CHAPITRE VI
GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.
Beaucoup plus rare que celui de l'estomac, le cancer de l'intestin (2) est primitif, c'est-à-dire qu'il affecte d'emblée les tuniques intestinales, ou secondaire, c'est-à-dire consécutif à l'altération des organes voisins (glandes
(1) Jaccold, loc. cil.
(2) Les Dictionnaires, le Cotnpendinm de médecine. - — Naimann, Copland, loc. cit. CiiAiNUT, Du cancer de l'intestin, thèse de Paris, 1842. — Rokitanskv, (Ester.
Jahrb., XVIII. — Dittrich, Ueber Krebsablagerungen (Prager Vierte/j., XIX). — LkberT, Traite pratique des maladies cancéreuses. Pnris, 1851. ■ — Koiu.er, Die Kiebs und Scheiukrebskrankheiten. Stuttgart, 1853. — WUKDBRUCH, loc. cit. — FÔBSTER, Virchov/s Arc/tic, XV. — Bamberger, loc. cd. — Pistor, Carcinoma ventriculi me~ dullare mit Aldagerung fester rundlicher Geschvjùlste in das Unterhautbindegewebe und gleichzeitiger colldider Degeneration der Leber und Nier en (Virchow's Arehio}
lymphatiques, péritoine, foie, utérus, etc.) : cette forme est la moins fréquente. L'étiologie n'est pas mieux élucidée que celle du cancer gastrique.
L'bncéphaloïde et le squirrbe sont les variétés les plus communes; cependant on peut observer le cancer aréolaire, le cancer villeux, et, dans la région anale, l'épithéliOma. — La dégénérescence peutoccuper un point quelconque du canal; mais elle est beaucoup plus commune dans le gros intestin, où elle affecte principalement le cœcuni, L'S iliaque et le rectum. Dans l'intestin grêle, le duodénum est plus souvent atteinl que le jéjunum et l'iléum; mais le cancer n'y est jamais isolé, il coïncide avec celui de l'estomac. Le cancer de l'intestin est rarement solitaire; d'autres organes sont altérés, ou bien la dégénérescence occupe plusieurs segments distincts du tube intestinal; dans Le cancer généralisé, on observe parfois une infiltration cancéreuse des plaques de Peyer (Rokitansky).
Le cancer primitif débute par le tissu sous-muqueux et les éléments conjonotifs de la muqueuse; le cancer secondaire atteint d'abord la séreuse, unie par des adhérences à l'organe primitivement atlecté. Les caractères de la lésion, les modifications qu'elle produit dans le calibre du canal, les changements qu'elle éprouve par suite de l'ulcération, la possibilité des perforations ou des communications anormales, tout cela est commun au cancer de l'intestin et à celui de l'estomac, et je renvoie à la description anatomique de ce dernier. Quand la mort a lieu avant que l'ulcération du produit morbide ait rétabli la perméabilité du conduit, le bout supérieur est dilaté comme dans l'occlusion intestinale, et le bout inférieur est affaissé en collapsus. Dans quelques cas, la déchirure de l'intestin au-dessus du rétrécissement est le résultat d'une véritable rupture par distension, et non point l'effet des progrès de l'ulcération.
1864). — Kokitansky, Beitrûge zu den Erkrankungen des Wurmfortsatzes (Wien. med. Presse, 1866). — Still, American Journ. of Med. Se., 1866. — Hayden, Dublin Journ. of Med. Se, 1866. — Fôrster, Cooper, A aise of col/oid cancer of the colon (Med. Times and G«:., 1867). — Sayne, Cancerous diseuse of the sigmoïd flexure (New York Med. Record, 1867). — Cayley, Cancerous stricture of transverse colon (Transact. of the Path, Soc, 1867, XVII). — Guhlisg, Colloid diseuse of the lower
end of the colon (eodem loco). — Eisenstein, Wiener allg. med. Zeitschr.. 1868.
Tuckwbll, Remarks on villous tumour of the rectum (Brttish Med. Journ., 1868).
SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC
Le cancer est caractérisé, entre les autres maladies chroniques de l'intestin, par les accidents du rétrécissement intestinal, par des hcmovvhacjies, par la cachexie spéciale, par une tumeur. Tant que ces phénomènes manquent, la maladie ne peut être que présumée; elle donne lieu à des douleurs plus ou moins fréquentes, avec maximum en un point limité; les garderobes sont tout à fait irrégulières, tantôt de fréquence et de consistance normales, tantôt diarrhéiques et catarrhales, tantôt supprimées pendant plusieurs jours : cette constipation est due à la perte de contractilité de l'intestin, laquelle précède de beaucoup toute moditication notable du calibre. Cette période indécise peut durer plusieurs mois; puis le cancer commence à se caractériser par l'un des quatre symptômes distinctifs. Le plus ordinairement, ce sont les signes de stk.nosk qui apparaissent les premiers ; les phases de constipation deviennent plus longues, l'arrêt des matières peut être assez complet pour provoquer des nausées et des vomissements alimentaires et bilieux; le ventre se météorise; bref, l'occlusion est constituée. Elle peut être mortelle dès cette première manifestation; mais en général elle cède à la transsudation eatarihale; d'abondantes selles solides et liquides ont lieu; les matières gonl parfois rubanées el comme passéesà la filière. Après cette débâcle, le météorisme tombe, el le malade éprouve une amélioration plus ou moins durable. Lorsque ces phases alternatives se sont reproduites un certain nombre de fois, une occlusion définitive peut avoir lieu, et le patient succombe sans hémorrhagie, sans cachexie, peut-être même sans tumeur, du fait seul de la sténose.
