‹ Traite de pathologie interne (volume 4)Chapitre 86 sur 161 · MO NÉVROSES SP1NO-BULBA1RES · texte numérisé non relu

MO NÉVROSES SP1NO-BULBA1RES

cette liypri kin.'sie présentent trois caractères distinctifs : ils ont la forme de contractions continues (toniques) qui maintiennent les parties dans une position fixe; ils persistent avec une force sensiblement égale aussi longtemps que le pouvoir excito-moteur de la moelle n'est point épuisé par son exagération même ; l'intensité et la généralisation des phénomènes convulsifs sont en rapport direct avec l'accroissement de l'excitabilité du centre spinal, mais elles n'ont aucune relation avec l'intensité ou l'étendue de l'excitation initiale, c'est-à-dire qu'une excitation très-limitée à la périphérie provoque dans ces conditions des secousses toniques généralisées. En raison des particularités qui les distinguent, ces mouvements ont reçu un nom spécial, ce sont des crampes tétaniques [crampes réflexes de Ludwig). Des convulsions absolument semblables caractérisent la névrose de motilité connue sous le nom de tétanos, et il y a entre le tétanos expérimental et le pathologique une autre analogie qui est l'exagération subite et momentanée de la crampe sous l'influence de la plus légère excitation; de là les secousses toniques réflexes qui interrompent par instants l'uniformité de l'état tétanique. Cette similitude, qui révèle le mode pathogénique du tétanos (expression de l'accroissement maximum de la force excito-motrice de la moelle), n'est pas bornée aux phénomènes symptomatiques, elle se retrouve dans les causes des deux états. Le physiologiste produit le tétanos expérimental en agissant directement sur la substance grise spinale, siège de la propriété excito-motrice, au moyen de certains procédés d'électrisation ou de certains poisons (strychnine, brucine, picrotoxinc) qui amènent rapidement l'exaltation maximum de l'excitabilité; ou bien il agit indirectement et à distance sur le centre excito-moteur en soumettant à une irritation forte et continue un nerf centripète. Dans ce cas, l'effet est plus tardif, mais il n'est pas moins certain; sous l'influence de cette excitation, incessamment transmise à la moelle, la crampe tétanique survient fatalement. Direct dans le premier mode expérimental, le tétanos est réflexe dans le second. Or le tétanos morbide n'a pas d'autres conditions étiologiques; il est provoqué directement par les poisons qui irritent le système excito-moteur (tétanos toxique), ou bien il succède, comme phénomène réflexe, à certaines excitations périphériques, qui sollicitent efficacement la motricité de la moelle, en raison de la durée ou de l'énergie de leur action (tétanos réflexe).

Comme l'empoisonnement par les substances tétanisantes est assez rare, le tétanos réflexe est en somme de beaucoup le plus fréquent; les excitations centripètes qui lui donnent naissance sont de deux ordres, elles résultent du traumatisme (tétanos traumatique) ou de l'action du froid sur les nerfs périphériques (tétanos a friyore). Toutes les plaies n'exposent pas également à cet accident; les plus redoutables sont les petites plaies avec corps étranger, les lésions des nerfs eux-mêmes, ou leur simple irritation par une action traumatique vraiment insignifiante, telles que les piqûres, les éraiilures

TÉTANOS. Ml

des doigts, les excoriations des orteils par une chaussure mal faite, etc.; on a vu l'extraction des dents, la saignée, la perforation des oreilles déterminer l'explosion de la maladie. Le siégé des plaies a une influence positive; on peut ranger en série décroissante celles des extrémités, celles du visage et celles des organes génitaux ; plusieurs fois déjà l'ovariotoinie a été suivie de tétanos, et l'on sait que la castration chez le cheval peut avoir le même effet. L'action tétanisante du traumatisme persiste jusqu'à la cicatrisation complète, et Lui survit même quelque peu; c'est seulement alors que la convulsion réflexe n'est plus à craindre ; le danger particulier de la cicatrisation peut être expliqué par la compression, que font subir aux filets nerveux le rapprochement et l'adhésion des lèvres de la plaie. Au tétanos traumatique se rattache dans la grande majorité des cas le tétanos des nouveau-nés [tetanus, trismus neonatomm) ; il est amené par les lésions accidentelles ou pathologiques de la région ombilicale au moment de la chute du cordon ; en l'absence de celte cause, la maladie résulte de l'action du froid, auquel les nouveau-nés sont particulièrement exposés.

