NUTRITION
Jonctions digestives. La porte de l’appétit (anorexie), l'augmentation de la soif, des nausées, souvent des vomissements, sont les principaux phénomènes qu’on observe du côté des fonctions digestives au début de toute fièvre; parfois l’appétit est en partie conservé; mais, si le malade mange, il est pris d’envie de vomir, et il rejette les aliments, parce que la muqueuse gastrique a perdu son aptitude fonctionnelle. Le désordre de la nutrition proprement dite est révélé parles modifications des sécrétions, de l’urine surtout, et par l’amaigrissement.
Sécrétions. — V urine est rare, fortement colorée, la densité en est accrue (de 1020 à 1025 et plus); le chiffre de l’urée, dont la moyenne normale est de 30 grammes en vingt-quatre heures, s’élève malgré la diète à 35, 40, 50 grammes. La quantité de l’acide urique peut être doublée ; au lieu de 50 à 55 centigrammes, la production quotidienne est exprimée par 30 centigrammes ou I gramme; enfin les chlorures subissent une diminution notable : évalués en chlorure de sodium, ils ont une proportion moyenne de il grammes et demi pour vingt-quatre heures, et ils s’abaissent sous l’influence de la fièvre au-dessous de la moitié de ce chiffre, parfois même ils tombent à 1 gramme ou plus bas encore. C’est pendant le fastigium que ces altérations de l’urine sont le plus prononcées, et, au moment de la défervescence, elles font place aux caractères normaux, brusquement ou graduellement, suivant que la défervescence est ellemême rapide ou lente.
La sécrétion du suc gastrique est arrêtée, et les sécrétions intestinales sont diminuées; c’est là la cause de la constipation qui existe d’ordinaire au début et pendant l’acmé de la fièvre ; ce phénomène est si constant que l’on peut admettre une lésion de l’intestin lui-même, lorsque la fièvre est accompagnée de diarrhée. La sécrétion sudorale est également amoindrie, du moins dans les premières périodes, et elle reparaît avec une abondance exagérée à l’époque de la défervescence ; les sueurs profuses dans l’augment et le fastigium sont généralement de mauvais augure, sauf dans le rhumatisme fébrile, dont elles constituent un symptôme constant sans signification pronostique spéciale. On manque de renseignements précis sur la composition de la sueur pendant la fièvre ; les analyses de IL Meissner dans un cas de fièvre typhoïde et dans un cas de rhumatisme aigu ont constaté une diminution du chiffre de l’urée, mais ce phénomène ne peut être regardé comme constant. Dans des recherches qu’il a faites sur des scarlatineux, Weyrich a observé une augmentation très-notable de la perspiration cutanée insensible, et cela au moment où la peau paraissait complètement sèche;. ce sont encore là des faits particuliers qu’il n’est
FIÈVRE
paS permis de généraliser. Quant aux modifications fébriles de l’exhalation pulmonaire, elles sont ignorées.
L’amaigrissement est le résultat nécessaire de toute fièvre d’une certaine durée; deux causes concourent à le produire : la privation d’aliments, et surtout la consomption fébrile qui, même pendant la diète absolue, est plus grande que la dépense physiologique de l’organisme, ainsi que le démontre la composition de l’urine. Non-seulement donc le fébricitant privé d’aliments vit aux dépens de lui-même, mais il vit avec une activité exagérée; celle autophagie fébrile fait disparaître la graisse, atrophie les muscles, et, au bout de deux ou trois semaines, le malade peut perdre ainsi 20 ou 30 pour 100 de son poids primitif. Uiie observation (pneumonie) de Wachsmuth nous apprend que cette perte, au moment de l’acmé, peut atteindre un kilogramme pour vingt-quatre heures. En général, le déchet cesse lorsque la défervescence est effectuée, et si le patient est alors alimenté, il commence aussitôt à récupérer une partie de ce qu’il avait perdu. A ce point de vue, toute fièvre est consomptive ; et cette qualification ne doit point être réservée pour la fièvre hectique, ainsi qu’elle l’a été trop longtemps. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’il y a un rapport constant entre l’altération de l’urine et l’élévation de température d’une part, entre cette dernière et l’amaigrissement d’autre part; ce rapport est tout simple, puisque ces phénomènes expriment tous trois une influence génératrice commune, qui est la combustion fébrile de l’organisme.