‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 55 sur 132 · TUBERCULOSE INTESTINALE ET IIÉSENTÉIUQUE · texte numérisé non relu

TUBERCULOSE INTESTINALE ET IIÉSENTÉIUQUE

La tuberculose intestinale (1) est extrêmement fréquente, en tanl qu'expression secondaire d'une tuberculose généralisée ou pulmonaire; elle est très-rare comme maladie primitive, et n'est observée avec ce caractère que chez les enfants.

Le siège le plus ordinaire do la lésion est l'iléumj parfois elle occupe en même temps le gros intestin, mais elle s'étend rarement vers le jéjunum et le duodénum. Les granulations peuvent prendre naissance dans la muqueuse et dans le tissu sous-muqueux ; mais l'origine la plus commune est dans les glandes solitaires et dans celles de Peyer. Suivant que l'évolution est plus ou moins avancée, on trouve des granulations isolées et grises, des noyaux confluents et caséeux, des masses en fonte purulente ou des ulcérations; celles-ci résultent de l'élimination des liquides à travers la muqueuse rompue. Elles sont rondes, en cratères et de petite étendue : c'est Yidcère tuberculeux primitif ; il s'agrandit par le ramollissement des tubercules qui infiltrent les bords, ou bien par la fusion de plusieurs solutions de continuité voisines, et produit ainsi Yidcère tuberculeux secondaire (Rokitansky). Ces ulcérations ont une figure irrégulière, des bords tuméfiés; le fond est formé par le tissu sous-muqueux induré et épaissi; elles ont assez souvent dans leur ensemble une disposition circulaire concentrique au cylindre intestinal. Lorsque l'infiltration tuberculeuse occupe les couches sous-jacentes à la muqueuse, elle peut les détruire graduellement et amener la perforation; mais celle-ci donne rarement lieu à l'épanchement péritonéal, parce qu'à mesure que la lésion gagne vers la séreuse, une péritonite limitée à marche lente se développe par contiguïté. Cette inflammation, que caractérisent la rougeur, la tumé-

(1) Louis, Rokitansky, Fôrster, Lebert, loc. cit.

Monneret et Fleury, Compend. de ttoéd., art. Intestin. — Bkdnar, Krankhciten der Neugeborenen . Wicn, 1850. — Rilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants. Paris, 1854. — Rintel, Ein Fa II von Darmtubemilose mit Perforation des Duodénum imd Ccecum in Cavum peritonœi {Berlin, félin. Wochenschr., 1867).

TUBERCULOSE INTESTINALE ET MÉSENTÉBJQUE. m

faction et l'exsudation fibrineuse ou librino-tuberculeusc, correspond exactement aux ulcérations de l'intestin, et les adhérences qui la circonscrivent limitent L'épanchement, si La perforation est produite. Dans quelques cas, l'adhérence a lieu entre doux anses intestinales, et, quand la destruction des parois accolées est complète, une communication anormale est établie. Les ulcérations tuberculeuses sont assez souvent La source d' hémorrhagies plus ou moins abondantes, et, en raison des conditions dans lesquelles elles se développent, elles guérissent très-rarement.

Sous le nom de tuberculose mésentérique (1) (carreau), on comprend non-seulement la granulose vraie des ganglions du mésentère, mais aussi la simple caséilicalion des produits de l'inflammation chronique; si souvent liée à La scrofule. Granuleuse ou non, l'adénite mésentérique est parfois primitive chez les enfants, mais elle est Le plus souvent consécutive à la tuberculose intestinale.

Les lésions consistent dans l'augmentation de volume des ganglions, qui peuvent acquérir les dimensions d'un œuf de poule; le processus fondamental est l'hyperplasie des éléments cellulaires avec transformation caséeuse. Dans certains cas on trouve, dans La masse, des tubercules gris isolés ou conglomérés; mais souvent, notamment chez les scrofuleux, toute la tumeur est constituée par la caséitication simple, sans granulations reconnaissantes; et l'altération peut guérir par crétification. ha tuberculose des ganglions peut aboutir à la fonte purulente, avec irruption du pus dans le péritoine ou dans l'intestin; cette évolution est assez rare, mais elle n'est pas contestable.

La tuberculose intestinale et mésentérique coïncide assez fréquemment avec celle du péritoine (2).

Les symptômes de la tuiîerculose intestinale peuvent être nuls lorsqu'il

(1) Traités des maladies des enfants. En outre :

Baumes, Traité de l'amaigrissement des enfants. Paris, 1806. — Guersant et Blache, art. Carreau, in Dict. en 30 vol. — Monneret et Fi.eury, Compend. de médecine, art. Carreau. — Bartiiez et Rilliet, loc. cit. — Bednar, toc. cit. — Stiereu, {Setter dus Yeihiiltniss der Gekrosdriiscn im kindlichen Altcr. Frankfurt, 1854. — BouciiiT, Maladies des enfants, 3e é lit. Paris, 1855. — Bhaun, Beitrag zur differenticllen Diagnostik der Unterleibsgesohwûlste (A/lg. Wiener mcd. Zeit., 1862). — OppolzER, Ueber Unterleibsgesehvmhte mit besonderer Riicksicht auf deren Diagnostik (Wiener med. Wochenschr., 1862). — Von Momtor, Der Durchfull der Kinder and seine liehandlung. Breslan, 1862. — Bambkhger, loc. cit. — Ciioi.meuey, Tubercular enlargement and degeneration ofthe mesenterîc glands from an adulte maie (Transact. of the Path. Soc, 1867). — Jaccoud, Clinique médicale. Paris, 1867. — Ogle, Cases of abdom. tumours (Med. Press and Circulai', 1868).

