‹ Traité de pathologie interne (volume 5)Chapitre 19 sur 155 · CALORIFICATION · texte numérisé non relu

CALORIFICATION

La température normale, telle que nous l’observons au moyen du thermomètre, est le produit de deux éléments antagonistes : de la chaleur •est créée par les combustions nutritives qui ont lieu dans le sein de l’organisme ; de la chaleur est perdue par évaporation à la surface de la peau et des poumons, et par les sécrétions. La première quantité est positive, la seconde est une négative qui diminue la valeur de la première, et .c’est la résultante finale de ces deux influences contraires que nous apprécions par nos instruments. Il suit de là qu’une modification quelconque dans le chiffre thermique a toujours deux sources possibles : une élévation peut tenir à une production plus grande de calorique, ou à une déperdition moindre, la production restant fixe*, une diminution peut •être 1’eflet d’une production plus faible, ou d’une perte plus lorle. A l’état normal, le rapport entre ces deux valeurs est direct; si la production augmente, la perte subit un accroissement parallèle; inversement, si la production diminue, la déperdition faiblit dans une proportion sensiblement la même, et c’est précisément la constance de ce rapport entre les deux éléments contraires qui donne à l’homme cl aux animaux à sang chaud une température physiologique fixe, quelles que soient les variations des conditions climatériques et hygiéniques. Chez l’homme, la chaleur normale est de 37°, 2 à 37°, 5 de l’échelle centigrade; elle présente des oscillations qui sont surtout déterminées par l’alimentation ; après •chaque repas, il y a une petite élévation qui persiste pendant trois ou quatre heures; mais ces ascensions sont toujours contenues dans d’étroites limites, car la fluctuation diurne, envisagée dans son ensemble, ne dépasse pas quatre à six dixièmes de degré.

La température fébrile est constituée par une élévation durable audessus du maximum physiologique; si donc on admet que sous l’influence •de boissons chaudes, ou de violents exercices musculaires, la chaleur normale puisse atteindre momentanément 37°, 8 (ce qui est exceptionnel), une température qui se maintient durant plusieurs heures entre 38° et 38°, 5, doit être tenue pour fébrile. Ces chiffres sont, d’ailleurs, les plus faibles qui soient observés dans l’état de fièvre; généralement l’accroissement est tel qu’il n’y a pas même lieu de songer à une oscillation physiologique accidentelle. De même que la température normale, la chaleur fébrile, telle que nous l’observons, est aussi le résultat de plusieurs influences qu’il est bon de connaître, bien que nous n’en puissions apprécier que la résultante finale. Par cela même qu’il y a fièvre, les combustions organiques sont activées, il y a production d’une plus grande quantité de chaleur ; mais, d’un autre côté, la privation d’aliments, qui est souvent absolue, estime circonstance qui suffit par elle-même pour dimi-

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nucr, dans une certaine mesure, la genèse de calorique; conséquemment le chiffre observé exprime la somme de ces deux modifications inverses; enfin, il se peut faire que, sans augmentation réelle de la production de chaleur, l’accroissement anormal du rayonnement à la surface dü corps détermine une élévation de la colonne thermométrique. Quoi qu’il eu soit, l’augmentation de la production est la condition de beaucoup la plus importante, parce qu’elle est seule constante ; cette constance est démontrée par l'exagération également constante des combustions nutritives, laquelle est révélée par la composition anormale de l’urine. L’accroissement du rayonnement n’a ici qu’un rôle accessoire ; lorsque ce phénomène existe, le malade accuse une sensation (subjective) très-pénible de froid; or cette sensation peut manquer totalement, auquel cas ce serait de l’hypothèse pure que d’admettre une exagération dans la déperdition périphérique de la chaleur; d’autre part, alors même que cette sensation caractéristique existe, elle est toujours temporaire, de sorte que le phénomène qui la produit ne peut rendre compte de la persistance bien autrement longue de l’élévation thermomélrique.

