CHAPITRE If
MORVE ET FARÇHN,.
GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.
Les solipèdes, surtout les chevaux, Les ânes et les mulets, sont sujets à une maladie virulente pouvant se développer spontanément, qui est anatomiquement caractérisée par des ÉRUPTIONS sur la peau et sur certaines muqueuses, surtout celle des voies respiratoires, par des EXSUDATS SPÉCI- FIQUES et par des COLLECTIONS PURULENTES dans le tissu cellulaire, les lymphatiques, les muscles et même certains viscères. Cette affection est désignée, suivant la localisation des lésions, sous les noms de farcin ou de morve (1).
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Séparées autrefois, ces deux formes morbides doivent être réunies aujourd'hui, et leurs diverses variétés peuvent être considérées comme des prédominances pathologiques, des modalités particulières d’une seule et même infection, produite par un virus unique, mais variable dans ses effets.
L'affection farcino-morveuse (equinia d'Elliotson) est contagieuse et inoculable dans toutes ses formes. Chez l’homme, elle est toujours le résultat d’une transmission, laquelle offre plusieurs modes.
La TRANSMISSION a lieu par inoculalion ou par infection. L'INOCULATION est produite par le contact accidentel de la peau dépouillée de Pépi-
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Le siége de l’inoculation est souvent le doigt ou la main, et la paille employée au pansement des chevaux en est fréquemment l'agent. L’inoculation peut reporter la maladie de l’homme non-seulement aux solipèdes, mais encore à certains autres animaux (boucs, brebis, chiens), ainsi qu’il
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résulte d'expériences aujourd'hui assez nombreuses. La transmission de l’homme à l’homme, relativement très-rare, a néanmoins déjà fait plus d'une victime.
L'INFECTION résulte de la cohabitation avec les chevaux malades; le plus souvent, il faut des rapports prolongés comme ceux que crée l'habitude de coucher dans les écuries, mais quelquefois il suffit d’une courte exposition au foyer toxique. Renault (d’Alfort) a institué des expériences dont les résultats sont peu favorables à l’idée de l'infection : il a forcé des chevaux sains à respirer, pendant plusieurs heures, à travers un tube, l'air expiré par des chevaux malades, imprégné par conséquent des vapeurs et des miasmes de l’exhalation pulmonaire de ces derniers, et au bout de ce temps les animaux sains n’ont point paru incommodés. Aucun accident ne s’est manifesté plus tard. Patellani, qui considère l’inoculation comme le seul mécanisme de la transmission, a cité le fait du gardien des chevaux morveux de l’école vétérinaire de Milan, qui occupait cette place depuis dix ans lorsqu'il fut atteint de la morve à la suite d’une inoculation à son petit doigt. (Cas analogues rapportés par Elliotson, Brusch, Bertrand de Landinières, etc.)
Malgré ces faits négatifs, la transmission médiate ne peut être révoquée en doute, car on a vu des individus sans aucune plaie, sans aucune écorchure, contracter la maladie pour avoir séjourné dans les écuries ou dans les infirmeries de chevaux morveux ; mais la voie de cette infection nous échappe complétement.
Sans qu'il soit permis de formuler une proposition absolue, on peut dire cependant que la morve est surtout produite par infection, et le farcin par inoculation.
Toutes les formes de la maladie sont transmissibles, et la transmission ne se fait pas toujours avec similitude de la forme. Un même cheval, au rapport de Christen, infecta trois individus : le premier fut pris de farcin chronique, le deuxième et le troisième furent atteints de morve aiguë; tous les trois sont morts. — La morve et le farcin aigus peuvent, après transmission, revêtir la forme chronique, ou au contraire celle-ci peut devenir aiguë en se communiquant. Les cas de morve et de farcin aigus sont même pour la plupart engendrés par la forme chronique du cheval, ce qui tient à la grande fréquence du contact avec des animaux atteints de morve chronique, et employés tous les jours à divers travaux, malgré les prescriptions réglementaires (Tardieu). — De nombreuses expériences ont prouvé que le virus dit farcineux est absolument identique au virus morveux; qu'en inoculant la matière des lésions farcineuses on produit tantôt la morve, tantôt le farcin, et que, par linoculation du liquide morveux, on fait naître indifféremment l’une ou l'autre de ces formes.
De ces modes de transmission résulte le danger inhérent à certaines
professions (vétérinaires, palefreniers, cochers, garçons d’écurie, équarisseursiMetch):
La morve parait se développer également bien sur toutes les constilulions ; mais elle est très-rarement observée dans le sexe féminin. Ce fait mériterait à peine d’être mentionné, puisqu'il n’y a guère que les hommes qui soient appelés à soigner les chevaux, si, d’un autre côté, quelques auteurs (Schilling, Saussier) n'avaient trouvé dans leurs expériences les femelles des chiens et des lapins moins aptes que les mâles à contracter la maladie par voie d’inoculation.
