‹ Traité de pathologie interne (volume 5)Chapitre 96 sur 155 · CONTRACTURE ESSENTIELLE DES EXTRÉMITÉS · texte numérisé non relu

CONTRACTURE ESSENTIELLE DES EXTRÉMITÉS

ordinairement limitées aux membres, et comme elles n’intéressent pas en général l’ensemble des muscles de la région, il est rationnel de localiser l’hyperkinésie dans les cordons nerveux périphériques, et non pas dans le centre spinal. Dans d’autres cas moins fréquents, la crampe a une tendance non douteuse à la généralisation, à ce point qu’elle ne diffère du tétanos que par son début et par sa marche, et non plus par son étendue; il est rationnel d’admettre alors que l’excitabilité morbide siège dans la moelle elle-même. Comme la maladie a presque constamment une terminaison favorable, les faits anatomo-pathologiques ne sont pas nombreux ; mais, quelque restreints qu’ils soient, ils tendent à établir cette double modalité pathogénique, car il est question dans quelques cas d’hyperémie et d infiltration du névrilème, tandis que dans d’autres il est fait mention <1 altérations diverses du centre spinal, injection ou infiltration des méninges, ramollissement de la moelle. Il convient d’ajouter que des autopsies nombreuses ont démontré l’intégrité parfaite du système nerveux central et périphérique ; mais cela prouve simplement que la névrose n’est pas nécessairement accompagnée de lésions matérielles appréciables, cela ne dit rien touchant le siège physiologique du désordre.

La tétanie a son maximum de fréquence chez les jeunes gens de dix-sept à vingt-cinq ans; viennent ensuite les enfants d’un à trois ans, les adultes Mmt plus rarement atteints, à l’exception toutefois des femmes en couches et des nourrices, l’état puerpéral et la lactation constituant pour la contrac-

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ture une véritable opportunité. La maladie est primitive ou secondaire ^primitive, elle se montre chez des individus bien portants, et ne reconnaît d’autre cause certaine que l’impression du froid (tétanie a frigore dite rhumatismale); cette forme est assez rare chez les enfants ; secondaire, elle apparaît dans le cours ou à la suite d’un état morbide; parmi les affections disparates dont l’influence est constatée, les unes ont cela de commun qu’elles altèrent profondément la nutrition, et par suite les propriétés du système nerveux, tels sont le typhus, la fièvre typhoïde, le rhumatisme articulaire aigu, les fièvre éruptives, le choléra, le mal de Brighl; les autres semblent plutôt agir par le mécanisme réflexe, ce sont la dentition, les vers intestinaux, les troubles gastriques passagers (indigestion), la gravidité. Il est clair que dans ces cas-là c’est le centre spinal lui-même qui subit l’impression excitante, tandis que le siège périphérique est plus vraisemblable dans la tétanie a frigore. Au surplus, cette étiologie est mal assise encore, et il se pourrait bien que, dans les formes secondaires elles-mêmes, l’action du froid, surtout du froid humide, fût la cause déterminante efficace des accidents. On a vu la contracture sévir simultanément sur un certain nombre d’individus soumis aux mêmes influences atmosphériques et hygiéniques ; c’est surtout dans les asiles et dans les prisons que ces petites épidémies ont été observées.

SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC

Le début est rarement brusque; une sensation de fatigue et de brisement dans les membres, des aberrations de la sensibilité tactile (fourmillements, picotements), précèdent le spasme musculaire ; bientôt les mouvements des membres sont gênés par une roideur insolite, des secousses convulsives cloniques agitent les muscles menacés, et la crampe tonique s’établit; il n’est pas rare qu’elle coïncide avec des élancements douloureux dans la longueur des membres et dans les jointures, et même avec de véritables douleurs névralgiques. La contracture occupe d’abord les membres supérieurs, elle peut y rester limitée, mais elle envahit le plus ordinairement les membres abdominaux; à l’avant-bras elle siège, dans l’immense majorité des cas, sur les fléchisseurs, de sorte que le poignet est entraîné dans la flexion, et lesdoigts, fléchis dans les articulations métacarpo-phalangiennes, sont étendus ou fléchis dans les articulations phalangiennes, selon que les interosseux ou les fléchisseurs sont prédominants; à la jambe le spasme occupe les extenseurs, le pied est dans l’extension complète, les orteils sont fléchis vers la plante. La position de la main n’est pas toujours la même; lorsque lesdoigts sont étendus dans les articulations intei -phalangiennes, ils recouvrent le pouce qui est fléchi et ramené dans la paume de la main, c’est la variété la plus fréquente ; dans d’autres cas, les jointures phalan-

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