En fait, la production anormale ( hyper gënèse ) de calorique est l’élément générateur principal de la température fébrile.

Si le simple fait de l’ascension thermique révèle l’état de fièvre, tellement qu’une seule observation thermométrique suffit à ce point de vue, , cette donnée est stérile pour caractériser le mouvement fébrile dans son. ensemble. Ce qui est important ici, ce ne sont pas quelques chiffres isolés appartenant à telle ou telle époque de la maladie, c’est le mode de la : progression qui conduit à ces chiffres, c’est le mode des oscillations quotidiennes, c’est le rapport qui unit ces oscillations aux diverses périodes de la fièvre ; en d’autres termes, ce qui est caractéristique, ce n’est pas la température en elle-même, c’est sa marche, soit dans le cycle entier' de la maladie, soit dans chacun de ses stades. Aussi l’observation ne j peut-elle être utile qu’à la condition d’être répétée deux fois par vingtquatre heures au moins, et tous les jours à la même heure.

L’exploration peut être faite dans l’aisselle ou dans le rectum; les difficultés inhérentes à ce dernier procédé m’y ont fait renoncer, sauf dans les cas où le malade est très-amaigri, de sorte que la boule de 1 instrument ne peut être maintenue entre la paroi thoracique et la région brachiale. Pour être certain qu’on est arrivé au point fixe, il convient de laisser l’instrument en place durant vingt minutes; puis, comme on n’a pas toujours de thermomètre étalon, et que la nécessité d’une correction pour chaque mensuration compliquerait la méthode au point de la rendre impraticable, il est bon de se servir toujours du même thermomètre pour le même malade; il s’agit, avant tout, d’apprécier la marche de la température, c’est-à-dire des quantités relatives, et cette précaution met a l’abri de toute erreur grave résultant de l'imperfection de 1 instrument.

FIÈVRE

Les chiffres obtenus sont reportés à chaque observation sur un papier divisé, et si l’on réunit ensuite par une ligne brisée les points de niveau variable qui expriment les oscillations biquotidiennes du thermomètre, on obtient une courbe qui est une véritable représentation graphique de la température fébrile, et qui permet de saisir d’un coup d’œil toutes les particularités de sa marche (i).

Dans toutes les maladies à fièvre, le cycle thermique présente trois périodes ou stades : une période initiale ou ascendante, Yaugmenl ; une période d’état ou d’acmé, le fastigium ; une période terminale, l’issue.

Aiigment. — Ce premier stade, qu’il est rarement possible d’observer complètement, parce que les malades sont vus trop tard, comprend l’intervalle qui s’écoule entre la première ascension thermométrique audessus de la normale et le moment où la chaleur, ayant atteint son maximum, cesse de s’accroître.

Dans celte période, la température s’élève donc du chiffre physiologique au chiffre le plus haut qu’elle doit atteindre dans le cours de la fièvre; c’est pour exprimer ce fait que Wunderlich a nommé cette période

(1) Toutes les courbes reproduites dans ce livre ont été obtenues par l’exploration axillaire; sauf indication contraire, la température du matin est prise de neuf à dix heures, celle du soir de cinq à six heures. Les divisions horizontales du papier correspondent aux divers degrés du thermomètre inscrits en marge à gauche; les divisions verticales correspondent aux jours de la maladie; chaque colonne verticale est subdivisée en deux par un trait plus petit; la subdivision de gauche répond au matin, l’autre au soir. Le jour est l’espace de vingt-quatre heures compris de minuit à minuit; si donc une maladie fébrile débute, par exemple, le lundi dans l’après-midi, ce lundi est compté comme premier jour, et le mardi à partir de minuit est le second jour.

Désireux de faciliter les observations de thermoscopie pathologique, j’ai fait établir des thermomètres d’un nouveau modèle qui me paraissent répondre à tous les besoins de la clinique.