La durée de l'INCUBATION varie suivant le mode de transmission. Lorsque linoculation à eu lieu, la maladie se développe avec rapidité; elle est consu.uée en un lemps très-court, quelquefois en vingt-quatre heures, plus ordinairement en quatre ou cinq jours, au bout desquels se manifestent les premiers accidents locaux. Dans le cas d'infection, Pincubation peut être très-longue, surtout pour la morve. — Quelle est la nature du virus morveux? quel est le principe de sa virulence? Les récentes recherches de Chrestot et de Kiener, si elles ne résolvent pas complétement la question, peuvent du moins l’éclairer; ces observateurs ont trouvé chez l'homme et chez les animaux atteints de la maladie farcino-morveuse des bactéries dans les liquides et dans les organes. Relativement peu nombreux et peu développés dans le sang, les infusoires sont, au contraire, très-abondants et de plus grande dimension dans les glandes vasculaires sanguines et dans les produits pathologiques. Les infusoires trouvés dans ces liquides appar- Hennent à deux variétés : 1° des granulations sphériques de diamètre variable, homogènes, animées d’un mouvement gyratoire rapide et d'un mouvement de translation suivant des courbes variées ; 2° des bâtonnets animés tantôt d’un mouvement de vibration sur place, tantôt d’un mouvement de vibration et de translation rectiligne ou curviligne; ces derniers ont des mouvements plus lents. La présence des bactéries est habituellement accompagnée de leucocytose, et, dans certains cas, l'augmentation numérique des globules blancs atteint un chiffre considérable (un globule: blanc pour six hématies).
Ces recherches viennent à l'appui de la théorie de Chauveau, qui s’est efforcé d'établir que l’activité des virus réside exclusivement dans les organites ou corpuseules élémentaires en suspension dans les humeurs. Pour le prouver, il prend 10 grammes de pus de l’abcès d’un cheval atteint de morve aiguë, et, après avoir lavé les globules quatre à cinq fois dans 900 grammes d’eau distillée, il les recueille sur un filtre et ül les fait sécher. Inoculés ensuite, ces corpuscules donnent la morve, tandis que le liquide dans lequel ils ont été lavés ne produit rien. L'expérience parait concluante, et démontre que c’est bien dans les éléments figurés que réside le principe de la virulence. Or, de tous les liquides virulents, le plus remarquable, sous le point de vue de la richesse cellulaire, est le
pus des abcès pulmonaires du cheval atteint de morve aiguë. Les éléments virulents y sont si nombreux qu'ils communiquent à l’eau une teinte opalescente.
D'un autre côté, Langenbeck, depuis plusieurs années déjà, a eru voir dans l’exsudation nasale de la morve des végétaux microscopiques qui pourraient bien être semblables à ceux qu'a produits Hallier d’'Iéna avec les matières de la morve équine; ce microphyte, par parenthèse, ne différerait en rien de celui de la syphilis chez l'homme. Ce ne sont là que des faits à l’étude; l’origine parasitaire de la morve et des autres maladies zymotiques est vraisemblable, mais une affirmation n’est pas possible tant qu'on n'aura pas résolu cette question préalable : les bactéries et les microphytes sont-ils la cause de l'infection, ou bien n’en sont-ils que des effets contingents et secondaires ?
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
La maladie fareino-morveuse, comme la syphilis et la tuberculose, présente DEUX ORDRES DE LÉSIONS : les unes sont purement inflammatoires, suppuralives, les autres sont constituées par des nodules spéciaux. On à longtemps considéré ces derniers comme de simples dépôts, comme des sécrétions ou des exsudats venant d’un sang altéré; Virchow a démontré que ce sont essentiellement des productions néoplasiques résultant de la prolifération de tissus préexistants, mais qu'il peut y avoir occasionnellement des formes simplement inflammatoires, et même des formes exsudatives.
La lésion élémentaire et typique de la morve apparait sous forme de nodosités ou plus exactement de NODULES, qui se rapprochent des gommes syphilitiques et des granulations tuberculeuses, en ce qu'ils contiennent une masse opaque, sèche, d'un jaune blanc; ils s’en distinguent cependant en ce que les cellules sont souvent assez grandes, qu’elles se rapprochent des globules du pus ou se transforment directement en pus. Dans leur évolution régulière, les nodosités superficielles s’'ulcèrent, tandis que les profondes s’abcèdent.
