‹ Traité de pathologie interne (volume 5)Chapitre 12 sur 155 · COMMUNS · texte numérisé non relu

COMMUNS

pignons. Parmi les produits volatils, les plus ordinaires sont l’ammoniaque, l’acide hydrolliionique, l’hydrogène sulfuré et phosphore, l’acidebutyrique et le valérianique, plus rarement de l’azote et de l’hydrogène carboné; la présence de ces principes explique la couleur et l’odeur de la sanie gangréneuse ; ce liquide diffère d’ailleurs de celui qui est contenu dans les foyers de nécrose à ramollissement simple par la coloration rosée qu il prend avec 1 acide nitrique ; ce caractère a été signalé par Virchow, Scherer et Bull'.

Dans les membres, la mortification est très-souvent précédée de phénomènes d irritation locale; de là, la qualification d’irritative que j’a1 donnée à cette variété de gangrène; les principaux de ces phénomènes sont la rougeur limitée ou diffuse, la tuméfaction œdémateuse, et des douleurs avec irradiations plus ou moins étendues; à ces premiers symp-

tômes succèdent des taches bleuâtres qui, aux pieds, affectent de préférence le côté interne des orteils, puis surviennent des phlyctènes ou des ampoules séro-sanguinolentes, et quand elles se rompent, la peau présente une teinte rouge livide, souvent même elle est déjà flasque, ridée et insensible.

Ces phénomènes d’irritation rendent compte de la température normale ou même supérieure à la normale que l’on constate avec le thermomètre au début de la gangrène humide. Dans quelques cas, la gangrène putride coïncide avec la gangrène sèche, c’est-à-dire que sur un foyer de nécrose humide, la peau présente une eschare sèche, noire et carbonisée; cette disposition, dont la cause n’est pas élucidée, mérite d’être connue; simulant la gangrène momifiante, elle pourrait faire méconnaître le foyer putride profond, erreur qui exposerait le malade à une infection générale.

La gangrène putride est observée dans les oblitérations veineuses, après les lésions directes des tissus et dans toutes les gangrènes dystrophiques sans obstruction artérielle primitive et complète; c’est dans les maladies cardiaques avec asystolic, dans les maladies septiques et adynamiques, dans le diabète, qu’elle présente son maximum de fréquence, et dans toutes ces circonstances, elle est précédée et accompagnée des phénomènes irritatifs qui viennent d’être décrits, c’est une gangrène irritative asthénique; il importe toutefois de ne pas oublier que dans ces diverse." maladies, comme aussi dans la fièvre typhoïde et dans l’ergotisme, des thromboses artérielles peuvent être produites, auquel cas on observera la gangrène momifiante qui succède à l’obturation des artères volumineuses; cela revient à dire que dans les conditions précitées on rencontrera tantôt la gangrène momifiante, tantôt la gangrène putride; tout dépend du mode pathogénique de la nécrose.

Les symptômes généraux de la gangrène sont subordonnés à son siège et à son étendue; lorsqu’elle occupe les membres, les muqueuses superficielles, et qu’elle n’intéresse qu’une région très-limitée, lotit peut se

GANGRÈNE. W-

borner aux accidents locaux; dans le cas contraire, le travail pathologique local qui suit la mortification, détermine un état général sérieux qui est principalement caractérisé par une fièvre rémittente ou subcontinue, avec laquelle peuvent coïncider des phénomènes adynamiques ou ataxo-adynamiques; dans certains cas, celte fièvre symptomatique prend une allure insidieuse, elle se manifeste par des frissons répétés et des accès, qui ne sont pas régulièrement périodiques, mais qui sont intermittents; cette forme peut être primitive ou consécutive à la précédente, et elle a une signification fâcheuse, car elle dénote presque toujours l’infection générale du malade par le foyer nécrosé; aussi est-elle propre à la gangrène putride.

Phénomènes consécutifs- Terminaisons. — Que la gangrène Soit

circonscrite ou diffuse, le premier phénomène qui la suit, du moins dans les cas favorables, est la formation d’une ligne de démarcation entre les parties mortes et celles qui ont conservé leur vitalité (sillon de séparation entre le mort et le vif); l’existence de cette ligne se révèle d’abord par une coloration d’un rouge franc (hyperémie), et bientôt par de la tuméfaction, en un mot, par les phénomènes d’une inflammation suppurative de bonne nature; cette suppuration est le moyen d’élimination de l’eschare. Lorsque celle-ci se détache lentement, et qu’elle tombe d’elle-même, sa chute ne détermine d’ordinaire aucun écoulement de sang, puisque les vaisseaux ont été oblitérés ; mais si l’on enlève prématurément l’eschare, ou si la thrombose préservatrice fait défaut, l’élimination est accompagnée d’une hémorrhagie plus su moins abondante (eschare intestinale de la fièvre typhoïde); ce n’est pas là le seul danger de cette séparation; dans les organes creux ou qui confinent à des cavités, l’élimination a pour conséquence la formation de cavités ulcéreuses (gangrène pulmonaire), ou des perforations qui donnent lieu à des épanchements liquides ou gazeux d’une extrême gravité (perforations intestinales, pulmonaires, péritonite, hydropneumothorax); ailleurs les os sont mis à nu, un foyer de fracture est découvert, et la gangrène, bien que limitée, devient la source de redoutables complications. Au surplus, les désordres résultant de la nécrose diffèrent complètement selon le siège de cette dernière, de sorte que, dans une élude synthétique, ces phénomènes ne peuvent être indiqués qu’à grands traits. L’élimination accomplie, et toutes les circonstances supposées favorables, la cicatrisation a lieu, et le malade conserve des difformités et des troubles fonctionnels irréparables, qui varient selon le siège et l’étendue de la perle de substance.

Dans d’autres cas, l’inflammation limitante n’aboutit pas à la suppuration, la nécrose n’est pas éliminée, mais elle est séquestrée dans une enveloppe plus ou moins épaisse de tissu conjonctif. Cette terminaison est plus rare que la précédente; tandis que l 'élimination est la suite ordinaire de la mortification des parties extérieures, la séquestration est

Uh PROCESSUS MORBIDES COMMUNS.

surtout observée dans les parties internes atteintes de gangrène non putride, c est-a-dire de nécrose avec dessiccation ou ramollissement simple (os, poumons, tubercules nécrosés enkystés, cerveau); le produit séquestré est soustrait à l’organisme, et ne peut plus exercer sur lui aucune action nuisible, tant que les choses restent en cet état. Pour les viscères, ce mode de terminaison est donc éminemment favorable.

Il n’y a pas d’autres modes de guérison que l’élimination et la séquestration ; le tissu mort ne peut en aucun cas reprendre vie, et s’il arrive, qu’après une obstruction artérielle, une partie restée pendant un certain temps froide, exsangue et insensible, recouvre ses propriétés normales, c’est que la mortification n’a été qu’imminente, et que l’établissement d’une circulation collatérale a heureusement prévenu le passage de la mort, imminente à la mort confirmée.

La gangrène est souvent mortelle ; elle lue au moment de la mortification si elle occupe un organe dont l’intégrité fonctionnelle est indispensable au maintien de la vie ; elle lue durant l’élimination par l’épuisement et la fièvre hectique que détermine une suppuration prolongée; elle tue par les désordres organiques et fonctionnels qui succèdent à la perte de substance; elle tue enfin par septicémie et infection générale, soit que des particules putréfiées pénétrant dans les vaisseaux restés perméables, aillent former à distance des foyers secondaires (foyers gangréneux métastatiques, embolies capillaires), soit que l’infection résulte de la résorption insensible des liquides putrides, sans foyers localisés.

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