Bien que l’ascension de l’alcool soit plus prompte que celle du mercure, j’ai fait choix de ce dernier agent parce que la mensuration gagne en précision ce qu’elle perd en rapidité, et parce que Ton évite ainsi un inconvénient fréquent des thermomètres à l’alcool, savoir la rupture de la colonne liquide et sa division en segments isolés. L’instrument, de très-petit volume, a une longueur totale de 16 centimètres sur lesquels 3 appartiennent à la cuvette. Entre l’extrémité supérieure de celle-ci et le chiffre le plus bas de l’échelle est un espace non gradué de à centimètres; par suite de cette disposition, Téclicllc tout entière émerge de la cavité axillaire lorsque l’instrument y est placé, et la lecture des chiffres inférieurs ne présente aucune difficulté. L’échelle graduée, limitée aux exigences pathologiques, comprend 10 degrés (de 35» à M°) • chaque degré est divisé en dixièmes, figurés par des traits transversaux, dont le cinquième (demi-degré) dépasse quelque peu les autres. L’appréciation des dixièmes acquiert par là une extrême facilité, et comme le milieu de l’intervalle entre deux dixièmes est aisément discerné, la mensuration peut être faite par' vingtièmes.

JACCOUD. — Path. int., 3e édit.

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préparatoire, stade pyrogénique. Le mode de celle ascension peut être ramené ;i deux types : tantôt 1 augment est brusque et presque continu ; il est à peine interrompu par une petite rémission, et, en quelques heures (lièvre intermittente), ou en un jour, un jour et demi (variole, scarlatine, pneumonie franche), le maximum est atteint (fig. 1); tantôt, au contraire, 1 ascension est graduelle, et n’arrive au fastigium que par une série d’oscillations, dont l’ensemble comprend de trois à six jours. Ce mode d’élévation, que j’appelle augment par oscillations ascendantes, est caractéristique de la fièvre typhoïde ; on l’observe aussi dans la rougeole, dans la pneumonie catarrhale (fig. 2).

Dans quelques circonstances, l’ascension est à la fois graduelle, lente et irrégulière; dans les maladies fébriles à cycle mal défini, telles que le rhumatisme articulaire aigu, la pleurésie, la péricardite, la période initiale présente assez souvent ce caractère (fig. 3).

Fastigium. — La période d’étatoffre de si grandes variétés dans sa durée, selon la maladie qui la cause, qu’il est impossible d’en rien dire de général ià cet égard; mais, au point de vue de la marche de la température, elle présente quelques types bien caractérisés. Jamais la chaleur ne se maintient rigoureusement au même chiffre durant cette période, et trois choses sont possibles :

Première forme du fastigium. Fastigium a sommets. — Le chiffre maximum n’est atteint qu’une, deux, trois fois au plus (le soir, sauf le cas de fièvre intermittente), après quoi l’on voit apparaître la période terminale; le tracé de la période d’état ainsi constituée ne présente qu’un sommet, ou bien, selon les cas, deux ou trois sommets au plus (fig. 4). Ce type appartient à toutes les fièvres de quelques heures, d’un jour, de peu de jours de durée; il est observé dans les accès de la fièvre intermittente régulière, dans l’éphémère, dans l’érysipèle simple, et souvent aussi dans la pneumonie ; si l’on considère comme une fièvre distincte chacune des périodes fébriles- de la variole, on retrouvera, pour la fièvre secondaire, une période d’étal répondant à ce type.