Les granulations morveuses du cheval (tubercules morveux des vétérinaires) présentent, d'après Cornil et Ranvier, des caractères constants qui sont identiques avec ceux des granulations tuberculeuses de l'homme. Elles sont formées de petites cellules au sein d’une substance finement fibrillaire ; les éléments cellulaires s’atrophient au centre des nodules, et, d’après ces habiles micrographes, il serait absolument impossible de distinguer l’un des produits de la morve équine d’une eranulation tubereuleuse humaine. Aussi s’étonnent-ils de ce que Virchow ait rangé les tubereules parmi les produits Iymphatiques, et la morve parmi les tumeurs
de granulations (granulomes). — Cette question de l’analogie entre les eranulations tuberculeuses, les gommes syphilitiques et les granulations morveuses a pris de nouveau un puissant intérêt depuis que Villemin a montré l’inoculabilité de la tuberculose, qui se rapprocherait par là des deux autres maladies virulentes.
Dans un travail récent, Filet à émis une théorie toute nouvelle qui se rapproche de ces vues. Pour lui, € la morve et le farcin aigus ou chroniques sont la manifestation d’une même maladie, qui consiste essentiellement dans des hyperplasies multiples du système lympho-connectif, dans des lymphomes tuberculeux absolument identiques aux granulations tuberculeuses de l’homme. Elle peut se transmettre par contagion, mais prend surtout naissance spontanément, dans les conditions qui engendrent la misère physiologique. La cause et la lésion de la morve et de la tuberculose sont identiques : les différences des symptômes tiennent aux différences des espèces. La morve (chez le cheval), la pommelière (chez la vache), la tubercalose (chez l’homme et le singe), sont des faces différentes de la même affection, de la tuberculose proprement dite. — Chez l’homme en contact avec les chevaux morveux, aucun accident ne se produit dans l'immense majorité des cas. Les faits de soi-disant morve aiguë cités jusqu'à ce jour paraissent devoir être rapportés à l'infection purulente. — Enfin l’inoculation de la morve semble pouvoir déterminer chez l’homme l’évolution de la tuberculose ». L'auteur à basé Ia plupart de ces conclusions sur un cas de morve aiguë observé dans le service d’'Hérard par Carville et Cornil. L’examen microscopique fait par ce dernier ne lui a rien montré qui ressemblàt aux lésions de la morve équine. Chez cet homme, en effet, les petites nodosités du poumon, de la trachée et du larynx, au lieu de reproduire la structure des granulations morveuses du cheval, ressemblaient à des productions inflammatoires consécutives à une infection purulente. Le larynx et la trachée présentaient simplement de petits abeès sous-muqueux; et le poumon, des nodules de pneumonie lobulaire métastatique. Les pustules de la peau ne différaient pas sensiblement de celles de la variole, la suppuration diffuse du tissu cellulaire sous-cutané était identique à celle du phlegmon, et les abcès des muscles n'avaient rien de spécial. Ces données encore incomplètes pourraient, en se généralisant, modifier singulièrement les opinions anciennes, que tous les auteurs se complaisent à reproduire fidèlement sur la foi de leurs devanciers. Cest à cette cause, jointe à l'insuffisance des recherches et aussi à la rareté même de la maladie, que l’on doit attribuer l'obscurité et la confusion qui règnent encore sur ce sujet.
Chez l'homme, comme chez le cheval, l'affection farcino-morveuse peut débuter par une tumeur et un ulcère primitif (chancre farcineux), bientôt suivi d’une traînée de lymphangite et accompagné d'abcès et de suppurations aiguës ou chroniques qui laissent écouler un pus séreux. Ces lé-
sions de la peau, du tissu cellulaire, des ganglions et des vaisseaux lymphatiques, constituent le farcin aigu et chronique. — La morve, qui peut être aussi aiguë ou chronique, est la localisation de la même maladie dans les fosses nasales, dans le larynx, la trachée, les poumons et les autres viscères.