(2) Jaccoud, Clinique médicale.

;j6U MALADIES DE L'INTESTIN.

n'existe que des granulations, ou quelques ulcérations peu étendues dans l'intestin gcêle. Dans d'autres circonstances, les phénomènes consistent simplement en coliques plus ou moins fréquentes, qui ne sont même pas toujours accompagnées de diarrhée, et, si les lésions pulmonaires ne sont pas encore appréciables, la signification de ces légers symptômes est forcément méconnue. Dans la majorité des cas, les phénomènes sont plus accusés : ce sont ceux d'un catarrhe intestinal développé sans cause occasionnelle appréciable, persistant en dépit de tout traitement, et accompagné d'un amaigrissement rapide. Les évacuations diarrheiques, dont le nombre varie de trois à six ou huit par jour, sont tout à fait semblables à celles du catarrhe simple, à moins que les ulcérations ne soient assez avancées pour produire des érosions vasculaires et des selles sanglantes. Abstraction faite de cette circonstance, le diagnostic est très-difficile ; la question est celle-ci : Comment distinguer la tuberculose intestinale, du catarrhe simple, qui est si fréquent dans le cours de la tuberculose pulmonaire? Les éléments de jugement sont peu précis au début, pour mieux dire ils sont nuls; ce n'est que lorsque la maladie dure depuis un certain temps qu'on peut, saisir quelques nuances symptomaliqucs. Les douleurs sont plus marquées dans la tuberculose que dans la diarrhée colliquative simple, où elles sont fréquemment nulles; le ventre est souvent sensible à la pression, surtout dans la région iléo-ca?cale, siège de prédilection des tubercules et des ulcérations; les évacuations sont ordinairement accompagnées de phénomènes dysentériformes (ténesme, épreintes) , qui manquent totalement dans le catarrhe simple; enfin les poussées aiguës de péritonite limitée appartiennent exclusivement à la tuberculose. Une fois que celle-ci a déterminé ces inflammations de la séreuse, il n'est pas rare que la diarrhée cesse ; la tunique musculaire de l'intestin est détruite ou paralysée, et les matières s'accumulent dans la région malade, jusqu'à ce que l'irritation résultant de cette stase amène une débâcle qui est souvent fort douloureuse. — La tuberculose intestinale hâte le* dépérissement des phthisiques, et c'est prin- • cipalement dans ces conditions qu'on voit survenir les hydropisies cachectiques.

La tuberculose mksentéiuque a usurpé une trop grande place dans la pathologie de l'enfance; longtemps on a cru qu'elle était la cause principale, sinon unique, du marasme infantile [tabès mesaraîca), et l'on avait même découvert la raison de ce fait dans l'imperméabilité des glandes malades pour le chyle. Ces assertions ne sont pas acceptables. La tuberculose mésentérique n'amène la consomption et la fièvre hectique que lorsqu'elle coïncide avec d'autres déterminations tuberculeuses, soit dans le poumon, soit dans l'intestin, et les injections des ganglions ont fait justice de leur prétendue imperméabilité. Si l'on tient compte de ces données, si l'on fait en outre la part de la péritonite chronique, il devient évident que

l'adénite mésenlérique n'a qu'un symptôme propre : c'est l'existence de tumeurs profondes, isolées et arrondies, dans la cavité abdominale; or, dans un grand nombre de cas, elles ne sont pas appréciables, parce que les ganglions ne sont pas assez développés, ou parce que le météorisme s'oppose à une palpation méthodique. Ces tumeurs, qu'il faut avoir soin de ne pas confondre avec des scybales, ou avec le cancer abdominal, déterminent souvent l'œdème des membres inférieurs et du scrotum par compression de la veine cave ascendante ; le même phénomène peut être produit alors que les ganglions ne sont pas perceptibles à la main : j'en ai rapporté un exemple très-net (1).

Le traitement de la tubcivulose intestinale ne peut être que palliatif; mais c'est quelque chose cependant que de restreindre la diarrhée, alors que l'organisme subit tant d'autres spoliations. Les astringents et les opiacés, les vésicatoires ou les applications de teinture d'iode sur le ventre, sont les meilleurs moyens d'atteindre le but; l'alimentation par la viande crue rend ici d'importants services. — L'adénite mésentérique liée à la tuberculose sera traitée de la même manière; celle qui dépend de la scrofule sera combattue par l'huile de foie de morue, l'iodurc de fer, les bains toniques, et avant tout par une bonne alimentation et le séjour à la campagne.

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