Deuxième forme du fastigium. Fastigium oscillant. — Le maximum thermique, ou un chiffre qui en diffère peu, est observé pendant plusieurs jours consécutifs ; la rémission du malin fait descendre la courbe de quelques dixièmes de degré, et l’exacerbation du soir la ramène vers le chiffre de l’acmé. La représentation graphique de la période est figurée alors par une ligue brisée dont les divers niveaux contenus dans le même plan horizontal ne diffèrent que de quelques fractions de degré, 4 à fi dixièmes en moyenne (fig. 5). Cette marche de la température a été appelée continue; pour éviter toute équivoque et rappeler les caractères principaux de celle forme, je nomme le stade ainsi constitué fastigium à oscillations stationnaires. Ce type est observé dans le typhus exanthématique, dans la variole (fièvre initiale), dans la scarlatine, dans la pneumonie lobaire franche, dans

Fi o.l Alignent

brusque

Fig. 2 AaglUPllt par

oscillations ascendantes

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Fi o. 3 Augment

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a sommets

Fig. El Fastigium â Fig.6.Fastigmm à

oscillations stationnaires oscillations descendantes

FIEVRE

|a fièvre typhoïde ; l’acmé à oscillations stationnaires appartient aux maladies fébriles graves. Son caractère distinctif, c'est-à-dire l’oscillation stationnaire, est, en général, de courte durée ; il est bien rare qu’il persiste au delà d’un septénaire. Le fastigium oscillant offre deux variétés secondaires; au lieu de présenter des oscillations stationnaires, il a des oscillations ascendantes ou descendantes ; dans le premier cas, la tempé rature gagne le soir plus qu’elle ne perd le matin, de sorte que les points maxima figurent une série ascendante; dans le second cas, au contraire, les rémissions matinales l’emportent sur les exacerbations vespérales, et la ligne de jonction des maxima serait une oblique descendante {fig. ü et 7). Mais dans ces deux variétés, comme dans le type fondamental, l’amplitude des oscillations est peu considérable, et l’écart total entre le maximum et le minimum de la période dépasse bien rarement un degré. C’est cette fixité de l’oscillation thermique qui est la caractéristique du type, c’est elle qui le distingue de la troisième forme du fastigium. Dans les maladies fébriles de longue durée, il n’est point rare que le stade présente la succession de deux variétés du type oscillant; dans la première moitié de la période, on observe l’oscillation stationnaire, et dans la seconde l’oscillation ascendante ou descendante, selon que la maladie prend une marche funeste ou favorable.

Troisième forme du fastigium. Fastigium rémittent. — Le fastieium

est prolongé comme dans le type oscillant, mais les maxima sont irréguliers, et les oscillations quotidiennes, amples et souvent dissemblables, peuvent s’étendre de 1 à 3 degrés. Ce type (rémittent) est propre aux maladies fébriles catarrhales, au rhumatisme articulaire, à la pyémie, à la rougeole, et à toutes les fièvres de longue durée (tuberculose fébrile, fièvre hectique de suppuration) (fig. 8).

Telle est, dans ses traits généraux, la période du fastigium thermique; en résumé, elle est brève ou prolongée, et la forme prolongée se présente sous deux types : le [type oscillant avec ses trois variétés (oscillations stationnaires, ascendantes et descendantes), et le type rémittent.

issue . — La période finale diffère selon que la terminaison de la maladie est la guérison ou la mort.

Issue favoradle. — Dans ce cas, la période peut être qualifiée par le nom général de déclin du défervescence, car, en toute circonstance, elle a pour effet de ramener la température à son degré normal. Le mode de la défervescence varie dans les diverses espèces morbides, et ces caractères spéciaux trouveront place dans la description des maladies fébriles; au point de vue général qui nous occupe en ce moment, on peut distinguer deux formes principales, selon que la défervescence est brusque ou graduelle.

Défervescence brusque ou critique. — Elle répond à ce que les anciens nommaient la crise; le début en est annoncé soit par une exaspération

8 h PROCESSUS MORBIDES COMMUNS.

vespérale très-faible ou nulle relativement au jour précédent, soit par une rémission matinale très-marquée; puis, en vingt-quatre heures, trente-six heures au plus, le thermomètre tombe au chiffre physiologique ou même un peu au-dessous, de sorte que dans ce court espace de temps la chute est de 2 à 5 degrés (fig. 9). Dans quelques cas, l’abaissement est précédé d’une élévation temporaire {perlurbalio critica). Ce mode de défervescence est de règle dans la pneumonie franche sans complication, dans lavarioloïde et la rougeole régulière ; on l’observe aussi dans la fièvre intermittente légitime, dans le typhus exanthématique, dans la fièvre typhoïde, dans l’érysipèle de la face ; elle est bien plus rare dans la scarlatine et les maladies catarrhales.