LÉSIONS DE LA PEAU (exanthème morveux ; farcin cutané, V irchow). — Les éruptions cutanées de la morve aiguë ont été étudiées avee grand soin par Elliotson et Rayer. Les papules, qui sont d’un rouge vif pendant la vie, sont, après la mort, blanches et dures, et en les incisant on les trouve formées par un épaississement jaunâtre et une injection des couches les plus superficielles du derme (Foliin). Quant aux pustules, elles proviennent, selon Virchow, des nodules morveux développés dans le tissu même de la peau. Ces pustules, d’abord d’un petit volume, ne différent pas sensiblement de celles de la variole. Au début, les globules du pus naissent aux dépens du corps muqueux de Malpighi. Le liquide puriforme de ces pustules renferme de nombreux globules purulents légèrement granuleux. Sur une coupe de peau dureie dans l'alcool on voit parfois une foule de leucocytes infiltrés dans les aréoles les plus superficielles du derme, immédiatement au-dessous de la couche papillaire. Si le processus est plus avancé, les papilles elles-mêmes se remplissent de pus; ces dernières sont peu à peu détruites, et il en résulte un petit abcès cutané épidermique qui, dans certains cas, peut envahir les glandes sudoripares voisines (Wyss, Sommerbrodt). — Dans le cas de Cornil, le corps muqueux de Malpighi était transformé en un tissu aréolaire à mailles perpendiculaires aux papilles, et contenant des globules de pus. Les couches épidermiques conservées présentaient de distance en distance un état vésiculeux des cellules. Dans ces parties de la peau il y avait eu d’abord des pustules qui, après avoir débuté par une formation de globules de pus dans le corps muqueux, avaient, en s’agglomérant et en s'étendant en profondeur, transformé la peau en un phlegmon. Cette éruption pustuleuse a une grande analogie de structure avec le bouton farcineux des chevaux. Chaque pustule consiste en une masse assez solide, tenace, d'un blanc foncé ou d’un jaune blanchâtre, déposée dans les mailles du derme et recouverte simplement par l’épiderme. A leur début les pustules de la morve ne sont pas ombiliquées ; mais plus tard elles prennent parfois ce caractère. Dans ce dernier cas, le liquide sous-épidermique est sorti à travers l’épiderme perforé, et après son expulsion cet épiderme est venu adhérer à la partie excavée du derme, de façon à produire un ombilic. Quelquefois on trouve des groupes de tubercules morveux sur lesquels se développent de grandes cellules épidermiques soulevées par des liquides hémorrhagiques. Ces bulles, assez analogues à celles du rupia, et disséminées au milieu des pustules, renferment une sérosité roussàtre ou noire, sanguinolente ; elles laissent après leur rupture une croûte épaisse et noiràtre.
LÉSIONS DU TISSU CELLULAIRE. — Le farcin cutané peut atteindre tousles points de la peau, mais il se montre surtout au cou ou à la poitrine, quelquefois aussi à l'abdomen et aux extrémités. Il donne lieu alors à une tuméfaction considérable, mal délimitée, qui siége dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans le derme. Ces boutons farcino-morveux peuvent atteindre le volume d’une noix et même celui d’un œuf de pigeon. Souvent ils persistent longtemps, et disparaissent spontanément tant qu'il s'en produit de nouveaux sur d’autres points (farcin volant) ; d’autres fois ils se ramollissent, s'ouvrent et donnent lieu à des ulcères farcineux à sécrétion séreuse et de mauvaise nature (Pruner). L'examen microscopique montre une prolifération cellulaire abondante, qui s'étend quelquefois jusqu'aux cloisons celluleuses intermusculaires (Ravitsch). — Les suppurations du tissu cellulaire se présentent rarement en infiltrations diffuses; le plus souvent elles affectent la forme de foyers limités renfermant tantôt du pus jaunâtre, tantôt une bouillie rouge-foncé ou brun-noiràtre, mêlée de détritus cellulaires et parfois de véritables bourbillons. Rarement ces foyers sont circonserits par une pseudo-membrane de nouvelle formation (Virchow). — Dans la forme chronique, il n’est pas rare de voir, au niveau des points où existait un engorgement œdémateux, et particulièrement autour des articulations, le tissu cellulaire infiltré de sérosité gélatineuse ou de pus.
LÉSIONS MUSCULAIRES. — Les muscles le plus souvent atteints sont le biceps, les fléchisseurs de la cuisse, les grands droits de l'abdomen et les pectoraux (C. Küttner); Virchow dit avoir constaté des altérations sur la presque totalité du système musculaire. Les lésions sont constituées par les granulations morveuses, primitivement déposées dans le issu conjonctif intermusculaire, et donnant ensuite lieu soit à de simples abcès, soit à des foyers hémorrhagiques ou nécrobiotiques. En général de petit volume, et comme miliaires, les abcès musculaires peuvent atteindre les dimensions d’une noix.
Les petits abcès musculaires examinés par Cornil, après dureissement dans l’acide chromique, montraient sur une section, dans toute leur zone périphérique, un épanchement de globules rouges entre les fibres musculaires. Celles-ci avaient été. dissociées et comprimées par le sang; de telle sorte qu’elles étaient à ce niveau en dégénérescence cireuse, converties, de distance en distance, en gros blocs réfringents. Dans la partie centrale des abcès il y avait des globules de pus mêlés au sang en très-grande quantité. — Dans les abcès plus volumineux, les muscles étaient au milieu du pus, dissociés, en dégénérescence cireuse et graisseuse. Ces derniers ne renfermaient que des globules de pus et pas de sang (Filet).
