‹ Traité de pathologie interne (volume 5)Chapitre 11 sur 155 · CARACTÈRES ANATOMIQUES ET SYMPTOMES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ANATOMIQUES ET SYMPTOMES

La division de la gangrène en deux formes, la sèche et l’humide, est encore classique, pourtant elle est insuffisante, elle n’embrasse pas la totalité des faits. A l’exemple de Virchow, de Lebcrt, de Wagner, il y a lieu d’admettre quatre formes anatomiques distinctes :

1° Dans certains cas, la partie morte ne subit aucun changement appréciable; on observe cette intégrité apparente dans les os, les cartilages, dans les tissus fibreux, et dans les produits des grossesses extra-utérines abdominales et tubaires.

2° Par suite du défaut de combustion du carbone, la partie morte se carbonise et subit une dessiccation graduelle, qui la transforme en une masse ratatinée, sèche, dure, de couleur brune ou noire, qui conserve sa forme primitive; dans cette masse, on trouve parfois des concrétions caséeuses ou même pierreuses, ainsi que de la graisse, de la cholesté-

GANGRÈNE. 41

vine cl des sels calcaires rais en liberté (Uble et Wagner); c’est la gangrène momifiante ou sèche, qu’on observe surtout aux extrémités inferieures après l’obturation embolique des grosses artères du membre.

3° La partie morte subit un ramollissement simple sans putréfaction; les éléments normaux du tissu sont dissociés; ceux qui ne sont pas détruits par segmentation granuleuse ou par liquéfaction s’engraissent et se transforment en produits caséeux; ainsi est constitué dans un viscère un foyer de nécrose sans odeur fétide; la nécrobiose embolique du cerveau, la pneumonie à évolution caséeuse, la fonte caséeuse des tubercules, sont les exemples les plus frappants de celte forme de gangrène.

4° La partie morte subit le ramollissement putride, la putréfaction; ce n’est là qu’un cas particulier de la loi générale d’après laquelle les tissus animaux morts exposés à l’air, et soustraits à l’échange nutritif, sont atteints de fermentation putride. Cette forme de gangrène est la plus commune, c’est la gangrène humide proprement dite. Les parties nécrosées conservent durant un certain temps leur consistance et leur forme normales, mais leur coloration est modifiée, et sur les téguments la teinte rouge livide ou violet noirâtre permet souvent d’annoncer un ou deux jours à l’avance la gangrène confirmée; dès que la mortification est effectuée, le tissu perd sa cohésion, il se désagrégé en particules ténues le plus souvent incolores {détritus), et le liquide sanieux dont il est imbibé prend une odeur sui generis d’une fétidité caractéristique; par suite de la décomposition initiale des globules du sang et des cellules adipeuses, les éléments sont imprégnés de matière colorante et de graisse libre ou cristallisée; la putréfaction atteint presque en même temps les cellules glandulaires et épithéliales, et un peu plus tard les muscles et les nerfs; quant au tissu conjonctif, aux artères, aux cartilages, aux os, ils résistent beaucoup plus longtemps. A l’examen microscopique, on ne trouve guère que des masses granuleuses composées de molécules protéiques, de granules graisseux et de corpuscules pigmentaires; ceux-ci sont en quantités souvent colossales, elles recherches de Demme en ont fait connaître plusieurs variétés; les uns ont une couleur rouillée qui rappelle vaguement celle de l’hématine ancienne ; les autres, plus nombreux, sont tout à fait noirs et de forme irrégulière; c’est à ceux-là que Demme a donné le nom de corpuscules gangréneux; enfin, le môme observateur a signalé des cristaux pigmentaires noirs. Les cristaux d’hématoïdine sont assez rares; en revanche, on rencontre un grand nombre de productions cristallines qui sont étrangères à la composition normale du tissu; ce sont des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien, de manganèse et d’acide manganique, de stéarine et d’acide stéarique; puis de la cholestérine, du sulfate et du carbonate calcaires, du chlorure d’ammonium et de sodium, de 1 acide urique, du carbonate, de l’urate et du butyrate d’ammoniaque. •Souvent aussi l’on observe des organismes inférieurs, infusoires et cbam-

liiOCESSÜS MORBIDES

Page 1