Le tétanos a fngore a souvent été décrit sous le nom fort impropre de tétanos rhumatismal; on l'a encore appelé tétanos spontané, bien qu'il n'ait aucune spontanéité, et qu'il soit un phénomène réflexe au même titre que le tétanos traumatique. C'est dans les pays et dans les saisons qui présentent un grand écart thermique entre la nuit et le jour que le tétanos a fngore est le plus commun ; de là sa fréquence dans les contrées tropicales, et sa prédominance, en nos climats tempérés, pendant les mois d'août et de septembre. Le sommeil en plein air sur le sol humide, surtout pendant la nuit, le repos dans un lieu froid après un exercice violent, l'impression subite de l'eau froide sur le corps en sueur sont les circonstances les plus propres au développement du tétanos.

Il s'écoule ordinairement un certain temps entre l'action de la cause et l'apparition des premiers symptômes du mal, et dans ces cas-là le mécanisme pathogénique par acte réflexe pourrait à la rigueur être contesté; mais il est certains faits qui le démontrent sans réplique, et dont l'enseignement peut être généralisé. Tel le nègre dont parle Bardeleben; il se blesse au pouce avec un fragment de porcelaine, et un quart d'heure après il meurt de tétanos; tel l'enfant américain dont parle de Mirbeck; il était en sueur lorsque son compagnon de jeu lui jette sur la poitrine un verre d'eau trèsfroide; le spasme se déclara immédiatement, et au troisième jour l'enfant était mort. Les deux causes déterminantes de la maladie, le traumatisme et le froid, sont souvent réunies, notamment chez les blessés de guerre; dans ces conditions complexes, l'influence du froid parait vraiment nécessaire pour susciter la maladie, car il est d'observation que les blessés qui ont échappé à cette cause additionnelle sont atteints en beaucoup moins grand nombre. C'est cette corrélation entre les deux causes qu'a voulu expri-

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mer Bardelebcn en disant que la plaie est la cause prédisposante, et le refroidissement la cause occasionnelle du tétanos. — Les nègres et les Indiens de l'Amérique ont une prédisposition incontestable, ils sont atteints parles iniluences patho^éniques les plus légères.

ANATOM1E PATHOLOGIQUE (1)

La situation est à peu près la même que pour la chorée; les lésions n'ont rieu qui soit exclusivement propre à la maladie, d'un autre côté, le développement instantané des phénomènes tétaniques, et la possibilité de leur disparition, ne permettent guère d'assigner à ces lésions un caractère primitif. Ce sont vraisemblablement des altérations secondaires, ainsi que Rokitansky et Demme l'ont eux-mêmes établi ; un des faits rapportés par ce dernier observateur est très-probant à cet égard, car la lésion a été suivie depuis les nerfs centripètes jusque dans les cordons postérieurs; elle consiste dans la polifération de la névroglie, c'est une sclérose au début, et elle est distribuée tantôt uniformément sur une certaine étendue, tantôt en noyaux disséminés Irrégulièrement (observation de Wunderlich, 1862). A ces altérations, parfaitement connues en elles-mêmes et dans leurs rapports avec le tétanos depuis les travaux de Rokitansky, Demme et Wagner, il convient d'ajouter la dégénérescence granuleuse des cellules de la moelle signalée plus récemment par Lockhart Clarke. D'après lui, cette dernière lésion est constante, c'est un point que l'observation ultérieure devra élucider, mais les altérations de la névroglie peuvent manquer totalement, ainsi que le prouvent les faits de Leyden. — Les auteurs plus anciens ont indiqué un grand nombre d'autres désordres dans les centres nerveux, mais ce sont là des lésions contingentes et accessoires, sans relation certaine avec le tétanos ; une seule exception doit être faite pour une altération qui n'est pas plus constante que les précédentes, mais dont les rapports avec la maladie ne peuvent être mis en doute; je veux parler de l'inflammation du névrilème constatée par Lepelletier et Froriep, et suivie par eux depuis les nerfs voisins de la plaie jusqu'à la moelle.

(1) Lepelletier, Revue médicale, IV, 1827. — Friedericii, De tetano traumatico. Bcrolini, 1837. — Froriep, Neue Notizcn, 1837. — Demme, Beitrtigc zur path. Anat. des Tetanus. Leipzig und Heidclberg, 1859. — Haschek, Oesterreich. Zeits. f.prakl. Heilkunde, 1861. — Rokitansky, Leyden, loc. cit. — Wunderlich, Arcliiv der Heilkunde, 1862. — Griesinger, eodem toco, 1862. — Lockfiart Clarke, The Lancct, 1864. — Med. Times., 1865.

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