LÉSIONS DE L'APPAREIL LYMPHATIQUE. — Les vaisseaux lymphatiques sont très-souvent altérés (lymphangite farcineuse); leurs parois s’épaississent, le tissu connectif ambiant prolifère (périüymphile, Virchow), et
produit à son tour des nodosités qui donnent au vaisseau l'apparence moniliforme, — Des parois des vaisseaux lymphatiques l'inflammation peut se propager à la peau avoisinante, et donner lieu à un érysipèle à tendance gangréneuse. Les ganglions lymphatiques sont, dans plusieurs régions, rouges et tuméfiés ; les ganglions sous-maxillaires ne paraissent pas être plus spécialement affectés que les autres ; ceux de l’aisselle et de l’aine sont le plus fréquemment atteints dans le farcin chronique. Lorsqu'il existe des ulcères dans les voies aériennes, les ganglions bronchiques peuvent augmenter de volume, se ramollir et même suppurer (Tardieu).
Les inflammations veineuses sont beaucoup plus rares chez l'homme que chez le cheval; cependant on a plusieurs fois observé la phlébite des membres (Vigla, Burguières, Eck), celle des veines caves et sous-clavières (Bourgard).
LÉSIONS DES FOSSES NASALES. — La muqueuse nasale, comme le dit Virchow, est l’atrium du virus morveux ; elle est le siége primitif et le foyer habituel de l'infection. La surface de la pituitaire est recouverte d’une couche épaisse, visqueuse, jaunâtre, colorée çà et là par du sang, humide sur certains points, desséchée sur d’autres. C'est dans ce muco-pus composé de globules purulents unis à des cellules épithéliales et à des corpuscules sanguins, que Langenbeck a signalé le microphyte dont j'ai parlé. La muqueuse hyperémiée, épaissie, présente à sa surface de légères élevures jaunâtres, arrondies, isolées, ou agglomérées et confluentes. Ces petites nodosités (granulations morveuses), d'abord miliaires, atteignent le volume d’un grain de chènevis ou d’un pois, et produisent, en sé ramollissant, de petites ulcérations arrondies ou irrégulières, grisätres, parfois longueuses, disséminées sur divers points des fosses nasales. Ces lésions, Surtout marquées sur la cloison et sur les cornets inférieurs, envahissent aussi les sinus frontaux et maxillaires.
Dans quelques points on trouve de grands ulcères à bords rongés, à fond inégal, le plus souvent recouverts d’une sécrétion sanieuse; c’est surtout dans la morve chronique qu'ils sont observés. Ces ulcérations sagnent en étendue et en profondeur, et atteignent ainsi les cartilages et les os, qui, mis à nu, se carient et se nécrosent ; de là des perforations de la cloison, à bords mousses et amincis, parfois entourés d’un bourrelet saillant et fongueux. De semblables désordres ont également été con- Stalés dans le sinus maxillaire. — Outre cette première forme, il existe une affection diffuse de la muqueuse qui présente plutôt les caractères d’une inflammation commune. Sous l'influence d’une hyperémie hémorrhagique très-intense, la pituitaire est boursouflée, et il se forme ou bien des tumeurs transparentes comme produites par un œdème gélatineux, ou des tuméfactions dures, calleuses, quelquefois même sclérosées (Ra vitsch); c'est cet état que Liesing appelle l'infiltration morveuse, par
JACCOUD. — Path int, 6° édit. un. — 60
opposition à la première forme de lésions, qu'il désigne sous le nom de morve luberculeuse. — La MUQUEUSE BUCCALE, la base de la langue, les amygdales, le voile du palais, la voûte palatine, participent souvent à ces altérations.
LÉSIONS DES VOIES. RESPIRATOIRES. — La muqueuse du larynx, de la trachée et des bronches, d'une rougeur uniforme assez foncée, ou plus souvent pâle et ramollie, présente parfois une éruption étendue de petites granulations morveuses analogues à celles de la pituitaire. La morve chronique est caractérisée par des ulcérations du larynx et de la trachée, affectant de préférence la partie sous-glottique du conduit aérien et siégeant à sa face antérieure; elles peuvent acquérir une étendue très-considérable et pénétrer jusqu'aux cartilages, et elles ont une tendance remarquable äse cicatriser spontanément. Aussi trouve-t-on dans les voies aériennes des cicatrices très-étendues formant des brides fibreuses résistantes, qui peuvent déterminer le raccourcissement et la déformation de la trachée (A. Tardieu).
