HIPERKINÉSIE DE L’ACCESSOIRE DE WILLIS
On donne les noms de lie convulsif ou rotatoire du cou et de la tête, de torticolis spasmodique à l’hyperkinésie des muscles innervés par la branche externe du spinal (1); la convulsion occupe le trapèze et le sterno-mastoïdien, parfois aussi le rhomboïde et l’angulaire de l’omoplate, qui reçoivent de l’accessoire des branches inconstantes. Comme la crampe mimique, la crampe cervicale revêt deux formes, elle est clonique ou tonique; c’est à celte dernière seulement que doit être appliqué le nom de torticolis spasmodique. La forme clonique est rare, l’étiologie en est obscure; on a mentionné les efforts nécessités par le soulèvement d’un fardeau trop lourd, la torsion brusque de la tête, sa compression prolongée dans un accouchement difficile; mais tout cela est fort douteux, et l’influence de la dentition est encore la cause la plus certaine. La forme tonique est plus fréquente; contrairement à la précédente, qui est observée surtout chez les enfants, elle apparaît à tout âge, et elle reconnaît pour causes principales l’impression du froid sur les nerfs sensibles du cou (crampe réflexe) et les lésions traumatiques ou pathologiques des
(1) Bell, Romberg, Hasse, toc. cil. — Bright, Medical Cases; 11. London, 1827. — Toulmouche, Arch. (jén. de méd., 1832. — Hutchinson, The Lancet , 1836. — Stromeyer, Beitrage %ur operativen Orthopédie. Hannover, 1838. — Dieffenbach, üurchschmidunq lier Sehnen und Musheln. Berlin, 1841. — Barton and Bennett, American Journ. of med. Sc., 1843. — N'ewnham, Journal für Kinderkrankheiten, 1850. — Ebert, Das kramphafte Kopfnicken der Kinder {Ann. d. Charitè-Krankenh., 1850). — G. Hirsch, Klinische Fragmente. Berlin, 1857. — Duchenne, loc. cit. et Bullet. de thérapeutique , 1860. — M. Meyer, Die Electricitiit in ihrer Anwendung, etc. Berlin, 1854. — Legouf.st, Union méd., 1861. — Bemak, Ueher Torticoliis {Oester. Zeits. f. prakt. Ueilk., 1863). — Schutzenberger, Observ. d’un cas de tic rotatoire de la tête (Gaz. méd. Strasbourg, 1867). — De Morgan, A Case in wliich severe spasmodic Contraction of cervical Muscles is produced bg Movement ( The Lancet, 1867).
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vertèbres cervicales supérieures. Dans quelques cas, la déviation spasmodique de la tète est congénitale; on ne sait alors, à vrai dire, si c’est le ■ nerf ou le muscle qui est primitivement intéressé.
La t#rme clonique est ordinairement unilatérale; la tète est entraînée par des secousses plus ou moins rapprochées dans le sens de l’action du muscle slerno-masloïdien, c’est-à-dire en bas et latéralement, de manière que l’occiput se rapproche de l’épaule du côté malade, et que le menton se porte en haut vers l’autre côté; si c’est l’action du trapèze qui domine, la tète est portée plus directement en arrière, l’épaule est soulevée en masse, ou bien elle tourne sur son axe antéro-postérieur; l’angle interne s’abaisse, tandis que l’externe s’élève; les nrïuscles convulsés se s dessinent à travers les téguments comme des cordons ou des plans rigides ou résistants. Au bout de quelques secondes, les muscles se relâchent, la tète revient à sa position naturelle, le paroxysme est terminé ; au début de la névrose, les secousses sont ordinairement assez éloignées, mais elles ne tardent pas à se rapprocher en augmentant de violence, et on les a vues se reproduire 22 lois (Bell), 30 fois (Hasse) dans une minute; la brutalité de ces convulsions est une cause de souffrance, leur répétition incessante empêche les mouvements de mastication et d’articulation, dont la simple tentative provoque un nouvel accès; dans cette situation désespérée, un des malades de Hasse a demandé au suicide le terme de ses maux. La convulsion cesse pendant le sommeil, et cela, même lorsqu’elle présente une extrême fréquence; ainsi, chez la jeune fille dont parle Romberg, l’oscillation de la tète était produite jusqu’à H fois en quinze secondes, et cependant la pause était complète une fois le sommeil obtenu; il est bon d’ajouter que ces malades sont tourmentés par des insomnies opiniâtres. L’hyperkinésie n’est pas constamment limitée à la sphère de l’accessoire, elle peut envahir le facial, la portion motrice du trijumeau ( crampe masticatoire ), les nerfs cervicaux, et même les branches collatérales du plexus brachial; dans un cas où les muscles scalènes étaient pris, Romberg a observé l’anesthésie et l’œdème du bras correspondant par compression du plexus et des troncs veineux. Quelques malades peuvent prévenir la convulsion en donnant un point d’appui solide à la tête, ou par un effort volontaire; ce phénomène est exceptionnel. La sensibilité reste parfois intacte, mais il n’est pas rare qu’il y ait une douleur spontanée, ou provoquée par la pression au niveau de 1 occiput et des apophyses épineuses cervicales. Lorsque ces convulsions unilatérales ont une fréquence et une intensité modérées, elles persistent sans inconvénient grave pour la santé générale, elles peuvent même s’atténuer et dis-
