CATALEPSIE. M
d'équilibre précisément dans la position, à laquelle ce mouvement amène les muselés déplac es. Les considérations précédentes éclairent la pathogénie des symptômes de la catalepsie, mais elles n'apprennent rien quant à la théorie générale de la maladie; comment, sont produits ces états opposés du centre cérébral et du centre spinal? pourquoi les phénomènes sont-ils limités aux muscles de la vie animale? Ce sont là tout autant d'inconnues.
La catalepsie est une maladie rare, elle est observée dans certaines formes il aliénation, notamment dans celle qui est connue sous le nom de melancolia attonita; elle accompagne l'extase, l'hystérie et quelques états nerveux complexes tels que le tarentisme, le somnambulisme; elle alterne alors avec les phénomènes propres à ces affections. En tant que maladie isolée et primitive, la catalepsie est exceptionnelle; ce sont les enfants et les jeunes gens à système nerveux impressionnable qui en sont parfois atteints, et les seules causes occasionnelles connues sont les émotions morales vives (la frayeur) et la masturbation. — L'influence qui a été attribuée au refroidissement et au miasme paludéen n'est pas bien établie.
SYMPTOMES
L'attaque de catalepsie est ordinairement subite; lorsqu'il y a des prodromes, ils ne précèdent que de quelques heures le paroxysme, et ils consistent en phénomènes nerveux qui n'ont pas grande signification, tristesse ou irritabilité de l'humeur, douleur de tète, vertige, pandiculations, bâillements incoercibles, parfois quelques tressaillements ou quelques secousses musculaires. Le malade frappé est pétrifié sur place, mais il ne tombe pas, il reste comme figé sur le lieu même et dans la position précise où il a été atteint; la connaissance est abolie, c'est-à-dire que la notion du moi et du inonde extérieur est suspendue, ou bien cette notion persiste, le malade sent, il entend, il voit, il comprend, mais il ne peut transformer en actes les déterminations intentionnelles que ces perceptions provoquent en lui. A l'instant même où les opérations cérébrales sont anéanties apparaît le spasme de la tonicité musculaire qui, régulièrement équilibré entre les masses antagonistes, maintient les muscles fixes dans la situation qu'ils occupaient au moment de l'attaque. La motilité volontaire est totalement annihilée, la motilité réflexe commune (celle qui se manifeste à la suite des excitations portées sur les téguments ou les organes des sens) l'est également ; en revanche l'activité réflexe est accrue dans l'innervation de stabilité (tonus), mais elle n'est mise en jeu que par une seule espèce d'excitation, savoir par l'élongation ou le raccourcissement que font subir aux muscles les mouvements passifs qu'on leur imprime. La résistance opposée à ces mouvements par le spasme de la tonicité varie, mais elle est en général assez
faible, et sans oscillations, sans tremblement, les muscles restent fixes dans la position où on les laisse; les membres ont une flexibilité, une souplesse, qu'on a justement comparée à celle de la cire molle, de là la possibilité de leur donner les positions les plus bizarres; en fait, cette mobilité en tous sens n'est limitée que par les rapports du squelette et les liens articulaires. Lorsque la situation des membres et du tronc n'est pas trop contraire aux lois de la statique physiologique, elle peut persister sans changement pendant toute la durée de l'accès; dans le cas contraire, elle est conservée beaucoup plus longtemps qu'elle ne pourrait l'être chez un individu bien portant (3 à h fois autant d'après L. Meyer), puis, lorsque l'épuisement de l'innervation tonique survient, les muscles présentent un tremblement de quelques secondes, à la suite duquel ils retombent dans la position commandée par la pesanteur. La contractilité électrique des muscles est conservée, et les observations de Benedikt établissent que l'excitabilité des nerfs périphériques est accrue pendant l'accès, tandis qu'elle est diminuée et rapidement épuisée dans l'intervalle des attaques. La motilité persiste dans les muscles de la vie organique, mais elle y est fort amoindrie ; les mouvements respiratoires sont affaiblis au point d'être difficilement perceptibles, ceux du cœur ne sont guère appréciables que par l'auscultation ; l'urine et les matières fécales sont retenues, il est très-rare qu'elles s'échappent passivement. La conservation des mouvements automatiques du pharynx et de l'œsophage est démontrée par ce fait que si l'on place un bol alimentaire profondément dans l'arrière-gorge, il est convenablement dégluti. — En étudiant dans un autre ouvrage la coordination motrice, j'ai avancé que la marche, une fois commencée par l'impulsion cérébrale, est un acte purement automatique, purement spinal; la catalepsie démontre péremptoirement la vérité de cette proposition; il est des cataleptiques qui, mis en mouvement par une impulsion étrangère, continuent à marcher comme des automates jusqu'à ce qu'on les arrête ou qu'un obstacle s'oppose à leur progression; ces malades ressemblent aux soldats ou aux voyageurs qui après une grande fatigue marchent en dormant. — Dans quelques cas rares, l'état cataleptique des muscles est partiel, et il présente parfois la disposition hémiphégique ; enfin il peut exister seul, sans anéantissement cérébral ; cette forme incomplète est exceptionnelle (1).
Ordinairement la fin de l'attaque est brusque comme son début, la respiration devient plus profonde, le malade s'étend et s'étire comme l'individu qui est soudainement arraché à un profond sommeil, et en peu d'instants il est complètement revenu à lui. 11 n'y a rien de constant quant au souvenir
(1) Empis, Étuded'un cas de catalepsie (Gaz. hâp.} 1861).
■l'ai vu un beau cas de cette catalepsie incomplète dans la clinique de mon savant ami le professeur Friedreicli, à Heidclberg.