Cornil, qui à étudié dans un cas de morve aiguë les altérations laryngotrachéales, en donne la description suivante : € Après avoir fait durcir dans l'alcool ces muqueuses, j'ai étudié les granulations et les plaques saillantes sur des coupes perpendiculaires à la surface. Les petites granulations du larynx étaient recouvertes par des couches d’épithélium devenu muqueux, vésiculeux, et des globules de pus formant un magma blanchätre, opaque. Au-dessus existe une couche de petites cellules prismatiques implantées perpendiculairement à la surface du chorion muqueux. Celui-ci est limité par la couche homogène hyaline normale. Dans les points malades, le chorion était épaisst par la formation de nombreuses pelites cellules en rangées parallèles, et résultant bien évidemment de lhyperplasie des cellules du tissu conjonctif, Le relief des granulations et ilots saillants du larynx et de la trachée était constitué par la chute et la disparition de lépithélium, et par l'hyperplasie des cellules du tissu conjonetif. Dans les glandes, multiplication des cellules épithéliales. Sur les parties ulcérées de la muqueuse, l’ulcération était causée par la chute complète de l’épithéliam et par la suppuration et la destruction de la partie la plus superficielle du chorion muqueux. »
Les lésions pulmonaires, quelquefois très-rapides dans leur évolution, impriment à la maladie une marche particulière (morve pulmonaire). Elles cousistent en une infiltration diffuse de granulations morveuses dans le tissu interalvéolaire, ou dans le tissu sous-muqueux; ces dernières entrainent une destruction rapide du parenchyme (Kühmer). Le poumon, examiné à l'état frais ou après dureissement dans l'acide picrique, présente une foule de petits îlots gris, jaunâtres, durs ou ramollis, ressemblant, à s’y méprendre, à des foyers circonscrits de pneumonie lobulaire ; lexamen microscopique montre les alvéoles pulmonaires remplis de petits
noyaux et de détritus granuleux, sans globules de pus. Autour de ces loyers pulmonaires on trouve une zone dans laquelle les alvéoles sont pleins de sang et les petits vaisseaux obstrués par des coagula (Sommerbrodt). Dans certains cas, les foyers pulmonaires atteignent des dimensions très-considérables (celles d’une noix ou même d’une orange), se ramollissent, et ressemblent beaucoup alors aux grands foyers de l’infiltration tuberculeuse.
La plèvre offre parfois des traces d'inflammation, soit pseudo-membraneuse, soit purulente.
LÉSIONS DES OS ET DES ARTICULATIONS. — Le périoste, au niveau des abcès et des ulcères de la morve ou du farcin chronique, est tuméfié, injecté, décollé ou complétement détruit, et les os sont mis à nu. La surface osseuse correspondante est souvent hérissée d'ostéophytes; le tissu Spongieux est infitré de sang ou de pus, ramolli ou envahi par la carie; cette altération peut aller jusqu’à la perforation sur les os plats. Virchow a observé une ostéo-myélite très-grave.
Les articulations, principalement celle du genou, présentent des lésions variées : les synoviales sont injectées ou infiltrées de sang, la cavité articulaire est pleine de pus sanieux ou de sérosité purulente. Dans un cas, Saussier a trouvé un abcès au milieu des ligaments croisés du genou,
LÉSIONS DES AUTRES ORGANES. — Le tube digestif ne présente que des lésions accessoires et inconstantes telles qu'une injeclion et une inflammation assez vives de la dernière portion de l'intestin. La rate peut être augmentée de volume et diminuée de consistance, comme dans les maladies typhiques.
Dans les formes aiguës, il n’est pas rare d'observer des localisations sur différents viscères, les reins, la rate, l'intestin, le testicule (sarcocèle forcineux, Virchow), le foie (hépatile morveuse, Sommerbrodt).
SYMPTOMES ET MARCHE
Les diverses modalités de l'infection farcino-morveuse doivent être décrites séparément, car c’est principalement sur leur mode d'invasion et la diversité des localisations morbides que repose la distinction des quatre formes suivantes : 1° farcin aigu ; — 2 morve aiguë; — % farcin chronique; — 4° morve chronique. Cette dernière n’est Jamais consécutive à la forme aiguë, elle se montre presque toujours secondairement dans le farcin chronique.
L. Farein aigu. — Le farcin aigu est caractérisé par des angioleucites suppurées ; par des abcès qui tendent vers l’ulcération ; par une éruption pustuleuse et gangréneuse; par une altération profonde de la constitution. Il diffère de la morve aiguë par l'absence du Jetage nasal. Le processus
symptomatique varie suivant que les phénomènes locaux sont primitifs ou que les troubles généraux apparaissent d'emblée.
