provocation pathogénique. Le catarrhe gastrique saisonnier est plus fréquent chez l'homme que chez la femme ; il est observé à tout âge, excepté chez les enfants.

Le rôle physiologique crée pour la muqueuse de l'estomac un état permanent d'opportunité morbide, et pour le catarrhe un groupe étiologique spécial, qui n'est pas moins vaste que le précédent : en toute saison, la maladie peut être produite par un vice de régime habituel ou même accidentel. L'insuffisance de la mastication, la température trop élevée ou trop froide des substances ingérées, les excès de table, déterminent souvent une attaque aiguë de catarrhe gastrique. La qualité de l'alimentation n'est pas moins Importante : le régime exclusivement animal, l'abus des ragoûts et des graisses, l'usage habituel des fromages feruientés et de la viande de pote, l'abus du gibier et des crustacés, enfin l'ingestion des substances altérées par un commencement de putréfaction, sont des causes toutes-puissantes de la maladie. — Tandis que les causes précédentes amènent l'irritation gastrique, soit par surcharge, soit par l'action nocive directe qu'elles exercent sur la muqueuse, il en est d'autres qui agissent surtout en modifiant les sécrétions de l'estomac, ou en entravant les mouvements de ses muscles ; la digeslion est rendue difficile, trop lente, et au bout d'un temps plus ou moins long, le catarrhe survient. L'abus des boissons alcooliques, des condi- 'ments, l'usage habituel des narcotiques (préparations opiacées}, sont les principaux éléments de Ce groupe ëtiologique.

A coté de ces conditions inhérentes aux ingcsta, il faut tenir compte do certaines fautes d'hygiène qui ont pour effet de troubler le travail digestif, alors mémo que l'alimentation est aussi saine que possible : la vie sédentaire, les préoccupations intellectuelles ou morales, la mauvaise habitude de lire, en mangeant, l'irrégularité dans les heures, le travail immédiat après le repas, voilà tout autanl de circonstances qui ont une place légitime dans cette étiologie complexe.

Gomme détermination symptomatique , le catarrhe gastrique aigu est observé dès le début et dans le cours de la plupart des maladies fébriles; la pneumonie, la lièvre palustre, les typbus, les exanthèmes, surtout l'érysipèle et la scarlatine (Brinton), doivent particulièrement être signalés. Le rapport du catarrhe gastrique avec les maladies aiguës est dominé par la constitution MKDicAi.E ; non-seulement par la constitution saisonnière, mais aussi parla constitution statioimaire ou fixe.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La maladie, dans sa forme primitive et simple, n'est jamais mortelle; ce n'est que dans certains cas de catarrhe gastro-intestinal généralisé (choiera nostras), ou bien à la suite des maladies aiguës accompagnées de catarrhe gastrique, que l'on a l'occasion d'examiner l'état de la muqueuse de l'estomac. D'un autre côté, alors même qu'elles existent, les lésions sont légères, superficielles, facilement méconnues, et elles doivent être recherchées avec une scrupuleuse attention. Elles ne diffèrent pas des altérations catarrhales en général : sur une étendue plus ou moins considérable la muqueuse est le siège d'une injection fine disposée, soit en Ilots, soit en plaques cohérentes ; la membrane est en outre turgescente, et recouverte d'une couche de mucus qui est vitreux et transparent, ou bien opaque et blancgrisàtre : ce mucus renferme une quantité anormale de cellules dontla présence révèle la chute et la prolifération de l'épithélium. Les glandes sont saillantes et augmentées de volume, par suite de l'accroissement et de la végétation de leurs cellules, et d'une légère infiltration dans le tissu interstitiel (Forster). Souvent aussi on rencontre des taches ecchymotigues et de petites érosions, analogues aux érosions catarrhales des autres muqueuses. Dans les points ainsi altérés, la muqueuse est ramollie et la diminution de consistance est quelquefois telle, que la membrane peut être enlevée sous forme de bouillie rougeàtre (Bamberger) ; dans ce cas, le tissu sous-muqueux est assez souvent le siège d'une infiltration séreuse ou séro-fibrinense. — Ces lésions, qui expriment la forme la plus grave de la maladie, coïncident avec une modification remarquable des sécrétions ; des \v début de l'état catarrhal, la formation du véritable suc gastrique cesse, et le liquide pro-

2/i0 MALADIES DE L'ESTOMAC.

