MALADIE DE GRAVES, DE BASEDOW. — GOITRE EXOPHTHALM1QUE
ration de ce mouvement est le premier désordre oculaire appréciable ; de Grafe attribue ce phénomène ail spasme des muscles palpébraux supérieurs de Millier, qui sont innervés par le sympathique. — Tels sont les symptômes oculaires fondamentaux; d’autres ont été signalés, mais ils doivent être tenus pour des coïncidences fortuites, ce sont le strabisme, la diplopie et l’amblyopie.
Le malade ainsi affecté est dans une situation vraiment pénible; il sent sa poitrine frappée sans trêve ni répit par son cœur déchaîné, il sent sa tète douloureusement ébranlée par les battements tumultueux de ses artères, il respire avec peine, il a la parole difficile et entrecoupée parce que l’introduction de l’air dans la poitrine n’est plus complètement libre; instruit par l’expérience, il redoute tout mouvement, et la saillie des yeux donne à son visage une expression d’égarement et de stupeur qui n’est pas le trait le moins frappant de ce tableau. Pour peu que la maladie soit accusée, la fatigue, l’anxiété, l’insomnie donnent lieu à des troubles nerveux de divers ordres; le caractère devient sombre et irritable, le patient tombe dans une mélancolie taciturne, ou bien il est en proie à une agitation fébrile; dans les cas extrêmes, l’idéation peut être complètement troublée, et des accès de manie ont été signalés (Briick, Geigel).
L’état des fonctions végétatives dépend du degré de la maladie; dans les cas légers, on ne constate aucune anomalie, mais dans les cas graves on peut observer des nausées, des vomissements de matières aqueuses, des sueurs profuses et une tendance marquée aux hémorrhagies (épistaxis, hémorrhagies pulmonaires). Il est rare que la température appréciée par le thermomètre soit au-dessus de la normale ; les faits de Paul, de Friedreich, Eulenburg et Guttmann sont les seules exceptions positives que je connaisse ; mais, quelle que soit l’indication thermométrique, les malades se plaignent d’une sensation intolérable de chaleur, qui les porte à rechercher avec avidité l’impression de l’air frais. Dans les formes violentes, dans celles-là surtout qui sont généralisées à tout le système vasculaire, 'Lla nutrition générale est bientôt compromise, le patient maigrit, perd ses forces et tombe dans un état de marasme avec lequel 1 activité imperturbable du cœur et des vaisseaux forme le plus étrange contraste.
La marche de la maladie est chronique, elle dure des mois et même des années; mais le degré des accidents n’est pas uniforme, il y a de nombreuses alternatives en bien et en mal; la guérison laisse après elle une tendance marquée aux récidives. A ne considérer que la mortalité, le pronostic n’est pas absolument grave, puisque la mort n’a lieu que dans le quart ou le cinquième des cas ; mais, au point de vue de la curabilité, le pronostic est sérieux. L’amélioration, toujours lente, commence ordinairement par les symptômes cardiaques, mais la guérison reste parfois incomplète en ce sens que le goitre et l’exophthalmie, après avoir subi une
NÉVROSES DU CŒUR
diminution plus ou moins notable, persistent indéfiniment. Les cas les plus favorables sont ceux dans lesquels la névrose est sous la dépendance , de 1 anémie; quelques faits (Charcot, Trousseau, Corlieu) démontrent 1 influence salutaire d’une grossesse dans le cours de la maladie; la fluxion utéro-pelvienne et la modification générale du système nerveux qui résultent de la conception sont vraisemblablement les causes de la guérison survenue dans ces circonstances. — La mort est amenée par l’épuisement et le marasme, par des hémorrhagies viscérales, par les progrès d’une lésion valvulaire préexistante ou le développement d’une endocardite, par des gangrènes multiples (Fournier et Olivier), enfin par quelque maladie intercurrente (pneumonie dans un cas d’Eulenberg et Guttmann).
TRAITEMENT
Le repos du corps et de l’esprit, le séjour à la campagne, une bonne hygiène, l’abstinence complète du thé, du café, des spiritueux et du tabac, sont les premières conditions du traitement; ces moyens aidés d’une cure de petit-lait ou de raisins sont plus efficaces que toutes les préparations pharmaceutiques. Ces préceptes fondamentaux observés, on doit rechercher I’indication causale; il n’y en a malheureusement qu’une de positive; c’est l’anémie, et elle est loin d’être Constante; lorsqu’elle existe, il faut se garder de la négliger, et parmi les divers ferrugineux, il convient de donner la préférence à l’iodure de fer; dans tout autre cas, la médication par le fer aggrave les accidents. Ce traitement reconstituant peut être combiné avec l’hydrothérapie, et avec les applications de glace sur la région précordiale et le corps thyroïde, deux moyens qui modifient puissamment l’innervation générale et l’agitation du cœur. En l’absence d’indication causale, la médication ne peut être que symptomatique; bien des agents ont été essayés, les seuls qui aient donné quelque résultat notable sont le bromure de potassium , Y arsenic et le sulfate de quinine; l’usage prolongé de ce dernier à la dose quotidienne de 60 cà 80 centigrammes a amené une guérison complète dans des cas très-sérieux (Friedreich). En même temps que ces médications internes, on peut employer les applications locales de glace et les douches froides; toutefois ce dernier moyen est contre-indiqué chez les individus robustes et excitables. Viode employé en topique sur le corps thyroïde est sans inconvénient, mais il n’a pas dans ce cas une action aussi certaine que dans les autres formes de goitre; à l’intérieur, cet agent a été plus nuisible qu’utile, il en est de même de l’iodure de potassium. La digitale doit être prescrite selon les indications que j’ai posées en étudiant les palpitations simples.
ANGINE DE POITRINE
La notion patiiogénique fait présumer qu’on obtiendrait de bons effets en excitant le sympathique cervical par le courant constant; deux observations, l’une de von Dusch, l’autre d’Eulenburg et Guttmann, justifient cette présomption; dans le premier cas, l’électrisation eut lieu tous les jours avec une pile de 10 à 20 éléments, et, au bout de huit jours, le pouls était tombé de 130 à 70 et Gô, et l’exophthalmos avait diminué. Dans le second fait, la fréquence habituelle du pouls était de 108 à 130, et la tension des carotides très-forte; le sympathique cervical fut électrisé avec un courant ascendant très-faible de 6 à 8 éléments, le pouls tomba graduellement à 8A et même à 70, et la pression artérielle s’abaissa parallèlement dans les carotides et les radiales. — Le goitre peut rendre la suffocation imminente ; l’indication de la trachéotomie est alors positive, mais la vascularité extrême des tissus la rend fort dangereuse, et, en fait, un malade dont parle Trousseau succomba à l’hémorrhagie ; on pourrait dans ce cas suivre le conseil de Chassaignac et Demarquay, et diviser le corps thyroïde par l’écraseur linéaire.