Dans le premier cas, lorsque la maladie est produite par inoculation directe, la blessure sur laquelle a été introduite la matière virulente ne se cicatrise pas, elle fournit un pus de mauvaise nature, ses bords se renversent, et bientôt elle se transforme en un ulcère blafard; les vaisseaux lymphatiques du membre s’enflamment, les ganglions deviennent gros et douloureux. Au bout de peu de temps, on voit divers points de ces ansioleucites se tuméfier, se ramollir et donner lieu à de véritables abcès. Dans quelques cas la piqüre est l’origine d’une phlébite ou d’un érysipèle phlegmoneux.
L'inoculation peut borner ses effets à ces accidents locaux, semblables à ceux que produisent les piqüres anatomiques, comme Graves l'avait déjà fait remarquer. Ils s’en distinguent cependant en ce qu'au lieu dapparaitre le lendemain de la blessure ou le jour même, comme dans ce dernier cas, ils ne se montrent que trois, quatre et même cinq jours après l'inoculation. Cette angioleucite farcineuse aiguë, accompagnée de troubles généraux modérés, el sans éruption, se termine soit par la guérison, soit en passant à l'état chronique; et le plus souvent elle donne lieu à des abcès qui s'ouvrent, s’ulcèrent et se reproduisent avec une désespérante ténacité. Mais si le pus morveux est très-virulent, ou s’il franchit le territoire lymphatique dans lequel il était primitivement confiné, les accidents locaux sont suivis d’une infection septique promptement mortelle.
Lorsque le farcin débute par des phénomènes généraux, le malade éprouve de légers frissons, de la céphalalgie, de l’anorexie, des nausées, un sentiment de faiblesse générale, de l’insomnie, du délire même, des douleurs quelquefois très-violentes dans les muscles et dans les articulations. Ces douleurs ont habituellement leur siége dans les membres inférieurs, dans les masses musculaires de la poitrine et du cou. La fièvre apparaît; le pouls est plein et fort, la peau chaude et sèche, la langue blanche, le visage coloré, les urines sont rares et sédimenteuses.
La seconde phase du farcin aigu est constituée par la généralisation des collections purulentes. Après quelques jours, on voit se former sur divers points du corps, et spécialement sur les membres, de petites tumeurs, molles, pâteuses, peu saillantes et légèrement douloureuses; ces tumeurs, qui deviennent d'un rouge violacé, ne tardent pas à s'ouvrir et laissent écouler en petite quantité un pus sanguinolent et glutineux. Quelquefois ces abeès aboutissent à la gangrène, plus souvent ils sont le point de départ d'angioleucites secondaires: En même temps, de véritables abcès phlegmoneux plus étendus envahissent le tissu cellulaire.
Après un temps qui varie d'une à quatre semaines, une éruption culanée, que l'on a comparée à celle du vaccin, apparaît sur un grand nombre de points (stade d’éruption); ce sont de petites élevures assez
saillantes entourées d’une aréole rouge, comme un furoncle; elles s’abcèdent aussi et s’ulcèrent. Le nombre de ces boutons peut être très-considérable : on en a rencontré, chez un même malade, sur les paupières, le nez, les lèvres, la poitrine, dans les aisselles, aux quatre membres, sur le prépuce et sur le gland (Comp. de médecine).
Les boutons farcineux forment dans le tissu conjonctif sous-dermique et dans les muscles, tantôt une infiltration diffuse avec inflammation de voisinage, tantôt des tumeurs circonscrites, dures ou pâteuses, exemptes de douleurs. Quelquefois le contenu de ces boutons est résorbé; plus souvent la peau qui les recouvre subit une ulcération ou une fonte gangréneuse, Ces phénomènes sont accompagnés de symptômes généraux graves, indices de l'intoxication septique, et préludes d’une fin prochaine qui est précédée de délire et de coma.
La mort peut survenir dès les premiers jours, mais le plus souvent elle a lieu vers la troisième semaine; d’une manière générale, la durée du farein aigu est plus longue que celle de la morve aiguë. — Les seuls cas de guérison qui ne puissent pas être mis en doute sont ceux dans lesquels la maladie est bornée à l'angioleucite farcineuse.
