‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 31 sur 161 · OBLITÉRATION DES CAPILLAIRES · texte numérisé non relu

OBLITÉRATION DES CAPILLAIRES

gique est seuls élucidée. L'obstruction dos capillaires est autochthone ou emholique. l.a première, thrombose t:,vi'ux*m (1), est préparée par des lésions à marche lente qui ont été soigneusement étudiées depuis les premiers travaux de Paget et de Robin. Les principales de ces lésions sont les dépôts de granulations graisseuses dans les parois, chez les individus âgés, les dilatations moniliformes, et les incrustations atliéroinaleuses et calcaires des petites artères cérébrales; quant àl'anévrysnie disséquant, on le regarde comme une} lésion secondaire , consécutive au ramollissement néerobiotique, et non pas comme [la condition patbogénique première de l'altération du tissu neneuv. Quelles que soient les lésions préalables des capillaires, elles ont pour effet Le ralentissement, puis l'arrêt du cours du iang, et finalement te ramollissement ischémiquo du territoire histologique alimenté par les vaisseaux malades. Les caractères initiaux de ces ramollissements sont ignorés; les loyers sont petits et multiples en raison de la diffusion des lésions; la marche du processus, toujours lente, diffère absolument de la nécrobiose embolique décrite plus haut, et se rapproche plutôt du ramollissement par thromboses disséminées. Il est rare que les foyers siègent dans ces région! encéphaliques qui, impatientes de toute lésion, traduisent la moindre altération par des symptômes nettement appréciables ; c'est dans la masse blanche, dans la couche corticale des hémisphères, c'est dans le centre du corps strié qu'on les rencontre de préférence, et à inoins que les noyaux, ramollis ne soient nombreux, la lésion reste muette, elle n'est reconnue qu'à l'autopsie.

L'omthh vriuv i:\iMoi.iui K forme deux classes, selon la nature de l'embolus : les mis n'agissent que mcca/tv/Kcnicnt, en tant que corps obturateurs, et ne produisent que les lésions ordinaires de la nécrobiose ischémique; les autres (embolie* spécifique*) doivent à leur siège originel des propriétés spécifiques qu'ils transportent avec eux, de sorte que, partout où ils s'arrêtent, ils provoquent des lésions de même nature que celles du foyer primitif. 11 n'est pas encore bien établi que l'embolie simple ou mécanique puisse être elfectuée par des parcelles de matière granuleuse ou fibrineuse provenant de caillots eu régression; en conséquence cette première classe d'embolies capillaires doit être limitée à trois variétés, qui sont l'embolie pigmentaire,

(1) Koi.liker, Zeitschrift fur wissenschaftHchê Zoologie, I. — Pestalozzi, Ueber Arieurysmata spuria der hîeinen Hirnarterien, etc. Wùrzbnrg, 1849. — Virchowj A chiv f. path. Anutomie, III. — Paget, On fatty Degcncration of the small bloodvessels of the Brain (London med. Gaz., 1850). — Moosherr, Ueber dos pathologische Verhalten der kleineren Hirngefûsse. Wùrzburç, 1854. — Robin, Mém. de l'Acad. de méd., 1856. — Billroth, Arch. der Heilkunde, III. — Laborde, Gai. méd. Paris, 1863. — Boithard, Des dégénéra fions secondaires de la moelle épinière (Arch. gén. de méd., 1866). — Laborde, La.ncereaux, Pa.mm, Proust, loc. cit.

IkU MALADIES DE L'ENCEPHALE,

la calcaire et la graisseuse. La première est la plus fréquente, la calcaire vient ensuite, la dernière esl vraiment insolite.

L'embolie pigmentaire (.1) ne peut se produire que lorsque le sang contient une quantité anormale de corpuscules pigmentaires, c'est-à-dire dans l'état connu sous le nom de mélanémie; cet état n'a été vu jusqu'ici que chez les individus affectés actuellement ou antérieurement de fièvres intermittentes; ces fièvres sont donc la cause unique et de la mélanémie et de f embolie pigmentaire. Que les corpuscules pigmentaires, dont le sang est alors chargé, prennent naissance exclusivement dans la rate ou bien aussi dans le foie, cela importe peu en ce moment ; ce qui est certain, c'est que ces granulations celluleuses ou cylindriques peuvent s'accumuler dans les capillaires cérébraux, et en produire l'obstruction, soit directement, soit par la coagulation sanguine qu'elles provoquent. Cette oblitération a pour siège de prédilection la couche corticale des hémisphères ; quand elle est généralisée, le changement de couleur qu'elle produit peut être appréciable à l'œil nu; la substance est d'un gris sale, parfois semblable à du graphite, et la consistance en est diminuée; il est exceptionnel de trouver des tractus grisâtres dans la substance blanche. De petites hémorrhagies capillaires coexistent parfois avec cette obstruction, et dans deux cas Frerichs a observé une hémorrhagie méningée. — Latente, lorsqu'elle est très-limitée, l'embolie pigmentaire se révèle, dans le cas contraire, au début par de la céphalalgie, des hallucinations, du délire, des convulsions, c'està-dire par des phénomènes d'excitation, et ensuite par un coma plus ou moins profond. Les" paralysies sont extrêmement rares, elles peuvent être partielles ou affecter la forme hémi- ou paraplégique. Ces symptômes n'ont rien de caractéristique par eux-mêmes ; ils ne deviennent, significatifs que par la connaissance des antécédents du malade, par la tuméfaction de la rate ou du foie, et par la coloration brun grisâtre du tégument externe. Ce serait une erreur que de rapporter constamment à l'obstruction pigmentaire les symptômes cérébraux de la fièvre intermittente dite accompagnée céphalique; alors même que cette forme de fièvre est bien nettement caractérisée, l'embolie capillaire peut manquer; elle manquait en effet six fois sur vingt-huit cas observés par Frericbs. D'un autre côté, tant que les accidents céphaliques sont rigoureusement intermittents, il est bien difficile de les attribuer à une lésion fixe du genre de celle qui nous occupe.

