CHAPITRE PREMIER
Sans signification précise par elle-même, l'expression rhumatisme a donné lieu à d'interminables et stériles discussions; d'éminents pathologistes en sont arrivés à qualifier de ce nom toutes les inflammations, toutes les douleurs nées a frigore, et par une conséquence légitime ils ont admis à côté du rhumatisme de l'appareil locomoteur un rhumatisme des séreuses viscérales, des muqueuses, des centres nerveux, et de tous les organes parenchymateux. Je repousse cette interprétation arbitraire, et j'entends par rhumatisme une maladie primitive et spontanée, caractérisée anatomiquement par la fluxion ou l'inflammation des divers tissus qui entrent dans
la composition de l'appareil locomoteur. Les accidents que présente si souvent le rhumatisme articulaire aigu dans les séreuses viscérales et lesviscères. ne sont à mes yeux que des complications, dont la genèse n'est même pas toujours identique; quant aux phénomènes douloureux et inflammatoires produits par le froid dans les muqueuses ou les viscères, phénomènes qui constituent ce que l'on a appelé le rhumatisme viscéral, leur relation avec le rhumatisme n'est admissible que dans un cas, savoir lorsqu'ils coïncident ou alternent avec les manifestations communes et régulières de la maladie rhumatismale. En toute autre condition, la relation invoquée est une pure hypothèse, qui ramène directement à la confusion du rhumatisme avec toutes les maladies a frigore.
La définition que j'ai donnée du rhumatisme en exclut les arthrites traumatiques et les arthrites suites de pyémie ou d'autres maladies infectieuses; on peut augmenter la rigueur de cette définition en y introduisant les notions de la transmissibilité héréditaire et de l'altération du sang. Cette dyscrasic est constituée par l'excès d'acide urique; il y en a plus qu'à l'état normal, il y en a moins que dans la goutte (Edwards, Eisenmann) ; il serait prématuré d'affirmer la constance de cette altération, cependant elle a été trouvée dans la plupart des cas, où elle a été recherchée, et, d'après Edwards, elle existe aussi bien dans les formes chroniques que dans les formes aiguës de la maladie. L'excès d'acide lactique signalé par Todd comme caractéristique de la dyscrasie rhumatismale est moins nettement démontré.
Le rhumatisme articulaire (1) est aigu ou chronique, et le rhumatismf
(1) Voyez la bibliographie de la péricardite et des lésions valvulaires du cœur; eu outre :
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chronique présente deux tonnes distinctes, la forme commune et la forme noueuse ou arthritis déformai®. — La forme commune est chronique d'emblée, ou bien elle succède à l'état aigu; en tout cas, elle présente le même siège et les mêmes lésions que le rhumatisme aigu; la forme noueuse est primitivement chronique, elle est spécialisée par ses lésions, par ses symptômes et par sa marche.
GENÈSE ET ÉTiOLOGIE.
L'étiologie du rhumatisme est des plus nettes, elle est réduite à deux conditions, savoir une prédisposition qui est héréditaire ou acquise, et une influence déterminante toujours la même qui met en jeu la prédisposition ; cette influence est le froid. Quelque puissante que soit cette dernière cause, elle n'est ni nécessaire, ni suffisante ; la prédisposition peut à elle seule provoquer l'explosion du mal, ainsi que le prouvent les faits de rhumatisme sans refroidissement antérieur; et, d'un autre coté, l'impression du froid n'est pas suffisante, car malgré la fréquence de la maladie, le nombre des rhumatisants est en définitive hors de proportion avec le nombre des indi-
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vidus qui, par leurs travaux, leur manière de vivre, leur imprudence, sont journellement exposes au refroidissement. Cette prédisposition définie est en soi aussi inconnue que toutes les autres; en admettant même que la dyscrasie urique, c'est-à-dire la combustion imparfaite des matières azotées en soit le signe constant, ce phénomène est déjà un effet, dont la cause ne reste pas moins obscure.
La prédisposition transmise par hérédité peut se manifester de très-bonne heure, déjà dans l'enfance ; mais la prédisposition acquise est bien plus tardive, et le rhumatisme non héréditaire, qui est de beaucoup le plus commun, a son maximum de fréquence de vingt à quarante-cinq ans; cette période est celle durant laquelle l'homme est le plus exposé aux impressions atmosphériques; c'est cette dernière condition, et non point une prédisposition spéciale, qui explique la prédominance de la maladie dans le sexe masculin. L'influence très-variable des diverses professions se conçoit d'ellemême; ({Liant aux constitutions et aux tempéraments, ils sont tous également menacés. Enfin, toutes les conditions qui diminuent les forces et la résistance de l'organisme peuvent être considérées comme des causes adjuvantes, en ce sens qu'elles rendent l'individu prédisposé plus impressionnable à l'action de la cause occasionnelle, et créent ainsi l'état d'oppoin-uxiTi-