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MIGRAINE

sphère des nerfs sensoriels, et, par suite, des manifestations réflexes plus ou moins étendues dans le système nerveux vasculaire ou viscéral. Ces phénomènes de diffusion ont porté Romberg à interpréter l'hémicrànie comme une névralgie du cerveau; mais la conclusion n’est pas rigoureuse, et déjà liasse a fait observer avec juste raison que ces symptômes sont également compatibles avec la localisation de la névrose dans les branches du trijumeau qui se distribuent aux méninges et aux os du crâne. Depuis lors, les observations de du Bois-Reymond ont fait entrer la question dans une nouvelle phase, et le sympathique cervical est généralement regardé comme le siège de la migraine; mais on n’est pas fixé sur le sens de la modification subie par l’excitabilité du nerf. D’après les phénomènes qu’il a constatés sur lui-même, du Bois-Reymond admet une exagération de l’excitahilité; elle seule, en effet, peut rendre compte de la rétraction de l’artère temporale, de la pâleur du visage, de la dilatation de la pupille et du retrait de l’œil du côté malade, que l’éminent physiologiste de Berlin a plusieurs fois observés; il a donc été parfaitement autorisé à attribuer sa migraine à un étal d’excitation du sympathique, provoquant une contraction tonique des muscles vasculaires et oculo-pupillaires (1).

Ce qui n’est pas encore établi, c’est la constance de ces phénomènes; Môllendorf, invoquant la dilatation des petites artères (constatée dans la rétine au moyen de l’ophthalmoscope) et l’augmentation fréquente de la sécrétion muqueuse et cutanée du côté de la douleur, admet au contraire un état de paralysie temporaire du nerf cervical sympathique. Il n’a malheureusement pas indiqué à quel moment de l’accès il a observé ces symptômes, et quand je songe que la paralysie par épuisement succède souvent à l’excitation exagérée d’un nerf, je suis moins touché de la contradiction apparente des deux assertions précédentes, et je suis porté à croire que si les deux observateurs ont vu des phénomènes opposés, c’est tout simplement qu’ils ont observé à des périodes différentes ; j’admets, en d’autres termes, que l’accès de migraine est constitué par une excitation anormale du sympathique suivie d’une paralysie par épuisement, qui marque le déclin et le terme du paroxysme. Ma conclusion me paraît d’autant plus légitime que du Bois-Reymond a constaté et fait constater sur lui-même, vers la fin de l’accès, une coloration rouge de l’œil droit (côté malade) et de l’oreille correspondante, coloration qui était accompagnée d’une sensation vive de chaleur, objectivement appréciable avec la main. — La contraction des vaisseaux pendant le début et l’état de l’accès fait comprendre pourquoi la douleur est exagérée à chaque pulsation cardiaque; quanta l’origine de cette douleur, elle peut être attribuée

(1) Le docteur Schacht, qui assistait du Bois dans ses observations, a constaté avec lui une sensibilité douloureuse des apophyses épineuses correspondant à la région ciliospinale, soit pendant, soit après l’accès.

avec du Bois-Reymond à la crampe vasculaire elle-même, qui a pour effet de comprimer les filets nerveux contenus dans les muscles lisses; les douleurs que provoquent les contractions intestinales ou utérines, celles qui se font sentir dans la peau pendant le frisson fébrile, justifient cette interprétation.

L’hérédité, le sexe féminin, le tempérament nerveux, l’âge de quinze à trente ans, sont les causes prédisposantes les plus puissantes de la migraine. Quand elle est primitive et essentielle, ce qui est fort rare, elle reconnaît pour ses causes les plus ordinaires le trouble de la digestion, les écarts de régime, l’excès de la faim, la constipation, les fatigues de la vue (Piorry), les impressions odorantes fortes, surtout celles des fleurs, les veilles tardives, l’insomnie et les excès de travail intellectuel. Le plus ordinairement la migraine est liée à quelque autre état pathologique, soit à des désordres de la digestion (dyspepsie) ou de la menstruation, soit à des névroses, entre autres l’hypochondrie et l’hystérie, soit enfin à des maladies constitutionnelles dont elle est quelquefois le symptôme précurseur, telles sont la chlorose, la goutte et la maladie hémorrhoïdaire.

SYMPTOMES

L’hémicrânie procède par accès dont le retour plus ou moins fréquent a une certaine tendance à la périodicité ; bien des femmes n’ont leur migraine qu’au moment des règles ; mais, même en dehors de cette cause spéciale, la névrose présente assez souvent une marche sensiblement périodique. Dans l’intervalle des accès, le malade est bien portant, il n’éprouve du moins aucune incommodité qui soit liée à sa névralgie; le paroxysme débute ordinairement le matin; l’individu se lève en bonne santé, après une nuit qui a peut-être été très-bonne, puis, lorsqu’il est debout depuis quelque temps, il se sent peu dispos, mal en train ; il a des pandiculations, des bâillements, il est sans appétit et n’éprouve que du dégoût à l’idée de prendre quelque aliment; parfois il y a de petits frissons passagers; ces phénomènes, qui sont vraiment les prodromes de l’accès, et auxquels le malade ne se trompe guère, peuvent se manifester dès la veille ou bien faire défaut, ce qui est plus rare. Le paroxysme proprement dit est constitué par une douleur violente qui, constrictive, térébrante ou lancinante, occupe un côté de la tête, principalement la région frontale ou temporale; elle siège plus souvent à gauche qu’à droite, il est exceptionnel qu’elle envahisse les deux côtés. Cette douleur, qui augmente encore après son apparition, triomphe de l’énergie des plus robustes, et le malade, indifférent à ce qui l’entoure, fuyant le bruit et la lumière, se met au lit pour attendre dans le calme, l’obscurité et l’isolement, le terme de scs souffrances, que l’art est impuissant à abréger.

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