Défervescence graduelle , lysis. — Elle peut occuper de six à neuf jours; elle a lieu tantôt suivant le type des oscillations descendantes (fig. 10), tantôt suivant le type rémittent (fig. 1 1) ; très-nette dans la fièvre typhoïdeou typhus abdominal, elle appartient, en outre, aux maladies catarrhales graves, au rhumatisme articulaire aigu ; on la voit aussi dans la péricardite et la péritonite.

Dans la convalescence, la température doit rester normale aussi bien le soir que le matin, elle ne doit osciller que dans les limites physiologiques : celte fixité, qui est l’indice certain d’une convalescence parfaite, n’est pas toujours observée, parce que la température du convalescent est excessivement mobile et se modifie sous l’influence des causes les plus légères : fatigues physiques ou intellectuelles, écarts île régime, station debout trop prolongée, voilà tout autant de circonstances qui suffisent pour ramener une élévation thermique; on n’en concevra aucune inquiétude, si l’ascension est temporaire, d’un jour ou deux au plus, et si elle peut être positivement attribuée à l’une des conditions accidentelles dont je viens de parler. Dans le cas contraire, il finit craindre une rechute ou le développement d’une autre maladie. Parmi les ascensions thermométriques de la convalescence, il en est une qui pourrait effrayer par son amplitude si l’on n’était prévenu du fait; c’est celle qui suit la première ingestion de nourriture animalecette febris carnis peut faire monter brusquement la température de 2 à 3 degrés; mais si la digestion est bonne, si l’alimentation n’a pas été prématurée, on observe le lendemain une chute à peu près égale à l’ascension de la veille (fig. 12).

Issue fatale. Type ascendant. — Lorsque la maladie est mortelle, b période terminale de la température est caractérisée, dans l'immense majorité des cas, par une élévation continue, ou à peine interrompue par une faible et courte rémission; c’est cette ascension ultime qui conduit la colonne thermométrique aux chiffres énormes de il0, 8, 12°, 42°, 5, et même 42°, 8. Bien souvent la continuité de cette ascension est telle, que le chiffre- du malin dépasse de plusieurs dixièmes le chiffre maximum de la

Convalescence Période atfonique Période agonique

FeVirls carnis Type ascendant Type ascendant brisé

FIEVRE

veille au soir; le tracé est représenté alors par une ligue que sa faible obliquité éloigne à peine de la verticale (fig. 13). Il résulte de cette marche, qui peut être considérée comme normale pour la période agonique, <pie la température est à son maximum au moment de la mort. Lorsqu’il n’en est pas ainsi, lorsque l’ascension agonique est subitement brisée par une chute plus ou moins profonde, on peut être certain qu’un incident pathologique nouveau est la cause de cette anomalie ; c’est après les hémorrhagies intestinales cl pulmonaires, après les perforations péritonéales, qu’elle est surtout observée. Si la mort est rapide, elle peut avoir lieu avant que la température se soit relevée et ait repris son caractère fébrile; le malade succombe alors avec une chaleur normale, ou même inférieure à la normale ; mais si la terminaison est un peu retardée, le thermomètre remonte au bout de quelques heures, et, à la mort, il peut avoir regagné le niveau qu’il présentait au moment de sa dépression accidentelle (fig. 14). Je donne à cette forme de la période agonique les noms de type ascendant et type ascendant brisé ; les caractères qui viennent d’être indiqués sont les plus ordinaires, mais il est une variété qu’il est urgent de connaître, c’est la suivante : l’ascension est précédée d’un abaissement qui ne dépasse guère 1 degré ou 1°,5, mais qui peut durer un jour et demi ou deux jours; si l'on n’était prévenu, on pourrait voir là un signe favorable et commettre une erreur grossière de pronostic. L’état général du malade et les caractères du pouls, dont la fréquence augmente sans cesse, révèlent la véritable signification de la chute momentanée du thermomètre. Après cet abaissement, la température remonte jusqu’à la mort; il n’y a donc ici qu’une variété du type ascendant, avec rémission initiale (fig. 15).