(1) Meckel, Allg. Zeitschr. /'. Psychiatrie von Damerow, 18/17.— Deutsche Klinik, 1850. — Heschl, Zeitschr. (t. À. K. Gesellsch. der Aerzte zu Wien, 1850. — Planer,

Eod. loco, 1854. — Frerichs, Klinik der Leberkrankheiten. Braunscirweig, 1858.

Duchek, Prayer Vierteljahrs. , 1858. — Wechselfieber (SpiUd's Zeitung, 1859). - Vircuow, clessen Arc/uv, 1849-1853.— Grohe, Zur Geschichte der Metanâmie (Virchow's Archiv, 1860).

OBLITERATION DES CAPILLAIRES. Ut>

Le sulfate de quinine à hautes closes, les applications froides sur la tète, les révulsifs cutanés, sont les bases du traitement; mais le pronostic est toujours sérieux.

L'embolie calcaire (1) esl caractérisée par une incrustation calcaire oblitérante des capillaires : le tissu cérébral résiste à la coupe, et les vaisseaux apparaissent sur la surface des sections, rigides connue les crins d'une brosse; cette altération toujours limitée aux plus petits vaisseaux coïncide souvent avec des lésions semblables dans les poumons, dans la muqueuse gastrique. C'est d'après la théorie de Yirchow que je place cette oblitération parmi les embolies et non parmi les obturations autochthones ; pour lui il s'agit ici de métastases calcaires. La résorption qui a lieu dans les os fait pénétrer dans le sanu ces éléments minéraux, lesquels, par suite de causes inconnues, se déposent dans les parenchymes au lieu d'être éliminés par les organes de sécrétion. Au surplus, rien de connu touchant les effets de cette obstruction ; il est probable, par analogie, qu'elle provoque aussi de petits foyers de ramollissement, mais en résumé l'obscurité est complète.

Même situation pour l'embolie graisseuse qui est démontrée comme fait par quelques observations, mais dont les effets anatomiques et cliniques sont totalement ignorés (2).

Dans les oblitérations spécifiques (3), l'einbolus est formé par du pus ou par des débris de matières organiques en décomposition, provenant de foyers gangréneux, putrides ou purulents. Yirchow admet que ces débris une fois arrêtés produisent par catalyse des modifications semblables à celles qui ont. lieu dans le foyer originel. Panum croit plutôt que la décomposition de ces débris continue après leur arrêt, et que les produits de cette décomposition sont pour les tissus contigus une cause d'irritation, d'où l'inflammation, la suppuration et parfois la gangrène. Qu'on adopte l'idée de la production similaire ou celle de l'irritation de voisinage, le fait principal est celui-ci .' les embolies sont la cause des foyers et des abcès dits métastatiques. Pour le cas particulier du cerveau, voici donc ce qui se passe : des fragments détachés d'un foyer putride ou purulent arrivent dans les capillaires, les obstruent et provoquent les lésions et les symptômes qui ont été décrits comme

(1) Virchow, Archiv /'. patholog. Anatomie, VIII, IX. — Bamberger, Wûrzburger Verhandlungen, VI. — Delacoir, Gaz. des hôpitaux, 1850. — Dirand-Fardel,

ROKITANSKY, lOC. Cit.

(2) Todd, loc. cit. — Traube, Deutsche Klinik, 185/4. — Cohn, Klinik lier embolischen Gef'hstcrankheiteri . Berlin, 1860. — Bergmann, Zur Lelire von der Fettembolie. Dorpat, 1863.

(3) Virchow, PANUM, Coh.v, La>cereaux, loc. cit. — 0. Weber, In Handbvch der olfg. und speciellen Chirurgie. Erlan^en, 1865.

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U6 MALADIES DE L ENCEPHALE.

les accidents cérébraux de l'infection putride ou purulente. Je ne prétends pas qu'il n'en soit pas ainsi ; mais je crois devoir faire observer que l'embolus, quand il ne vient pas du poumon, parcourt un trajet M'aiment énorme. Si le foyer primitif est dans la rate (il y en a des exemples), il faut admettre que l'embolus traverse le foie, le cœur droit, l'artère pulmonaire, le poumon, les veines pulmonaires, le cœur gauebe, la carotide, pour venir échouer enfin, après tant de pérégrinations, dans les capillaires de l'encéphale. La chose est possible, mais elle exige un peu de complaisance, d'autant plus qu'ici le mécanisme invoqué ne peut pas être démontré par l'adaptation des deux fragments du caillot comme dans l'embolie ordinaire, de sorte qu'on peut tout aussi bien admettre des lésions multiples d'emblée, sans relations mécaniques réciproques, lésions dominées et provoquées toutes par la disposition morbide générale. Les observations n'étant pas assez démonstratives pour dissiper tous les doutes, une solution absolue n'est pas possible. Déjà 0. Webcr, tout en admettant ces embolies capillaires diffuses, rejette les conclusions de Yïrchow, Panum et Cohn sur la spécificité, et ne leur attribue qu'un rôle mécanique; en somme tout est confus encore dans cette histoire, et sans nier de parti pris un fait dont la possibilité n'est point déniable, il convient d'attendre encore avant d'élever une théorie générale des abcès métastatiques et des accidents cérébraux de la septicémie et de la pyémie. Arrivons à quelque ebose de plus tangible.

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