GANGRÈNE DE LA BOUCHE. — NOMA
SYMPTOMES ET MARCHE
L'invasion du mal est des plus msidieuses, parce qu’il débute sans douleurs par un symptôme objectif qui peut fort bien passer inaperçu : c’est un changement de couleur circonscerit, ou bien une vésicule qui se rompt rapidement; puis survient une ulcération inodore, grisàtre ou gris noirâtre, qui siège ordinairement à la face interne de l’une des joues, quelquefois sur le repli gingivo-buccal ou sur la gencive. Le caractère gangréneux de cette ulcération d'abord très-limitée se révèle par son extension rapide en surface et en profondeur, et par lodeur de Fhaleine; le plus souvent cette odeur est d'emblée franchement gangréneuse, dans quelques cas elle ressemble d’abord à celle de la stomatite mercurielle (Richter). Dès que l'ulcération est formée, la joue et la lèvre sont gonflées et œdémateuses, les ganglions s’engorgent, et un liquide salivaire d’abord, puis sanguinolent et gangréneux, s'écoule de la bouche, tandis qu’une partre est avalée par le malade avec des particules néerosées; cette auto-infection est pour une grande part dans la production de l'état général grave qui survient plus ou moins rapidement. Quand les choses en sont à ce point, avant tout changement de couleur à la peau, apparait au niveau de l’'ulcération, dans les couches profondes, un noyau d’engorgement de 1 à 2 centimètres de diamètre, au niveau duquel la peau devient tendue, luisante, comme huileuse ou marbrée; le gonflement et l’œdème précèdent d’un ou deux jours le développement de ce noyau, qui devance lui-même de vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures la formation de l’eschare cutanée; celle-ci survient du quatrième au septième jour, mais elle n’est pas constante, elle manque dans les cas légers ; à partir de son apparition, la gangrène, quand elle n’est pas arrêtée par un traitement énergique, fait des progrès rapides et produit les effroyables délabrements qui ont été indiqués dans le paragraphe précédent.
Dans les premiers jours de la maladie, l’état général peut rester bon, il est même des enfants qui gardent leur gaieté et leur appétit; mais avec les progrès du mal, et surtout sous l'influence de Fingestion des liquides buccaux, un état adynamique survient qui est caractérisé par l'abattement, la paleur de la face, la petitesse et la fréquence du pouls, souvent aussi par du délire nocturne; une diarrhée abondante témoigne par sa fétidité de l'action nocive exercée sur l'intestin par les débris gangréneux. La mort peut avoir lieu à ce moment-là, c’est-à-dire dans le cours ou à la fin du second septénaire, sans autre accident, par le seul fait des, progrès de la sangrène et de l’adynamie ; souvent elle est déterminée par une pneumonie qui est une complication extrêmement fréquente. Enfin, brsque les malades survivent jusqu'à l'élimination, ils peuvent être tués alors par
l'abondance de la suppuration et [a septicémie. — La guérison, toujours lente, est extrêmement rare; la maladie, d'après le relevé de Tourdes, est mortelle 73 fois sur 100.
L’œdème, le noyau d’engorgement, la rapidité des accidents, distinguent le noma de la STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE ; — le début par la muqueuse le différencie de la PUSTULE MALIGNE.
TRAITEMENT
Une bonne aération, une alimentation substantielle, le quinquina et le vin, sont les bases du traitement interne ; il est utile en outre de faire faire des lavages de la bouche avec une solution diluée de permanganate de potasse au 1/1000, afin de neutraliser l'odeur et de modifier les propriétés malfaisantes des liquides avalés par les malades ; on peut aussi, suivant la même indication, administrer le chlorure de soude ou la poudre de charbon ; dans un cas, la térébenthine employée comme topique a donné à Lange une guérison compiète. Mais il importe avant tout de limiter la marche envahissante de la gangrène, et, pour atteindre ce but, il faut circonscrire la partie morte par une cCautérisation profonde, soit avec le caustique de Vienne, soit plutôt avec le fer rouge; cette cautérisation doit toujours être pratiquée à une petite distance au delà de l’eschare.