‹ Traité de pathologie interne (volume 5)Chapitre 82 sur 155 · MIGRAINE · texte numérisé non relu

MIGRAINE

Entre les perturbations sensitives irradiées, les plus fréquentes sont la douleur diffuse du cuir chevelu, laquelle augmente par le simple contact des cheveux, l’hyperesthésie rétinienne et auditive avec ou sans illusions sensoriales. la sensation de vertige et de nausée; en même temps la pâleur du visage, le larmoiement, la transpiration céphalique et le vomissement témoignent du désordre provoqué par les anomalies de sensibilité dans le système nerveux vasculaire et viscéral. Le vomissement rejette une quantité ordinairement considérable d’un liquide verdâtre très-amer, provenant d’une sécrétion biliaire surabondante; c’est un phénomène de même ordre que la sécrétion lacrymale et sudorale dont il vient d’être question; le vomissement a lieu plusieurs fois, ou bien il est unique; dans ce cas il marque assez ordinairement la fin de l’accès, nouvelle présomption en faveur de la succession des deux phases d’excitation et de paralysie dans la sphère du sympathique. Lorsque la détente survient, lorsque les douleurs s’apaisent, le malade s’endort, et au réveil il est tout à fait bien portant, ou bien il éprouve encore pendant le jour qui suit un peu d’inappétence et de céphalalgie. Pendant l’accès, le pouls est normal ou ralenti; ce dernier phénomène peut être attribué à l’excitation associée du nerf vague.

La durée des paroxysmes dépasse rarement douze à vingt-quatre heures, mais la durée de la maladie est vraiment indéterminée; lorsqu’elle est liée à des désordres gastriques ou menstruels, elle disparaît d’ordinaire avec la cause qui l’a engendrée ; mais, dans les autres conditions, les accès, tout en perdant de leur intensité et de leur fréquence avec les progrès de l’âge, peuvent persister durant toute la vie. Lorsque la migraine dépend d’affections constitutionnelles incomplètement développées, elle cesse parfois quand les manifestations régulières de la maladie s’accentuent davantage; le fait n’est point rare chez les goutteux.

Le diagnostic ne présente aucune incertitude, mais il n’a d’utilité pratique qu’autant qu’il est complet; il faut dégager la cause de la névralgie, c est alors seulement qu’on peut la combattre avec quelques chances de succès.

Pendant 1 accès, il convient de s’abstenir de toute médication active: le repos, la tranquillité, voila tout ce qui est utile ; si le malade a soif, il peut faire usage d’une infusion de camomille, de fleurs d’oranger, ou tout simplement d’eau pure. Dans l’intervalle des paroxysmes, il faut chercher les indications dans les causes probables du mal ; la chlorose et l’anémie seront combattues parles amers et les reconstituants; les bains de nieront souvent alors une efficacité positive; si la migraine est liée â une dyspepsie

habituelle, c’est contre celle-ci qu’il faut diriger le traitement, en l’adaptant à la forme particulière de dyspepsie qui est en cause ; le quassia, les alcalins, les opiacés, la belladone, répondent aux indications les plus communes; parmi les eaux minérales, celles de Rippoldsau, de Marienbad, de Tarasp, sont celles qui rendent le plus de services; dans la migraine d’origine goutteuse, les. eaux de Vichy et de Karlsbad sont plus particulièrement utiles ; ces dernières, ainsi que celles de Kissingen, conviennent aussi chez les dyspeptiques hémorrhoïdaires qui présentent cette turgescence abdominale, ce développement exubérant du système veineux connus en Allemagne sous les noms de pléthore abdominale, dyscrasie veineuse, vénosité. La migraine est fréquemment unie à des manifestations morbides du côté de la peau, il convient alors de la combattre par les préparations arsenicales. Chez la femme, on se préoccupera avant tout de l’état de la menstruation, et l’on s’efforcera de la régulariser par des moyens appropriés. — Contre la migraine indépendante de tout état pathologique saisissable, bien des médicaments ont été proposés ; leur multiplicité même indique leur impuissance ; le café, la caféine et son citrate (dose, 20 centigrammes à 1 gramme), la valériane, la poudre de paullinia, sont les agents les plus utiles ; le sulfate de quinine réussit dans la migraine périodique, à la condition toutefois que la périodicité ne tienne pas au retour accidentellement régulier d’une cause occasionnelle telle que fatigue, écart de régime, etc. L’administration delà digitale unie au sulfate de quinine, soit à parties égales, soit dans la pi’oportion de 2 de quinine pour 1 de digitale, m’a paru plusieurs fois écarter et diminuer les accès; mais je n’ai pas encore observé de guérison complète. Guidé par la pathogénie, j’ai donné le bromure de potassium à hautes doses dans deux cas de migraine essentielle ; l’un des malades a guéri, l’autre a obtenu une amélioration notable; le moyen est d’autant plus digne d’attention que l’indication en est rationnelle. Eu Allemagne, quelques succès ont été obtenus par la galvanisation du sympathique au cou, et de la région cervicale (région ciliospinale) de la moelle (Benedikt, Eulenburg, Guttmann). En tout état de cause, le malade aura une vie sobre et régulière, il évitera les repas prolongés et copieux, les veilles tardives, les fatigues exagérées, surtout celles de la vue, et il aura soin d’avoir toujours le ventre libre. -— On a réussi parfois à faire avorter un accès imminent en stimulant l’estomac à jeun par l’ingestion d’un peu de vin, d’alcool ou de café, en déterminant une révulsion cutanée, ou en calmant l’excitation de la rétine et des nerfs de l’œil par des frictions faites sur les paupières avec une solution concentrée d’extrait de belladone (Piorry).

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