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paraître graduellement ; le pronostic ne devient sérieux que dans les cas où le désordre est assez violent pour causer l’insomnie et gêner l’alimen-
tatimi. La forme clonique bilatérale est propre aux enfants depuis
lïio-e de la première dentition jusqu’à la puberté; elle se manifeste par des mouvements rotatoires de la tête ou par une ilexion cadencée analogue aux oscillations rhytlnniques des magots chinois ( convulsions de salaam) ; les accès sont ordinairement éloignés les uns des autres, et s’ils ne durent pas au delà de quelques secondes ou une minute, ils laissent le petit malade aussi dispos qu’avant ; dans le cas contraire, le terme du paroxysme es amené par l’épuisement, et l’enfant s’endort. Avec ces crampes coïncident souvent le tic facial, le blépharospasme et le strabisme; on les a vues plusieurs fois cesser spontanément après l’achèvement de la dentition; mais le pronostic de cette forme est plus grave que celui de la précédente, parce que l’observation a établi que plusieurs des enfants ainsi affectés ont été pris d’épilepsie ou d’idiotisme.
La forme tonique ( capul obstipwn spaslicum ) occupe presque exclusivement le sterno-mastoïdien, elle est toujours bien moins accusée dans le trapèze; la déviation de la tête est celle qui a été décrite plus haut, mais elle est permanente bien que variable dans son degré. La signification de cette contracture change du tout au tout suivant les conditions de son développement; congénitale, elle est grave en ce sens qu’elle peut persister toute la vie, et déterminer la déformation atrophique du visage et du thorax du côté malade, une déviation de la colonne cervicale à convexité tournée vers le côté sain, et des courbures compensatrices de sens alternativement inverse dans la région du dos et des lombes. — La crampe réflexe produite accidentellement par l’impression du froid (torticolis simple) est le plus souvent transitoire, et disparaît après quelques jours de durée ; toutefois, on l’a vue devenir persistante et amener à la longue les mêmes désordres que la précédente. Cette variété est souvent marquée à son début par des douleurs vives dans la région cervicale, et les tentatives d’élongation du muscle sont extrêmement pénibles ; en outre, elles accroissent la contracture par excitation réfléchie. — Symptomatique d’une arthropathie cervicale, la convulsion tonique est un phénomène sémiologique de grande valeur qui révèle souvent avant tout autre symptôme la lésion des vertèbres; cette variété est caractérisée par la fièvre, par la douleur cervico-occipitale, par le gonflement, et plus tard par la déformation de la région cervicale supérieure, enfin par le développement plus ou moins rapide d’une paralysie succédant à la contracture. — On aura soin en tous cas de ne pas confondre ces crampes toniques par liyperkinésie du spinal avec les déviations mécaniques produites par les cicatrices vicieuses du cou.
TRAITEMENT
Dans les formes cloniques, la thérapeutique médicale ne compte guère que des insuccès; le carbonate de fer (Bright), le sulfate de zinc (Romberg), qui ont réussi une fois, ont échoué dans bon nombre de cas; la belladone, le chloroforme et l’éther n’ont pas eu d’effet utile; enfin l’électrisation, qui en quelques séances a donné à Moritz Meyer un succès complet, s’est montrée maintes fois inefficace. Le bromure de potassium n’a pas encore été employé, c’est le moyen le plus rationnel auquel on puisse avoir recours. Le traitement chirurgical n’est guère plus heureux ; la section de l’accessoire est très-difficile, et l’on n’y peut compter en raison de la participation possible des nerfs cervicaux que reçoivent les muscles animés par le spinal ; la section du sterno-mastoïdien est mieux indiquée, elle a réussi dans plusieurs cas, mais elle compte aussi plus d’un revers ; le malade de Dieffenbach, entre autres, n’en obtint aucun soulagement, quoique l’opération eût été plusieurs fois répétée. — Dans la forme tonique congénitale ou permanente, le traitement incombe à la chirurgie opératoire et à l’orthopédie ; dans celle qui est symptomatique d’une athropathie vertébrale, c’est cette dernière qui fournit toutes les indications thérapeutiques; enfin, dans la crampe réflexe accidentelle, sans méconnaître les avantages des embrocations huileuses, des applications de belladone, etc., je recommande avant tout les injections souscutanées de morphine, qui m’ont donné dans plusieurs cas des résultats extrêmement satisfaisants-