Mais la période agonique présente deux autres formes, qui sont le type descendant et le type irrégulier; plus rares que le précédent, ils doivent pourtant être connus.

Type descendant. — Il est caractérisé par son nom même. Ce n’est plus un abaissement d’un jour ou deux, comme dans-la variété précédente, c’est une chute graduelle jusqu au jour de la mort : ce jour-là le thermomètre baisse encore ( collapsus ), ou bien il y a une légère élévation d’un degré à un degré et demi. Cette forme est observée dans les maladies longues et eonsomplives, dans le typhus, les fièvres éruptives compliquées (fig. 16).

T- Ppe ù régulier. Cette forme est peut-être bien une production artificielle; ce qui est certain, c est qu’on la voit surtout chez les malades qui ont été soumis à une thérapeutique violente cl tumultueuse. Dans les deux ou trois jours qui précèdent la mort, le thermomètre subit une série de dépréssions cl d ascensions dont l’amplitude va croissant; puis, après une • bute plus forte que les autres, il prend tout à coup l’ascension agonique, et en quelques heures il parcourt 2 degrés et demi, 3 degrés, et même.

3 degrés. et demi (fig. 17).

Aussitôt après la mort, la chaleur, dans la majorité des cas, commenceà baisser, et cela avec d’autant plus de rapidité que l’individu a succombé avec une température plus basse. Quelquefois pourtant il y a après la mort une nouvelle augmentation d’un- à quelques dixièmes de degré;, cette élévation dure une heure, rarement plus, et après un petit intervalle stationnaire, la chute commence, lentement d’abord, puis elle se précipite avec une vitesse toujours croissante. Celle ascension posl mortcm est observée après quelques maladies non fébriles (tétanos, choléra); après les maladies pyrétiques, elle apparaît dans le cas où la température s’est accrue jusqu’au moment de la mort, sans rémission aucune ou avec une rémission trèslégère. Ce phénomène est généralement attribué aux influences suivantes : à l’instant de la mort, deux causes de refroidissement sont subitement supprimées, savoir, la respiration et la sécrétion cutanée, et rien ne prouve que les processus chimiques, producteurs delà chaleur, soient interrompus au même moment; d’un autre côté, les modifications que subit le tissu musculaire après la mort sont une source de chaleur qui peut momentanément compenser le refroidissement cadavérique (1).

Stade amphibole. — Les trois stades de la température fébrile ne se succèdent pas toujours avec l’ordre simple et immédiat dans lequel je viens de les décrire ; quelle que doive être la période terminale, heureuse ou mortelle, elle peut être séparée du stade moyen ou fastigium par une phase un peu vague qui n’a plus les caractères de ce dernier, et qui n’a pas encore ceux de la période finale. Celte phase intermédiaire et confuse a reçu de Wunderlich le nom de stade amphibole que je lui ai conservé.

Ce stade peut être caractérisé d’un mot, il est irrégulier; la température présente des oscillations marquées en plus et en moins ; quelques-unes d’entre elles peuvent parfois être expliquées par des influences thérapeutiques ou par quelque accident de la maladie, mais ces oscillations motivées sont en minorité ; la plupart sont inexplicables et constituent de véritables irrégularités dans le cycle thermique (fig. 18). Le stade amphibole peut durer au delà d’une semaine, il appartient surtout aux maladies graves (je ne dis pas mortelles), on le voit dans le typhus, dans la ménin- fl

(l) Cette explication est celle-là même qu’a présentée Wunderlich dans son ouvrage, sans l’attribuer à aucun auteur en particulier. On peut consulter, sur ce sujet .

