‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 78 sur 161 · CATALEPSIE · texte numérisé non relu

CATALEPSIE

GENÈSE ET ÉTIOLOG1E.

Maladie paroxystique, la catalepsie (1) est constituée par deux éléments : 1° la suspension des opérations cérébrales ou de leurs manifestations extérieures; 2° l'accroissement de la tonicité spontanée et réflexe (innervation de stabilité) dans les muscles de la vie animale (2). L'abolition de l'action cérébrale se présente sous deux formes qui impliquent des localisations organiques différentes; dans quelques cas, l'activité du cerveau est totalement annihilée, il y a réellement perte de connaissance, sensations, perceptions, idéation et déterminations consécutives, tout fait défaut et le désordre ne peut être physiologiquement interprété que par l'inertie de la

(1) Mimio, De catalepsia. Lipsire, 1834. — Fueii.er, De catalepsia. Turici, 1841. — BoutDiN, Traité de lu catalepsie. Paris, 1841. — Henxe, Hationelle Pathologie, II. Braunsehwcig, 1850. — Plel, Mém. de VAcad. de méd., t. XX. — Blasus, Stabilitiits Xeuroscn (Arch. f. physiol. Hcilkunde, 1851). — Skoda, Zeitschr. d.K.K. Gesells. d. Aerzte, 1852. — L. Meyek, Anna/en d. Charité-Kraidtenh., 1854. — Vogt. Die Katnlepsie als Endemia zu Billingshausen [Wûrzburg rned. Zeitschr., 1863). — T. Jones, Report of a Case of Catalepsie (British mcd. Journal, 1863). — Benedikt, Ucber spontané und reflectorische Muskelspannungen und Muskclstarre (Deutsche Klinik, 1864). — Laségue, Des catalepsies partielles et passagères (Arch. de méd., 1865).

(2) Blasius a désigne sous le nom de stabilité l'état statique normal des muscles au repos (tonus des physiologistes); cet état ne résulte pas d'une propriété inhérente à la fibre musculaire, m is d'une action continue exercée par la moelle sur les muscles; cette action est de l'ordre des réflexes; elle est mise en jeu, entretenue et réglée par les impressions centripètes qui vont incessamment des muscles au centre spinal. Ce processus, dans son ensemble, constitue l'innervation de stabilité, et les désordres de cette innervation sont les névroses de stabilité. Je rattache l'état cataleptique des muscles à l'exagération de cette action spéciale de la moelle, et nous verrons bientôt une autre névrose, la paralysie agitante, être le résultat de son affaiblissement.

jaccoud. I. — 27

k 18 .NEVROSES CEREBRO-SPINALES.

substance grise hémisphérique. Mais, dans d'autres cas, la connaissance, la conscience n'est point suspendue, le malade perçoit les sensations; la perception éveille en lui le travail d'idéation qui précède normalement la détermination volontaire, la transformation intime de la perception en intuition motrice est accomplie, mais le dernier acte de ce processus complexe manque, l'intuition motrice ne peut être transmise à l'appareil moteur; le patient veut parler, il veut faire un geste, il veut se mouvoir, il a la notion très-nette des mouvements nécessaires pour l' accomplissement de ses déterminations, mais il ne peut les exécuter ; il est clair qu'ici la couche corticale est hors de cause, et que le désordre a sa source dans l'inertie des libres conductrices, qui relient l'appareil de formation à l'appareil d'exécution. Que l'acte cérébral ou que sa manifestation fasse défaut, le résultat est le même, le malade est immobilisé dans la position même où l'accès le surprend ; mais ses membres ne cèdent point affaissés à l'action de la pesanteur, et les muscles sont maintenus par une tension subite et durable (spasme du tonus) dans la situation précise qu'ils occupaient au moment de l'attaque. C'est là le fait du second élément générateur, savoir, l'accroissement de l'innervation de stabilité. La contraction tonique ainsi produite est de médiocre intensité; elle n'oppose qu'une faible résistance lorsqu'on cherche à la vaincre, mais elle reparait avec une singulière facilité, de sorte que les muscles restent immobilisés indifféremment dans toutes les situations qu'on leur donne ; si l'on fléchit un membre, il reste fléchi; si onl'étend, il reste étendu; bref, les muscles gardent la position dans laquelle on les place, quelque gênante qu'elle soit dans l'état physiologique de la statique musculaire (fiembUitas cerea) . La tension légère, qui maintient les muscles fixes et qui se reproduit chaque fois qu'on leur imprime des mouvements passifs, doit être regardée comme un phénomène réflexe, provoqué par le changement moléculaire (élongation ou raccourcissement) que font subir aux muscles les mouvements communiqués; c'est ce changement qui est l'excitation centripète nécessaire à tout mouvement réflexe, et comme cette excitation se répète forcément autant de fois qu'on meut les muscles, mais à ce moment-là seulement, on conçoit ainsi et l'immobilité du système musculaire tant qu'on n'y touche pas, et la possibilité de varier autant qu'on le veut la tension cataleptique. Une difficulté subsiste, c'est le rapport constant qui relie la quantité de la tension à celle du mouvement passif, de sorte que le spasme réflexe produit par ce dernier lui est toujours rigoureusement adéquate, et arrête les muscles dans la position même qu'on leur a donnée. Benedikt l'appelle à ce sujet que, d'après les recherches de Volkmann, la capacité contractile du muscle augmente ou diminue suivant qu'il est rapproché ou éloigné (par traction) de sa longueur naturelle; on peut admettre que la tension provoquée simultanément dans les muscles que le mouvement passif raccourcit et dans ceux qu'il allonge trouve son point

Page 1