Dans d'autres cas, la constipation cesse, et elle est remplacée par une diarrhée abondante, séreuse ou muco-purulente. Les matières sont parfois sanguinolentes, et, dans l'intervalle des selles, il peut y avoir des évacuations de sang pur ; il est rouge et liquide si la lésion occupe le rectum ou la partie inférieure du côlon; il est noir et coagulé en caillots mous, ou dissocié en poussière noirâtre, si l'altération siège plus haut dans l'intestin. Cette modalité nouvelle correspond à l'uj.<:Kn.vno.\, qui fait disparaître une partie du néoplasme, ouvre les vaisseaux el rétablit la perméabilité de l'intestin. Le malade tombe dès lors dans une anémie cachectique qui résulte des pertes de sang, de la diarrhée colliquativc entretenue par la surface ulcérée, et aussi de l'inanition; car l'appétit et les fonctions digestives, qui ont pu persister jusque-là avec un certain degré d'activité, sont tout à fait compromis. La mort peut être amenée par les progrès du dépérissement, sans qu'on voie survenir la teinte jaune-paille caractéris-
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tique de la dyscrasie cancéreuse; les téguments sont d'une pâleur de cire, les veines semblent vides, l'émaciation arrive au marasme, les extrémités s'infiltrent, et le patient succombe lentement à l'anéantissement de toutes les fonctions organiques; parfois il tombe dans le coma par suite d'une hydrocéphalie ou d'un œdème cérébral cachectique. J'ai vu un exemple très-net de ce complexus morbide chez un homme affecté de cancer ilel'S iliaque ; il mourut avec la teinte propre aux chlorotiqucs, sans aucune suffusion jaunâtre.
Dans une autre série de cas, le cancer peut être reconnu avant la période d'ulcération et d'hémorrhagies. avant l'apparition d'une tumeur, parce que les symptômes intestinaux vagues de la phase initiale sont rapidement accompagnés d'un amaigrissement suspect, de la perle des forces et de La teinte jaum-paille.
La tdmedr, d'autant plus facilement appréciable que l'amaigrissement est plus avancé, occupe l'une des fosses iliaques, ou bien la partie moyenne de la région hypogastrique ; c'est là que tombent, en effet, sous l'influence delà pesanteur, les tumeurs cancéreuses non adhérentes du côlon trans- \eise et de l'intestin grêle. Ce n'est guère que ie cancer du duodénum qui reste fixé dans la région sus-ombilicale. Cette tumeur est dure , inégale, douloureuse à la pression, et plus ou moins mobile, selon sa situation et les adhérences; quand elle siège sur l'aorte ou l'une des iliaques, elle peut être soulevée par un mouvement communiqué, en masse, qu'il ne faut pas confondre avec la pulsation intrinsèque et ondulée de l'anévrysme. La sonorité est toujours diminuée au niveau de la tumeur; mais les résultats de la percussion varient beaucoup, suivant l'épaississemenl de la paroi intestinale et la quantité des matières fécales. — Le cancer du rectum, qui est caractérisé par des douleurs sacro-lombaires et des phénomènes dysentériformes très-pénibles, est. dans bon nombre de cas, appréciable par le toucher.
A l'exception des cas où une occlusion précoce emporte le malade, le cancer de l'intestin a une marche lente, une durée de plusieurs mois ou même d'une année. La mort est ordinairement causée parle rétrécissement intestinal ou par le marasme, ainsi qu'il a été dit plus haut; mais elle peut aussi résulter d'une péritonite générale avec ou sans perforation. Lorsque la mort est le fait de la cachexie, on observe souvent des thromboses dans les veines crurales ou iliaques, et, quand le caillot remonte jusque dans la veine cave, l'œdème peut occuper les deux membres inférieurs et le scrotum.
TRAITEMENT
La médication purement palliative doit remplir deux indications : restreindre autant que possible la quantité de matières fécales, combattre opi-
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niàtrément la constipation, afin de retarder ou do prévenir les phénomènes d'occlusion. Le premier résultat est obtenu au moyen de l'alimentation concentrée par la viande crue, les œufs, le lait; le second est atteint au moyen de l'usage quotidien d'un purgatif approprié. Si l'on ne considérait que l'effet immédiat, on donnerait la préférence aux sels, en raison de l'exosmose séreuse qu'ils provoquent; mais on déterminerait infailliblement une irritation qu'il importe d'éviter. L'huile de ricin n'a pas cet inconvénient, et les malades s'habituent assez facilement à eu prendre tous les joui s ou tous les deux jours une cuillerée à bouche. I.es hémorrhagies seront combattues par les mêmes moyens que celles de l'estomac.