Seume, De calore corporis humani in morte observato. Lipsiæ, 1856. \\ fnderuch,

Bemerkungen bel einem Fait von spontanem Tetanus (Archiv der Heükunde, 1861). Huppert, Ueber die Ursache der postmortalen Temperatursteigerungen (eodem loto. 1857). — Thomas, Klinische Beobachtungen zur Thermomelrotogie nebst Agomebeobachlungen (eodem loco, 1868). — Pick und Dybkowsej, Cenlralbl. f. d. med. W issenscti.,

1868. — Schiffer, Reichert’s Archiv, 1868. — À. Valentin, Die post moi taie Tempera tursieigerung ( Archiv f. lclin. Med., 1869).— Quincke, Einigc Falle excessiv holier Todes Temperaluren ( Berlin . klin. Woclien., 1869). - Peter, Des températures élevées excessives dans les maladies (Leçon faite en 1869, publiée in Gau. hebdonu, 1872).

FIÈVRE

<>ile épidémique, dans les pneumonies à résolution retardée, dans le rhumatisme articulaire aigu; il est exceptionnel que les maxima de l’amphibole soient aussi élevés que ceux du fastigium.

Les développements qui précèdent démontrent l’importance capitale des phénomènes de calorification dans la fièvre; négliger l’observation thermique, c’est se priver d’une source féconde de renseignements*et repousser les éléments d’appréciation les plus certains pour le diagnostic, pour le pronostic et pour une thérapeutique rationnelle. L’exposé synthétique qui précède établit en outre, avec une entière évidence, la proposition que je formulais en commençant, à savoir : que les symptômes thermiques de la fièvre comprennent l’ensemble du cycle, les rapports et les caractères de ses périodes, et non pas quelques chiffres isolés, pris au hasard et sans suite, à un moment quelconque de la maladie.

Le chiffre thermométrique le plus élevé qui ait été vu jusqu’ici, avec conservation de la vie, est celui de 4- 1 0 7 5 ; c’était durant un accès de fièvre intermittente (Michaël). Le degré thermique étant directement en rapport avec le degré de la combustion organique ( consomption fébrile), on conçoit que le pronostic s’aggrave en raison directe de l’élévation des chiffres et de leur durée; que la chaleur se maintienne entre 40° et 41° avec des rémissions matinales très-faibles, la mort est certaine au bout de quelques jours, parce que la consomption fébrile aura tout détruit ; avec de fortes rémissions le matin, cette température pourra être tolérée pendant des mois; c’est d’après ces principes que le chiffre thermométrique peut être utilisé dans le pronostic, c’est à condition qu’on tienne compte de son degré, de sa durée, et des rémissions salutaires qui calment momentanément l’effervescence fébrile ; dans le fastigium des fièvres longues, dans le genre typhus par exemple, il n’y a pas d’élément plus certain de jugement : chiflre stationnaire peu élevé (38°, 8 — 39°8), rémissions matinales prononcées (6 à 8 dixièmes), pronostic favorable; l’une des deux conditions manque-t-elle, la situation est plus incertaine, il faut attendre ; toutes deux font-elles défaut, pronostic mauvais, aussi sûrement mauvais qu’il était sûrement bon dans le premier cas. Les exacerbations du matin sont en toute circonstance un signe fâcheux; il en est de même du défaut de rapport entre le chiffre thermique et l’étendue de la lésion locale; voici ce que j entends par la : un chiffre thermométrique élevé (40° - — 41°), avec une lésion étendue (vaste pneumonie par exemple), est d’un pronostic moins sévère que dans le cas où la lésion est très-limitée (infiltration intestinale de la fièvre typhoïde). Dans cette dernière condition, en effet, l’mfluence pyrétogène principale appartient au poison morbide qui a infecté l’organisme, et non pas à l’altération locale.

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