était par l'estomac n'est plus qu'un liquide alcalin, par conséquent sans propriété digestive, composé de mucosités plus ou moins épaisses. C'est aux célèbres expériences de Beaumont sur le Canadien atteint de fistule gastrique que nous devons la connaissance de ce fait, qui rend compte des troubles digestifs caractéristiques du catarrhe; il est infiniment probable que dans les formes légères cette altération de sécrétion constitue, avec Y hyperémie et la chute de l'épithélium, toute l'anatomie pathologique de la maladie.

On a décrit sous les noms de gastromalacie (1), ramollissement muqueux et noir (Rokitansky), ramollissement pultacé et gélatiniforme (Cruveilhier), une altération caractérisée par la diminution de consistance de la muqueuse gastrique et parfois aussi des tissus sous-muqueux, par l'absence de toute lésion inflammatoire ou ulcéreuse coïncidente, par l'absence d'extravasation sanguine et d'hémorrhagie, et par le siège, presque constant, dans le grand cul-de-sac de l'estomac. Cette altération, qui a donné lieu à des discussions sans nombre, et à laquelle on a tenté d'assigner une symptomatologie définie (Jeeger), n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt historique : c'est une modification cadavérique ou contemporaine des dernières heures de la vie ; elle résulte, soit de la fermentation acide des matières contenues dans l'estomac au moment de l'agonie, soit de l'action post mortem des sucs gastriques sur des tissus privés de circulation (Elsâsser). Selon l'expression de Hunter, c'est une autopepsie, et les prétendus symptômes qu'on a voulu lui attribuer ne sont autre chose que les phénomènes disparates des maladies variables, qui ont été la cause réelle de la mort.

(1) J. Hunter, Obs. on certain parts of the animal œconomy. London, 1786. — JXger, Uebcr die Erweichung des Magens und Darmkanals (Ilufeland's Journal, 1811- 1813). — Zeller, Dénatura morbi ventric. infuntum perforantis. Tùbingen, 1818. — Cruveilhier, Louis, Billard, Pohl, Abercrombie, toc. cit. — Ramisch, De gastromalacia et gastropathia infantum. Prag, 1824. — Hasse, Ueber die Erweichung der Gewebe. Leipzig, 1827. — Camerer, Versuch iiber die Natur der krankhaften Magcncrweichung. Stuttgart, 1828. — Nagel, Uebcr die gallertartige Magenerweichung [Bretlauer Samml., I, 1829). — Naumann, Hnndb. der mcd. Klinik. Berlin, 1830. — Carswell, Journal hebdom., 1830. — Winter, Ueber die Magenerweichung . Lùneburg, 1834. — Groos, Essai sur la gastromalacie. Strasbourg, 1835. — King, Guy's Hosp. Reports, 1842. — Rokitansky, loc. cit. — ElsXsser, Die Magenerweichung der Suuglinge. Stuttgart und Tùbingen, 1846.— Von Dietérich, Die krankhaflc Erweichung und Durchlôcherung des Magens und Darmkanals. Mitau, 1847.— Bednar, Die Krankheiten der Neugebornen und Suuglinge. Wien, 1859. — Barthez et Rilliet, Maladies des enfants. Paris, 1853. — Virchow, Dessen Archiv, V. — Bamberger, loc. cit.— Kuhlwetter, Gastromalacia sitne morbus neene. Berolini, 1865. — Pavy, On gastric érosion (Guy's Hosp. Reports, 1868).

Page 1