Il. Morve aiguë. — La morve aiguë présente les symptômes généraux de la forme précédente, mais elle s’en distingue par les localisations nasales et laryngo-bronchiques. La morve aiguë est très-souvent la terminaison de la morve chronique ou du farcin, mais elle survient aussi d’emblée. L’angioleucite est rare au début; dans la majorité des cas, les troubles généraux ouvrent la scène,et il semble que le poison à immédiatement agi sur le sang, sans rencontrer les barrières que les Iymphatiques lui opposent parfois dans le farcin aigu. La maladie est, pour ainsi dire, primitivement généralisée; c'est une septicémie aiguë presque soudaine dans son début, rapide dans sa marche, fatale dans ses effets.
STADE DES PRODROMES, période arlhralgique. — Les phénomènes généraux du début n'ont rien de caractéristique, ils ressemblent aux prodromes de toutes les pyrexies infectieuses, et parfois à ceux de l'infection purulente : fièvre d’abord modérée, avec frissons prolongés ou répétés, céphalalgie violente, parfois épistaxis dès le premier jour (Saussier), faiblesse générale, anorexie, nausées, vomissements, diarrhée, À ces symptômes s'ajoute bientôt un phénomène constant, qui a servi à caractériser cette période, ce sont de violentes douleurs articulaires et musculaires; ces arthralgies et ces myodynies, rapprochées des renseignements anamnestiques, permettent de saisir de bonne heure la vraie signification de l’état général.
STADE D'ÉRUPTION, période des localisations morbides. — Une rougeur érysipélateuse apparaît le plus souvent à la face, sur le nez, sur les paupières et sur le front, ou au voisinage des articulations; sur la conjoncetive il n'est pas rare d'observer un chémosis séro-purulent. L'érysipèle est un
des phénomènes les plus constants de la morve aiguë; œdémateux aux paupières, 1l est plutôt phlegmoneux et gangréneux à la face et sur les autres parties du corps. Dans ce dernier cas, des taches violettes et noïràtres, des phlyctènes remplies d’une sérosité sanguinolente, ne tardent pas à se former; les paupières restent closes et laissent suinter une maüère puriforme; la face prend ainsi un aspect tout particulier, qui est rendu plus repoussant encore par l’apparition de pustules d’abord discrètes, mais qui, dans certains cas, peuvent devenir aussi confluentes que dans la variole (pustules de Colles). Ces pustules phlyzaciées se dessèchent et se recouvrent de croûtes épaisses ; à côté d'elles se développent des bulles pemphigoïdes, bientôt remplies de sérosité sanieuse, et laissant des ulcérations profondes après leur rupture. L’éruplion morveuse peut rester bornée à la face, mais le plus souvent elle se généralise et le corps tout entier peut en être couvert; ce n’est que très-exceptionnellement qu’elle fait défaut (Tessier, de Puisaye).
En même temps, ou plus souvent avant l’éruption, on constate déjà un notable enchifrènement; la voix devient nasonnée, la respiration s’'embarrasse, le malade tousse un peu et accuse dans le nez une chaleur et une gêne insolites. Ce coryza morveux est caractérisé par le suintement incessant d’un liquide ténu, opaque, blanchâtre ou visqueux, mêlé de Ié-oères stries de sang; ce suintement est bientôt suivi d’un abondant écoulement de matière d’abord muqueuse, puis jaunâtre, puriforme, sanguinolente, fétide et ichoreuse, qui constitue le jetage. L'inspection montre à l’orifice des narines la pituitaire rouge, enflammée, boursouflée, couverte de pustules et d’ulcérations. Quand l’écoulement se fait par l’orifice externe des fosses nasales, les produits du jetage se dessèchent et s’attachent au pourtour des narines et sur la lèvre antérieure, où ils forment d’épaisses croûtes noirâtres; si le malade reste dans le décubitus dorsal, les matières muco-purulentes s’amassent dans les fosses nasales et tombent dans le pharynx. La muqueuse de la base de la langue, le voile du palais, les amvygdales présentent les mêmes pustules; elles sont également corrodées par l’ichor, prennent une teinte rouge-foncé et se couvrent deschares et d’ulcérations. Ces lésions déterminent une certaine gêne dans la déglutition et une sensation de constriction dans larrière-gorge ; elles sont souvent accompagnées de l'écoulement spontané ou de lexpuition d’une bave écumeuse et sanguinolente (Mackenzie). La dyspnée, la toux et les ràles muqueux et sibilants, l'expectoration de crachats mousseux, fétides ou rouillés, révèlent les déterminations bronchiques et pulmonares.
NTADE ULTIME, période lyphoïde. — La fièvre persiste pendant toute la durée de lévolution éruptive, mais à mesure que les localisations morveuses s’accentuent et s'étendent, le mouvement fébrile est de plus en plus intense, le pouls s'accélère (110-126), mais devient petit, irrégulier,
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