‹ Traité de pathologie interneChapitre 114 sur 134 · CURE · texte numérisé non relu

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mou, dépressible. La température s'élève notablement et présente un type franchement rémittent avec exacerbations vespérales très-marquées. L’amplitude des oscillations est telle que l'écart des températures quotidiennes dépasse un degré et peut même aller jusqu'à 2 (voyez fig. 85). La respiration devient laborieuse et haletante; les inspirations montent à 40 et 44 par minute; la peau se couvre de sueurs froides, profuses, d’une odeur nauséabonde toute particulière (Alexander, Williams, Lunier). La langue est noirâtre, les dents sont fuligineuses, l'haleine est fétide, l’abdomen météorisé ; il y a des évacuations alvines abondantes et souvent mvolontaires; la prostration est extrème, l’adynamie profonde; un délire vague, qui devient bientôt continu, s’ajoute à tous ces désordres, et le malade succombe dans le coma au bout de quinze à vingt jours. La mort arrive quelquefois beaucoup plus tôt (au 3° jour), surtout lorsque la morve aiguë est consécutive au farcin ou à la morve chronique; on a vu cependant, dans quelques cas, la maladie se prolonger jusqu'au 28°, 34°, même 54° jour (Bérard et Denonvilliers).

IT. Farcin chronique. — Le farcin est beaucoup plus fréquent à état chronique qu’à l’état aigu. Dans cette première forme il peut se montrer sous trois aspects : 1° l’'angioleucite farcineuse chronique ; 2 l'ulcère farcineux : 3° le farcin proprement dit.

L’ANGIOLEUCITE FARCINEUSE CHRONIQUE (farcin local) succède souvent à la Iymphangite aiguë qui a été précédemment décrite. Quelquefois le farcin local est chronique dès son début, et toute la maladie peut être bornée à des trainées violàtres, à des nodosités et des indurations sur ie trajet des vaisseaux Iymphatiques, accompagnés d’un engorgement peu douloureux des ganglions correspondants. Ces tumeurs sont lentes dans leur évolution, et s’ouvrent en donnant lieu à des fistules souvent intarissables. Les symptômes généraux peuvent être presque nuls ou consister en un affaiblissement, un abattement plus ou moins profond; quelques accès de fièvre paraissent à des intervalles irréguliers.

La durée de ces accidents est toujours très-longue, et la guérison en parait être la terminaison habituelle (Numan, Vogelli, Geist), à moins que l'infection fareineuse on la morve aiguë ne se développe consécutivement.

ULCÈRE FARCINEUX. — Dans ce cas, il n’y a ni gonflement du membre, ni abcès sur aucune partie du corps. Les phénomènes généraux qu accompagnent le farcin proprement dit (faiblesse, diarrhée, douleurs articulaires) ne se montrent qu'après le développement complet de FPulcère, qui subit d'ailleurs des phases diverses, car on le voit alternativement, pendant un temps considérable, se fermer et se rouvrir. La guérison peut avoir lieu, mais les malades succombent parfois aux progrès de la eachexie croissante (Tardieu, Vogelli).

FARCIN CHRONIQUE PROPREMENT DIT. — Quel que soit le début de Ja

maladie, qu’elle soit isolée ou accompagnée de la morve chronique, son expression la plus caractéristique est l’abcès farcineux.

Le début est variable et souvent insidieux. Le malade se plaint de lassitude, de douleurs vagues, d’inappétence, de malaise. Les forces diminuent, les fonctions languissent, le mouvement fébrile est modéré et affecte parfois le type tierce. Ces phénomènes prodromiques persistent souvent pendant un mois ou six semaines, avec des douleurs erratiques dans les muscles et dans les articulations, des crampes dans les mollets et les avant-bras (douleurs prodromiques).

Les abcès farcineux sont les uns phlegmoneux et accompagnés de phénomènes inflammatoires, les autres tout à fait froids et indolents ; les premiers sont souvent profonds et s’ouvrent en général assez promptement ; les autres sont toujours superficiels et peuvent persister pendant des mois si on ne les ouvre pas. Ces diverses collections purulentes sont quelquefois résorbées très-rapidement ; on les a vues disparaître et reparaitre plusieurs fois sur le même point. L'ouverture spontanée ou artificielle reste le plus souvent fistuleuse, de là des ulcérations rebelles dont l'aspect variable n’offre d’ailleurs rien de caractéristique.

Monneret a décrit une autre variété de tumeurs farcineuses (lupus farcineus, Virchow) ; ce sont des masses indurées ou empâtées, à développement très-lent, douloureuses à la pression et dans les mouvements des membres, et qui au premier aspect pourraient être prises pour des gommes syphilitiques ou des lupus scrofuleux.

À mesure que se multiplient les abcès et les tumeurs, la constitution s’altère, l’amaigrissement devient extrême, la peau sèche, jaunâtre et comme terreuse, le visage triste et livide, les yeux sont ternes et caves, le pouls est petit et misérable, une diarrhée colliquative survient, et le malade, parvenu au dernier degré du marasme, est tué par la fièvre hectique, s'il n’est enlevé auparavant par des accidents de pyémie ou par la morve aiguë, qui succèdent assez souvent au farcin chronique. La terminaison funeste doit être considérée comme la règle dans cette forme du farcin chronique, malgré les cas de guérison qui ont été cités (Hertwig, Alexander, Tarozzi, Monneret, Tardieu).

La marche de la maladie est en général fort lente, insidieuse, irrégulère, et sans cesse entrecoupée de rémissions trompeuses. Elle dure parfois deux à trois ans, le plus ordinairement dix à quinze mois (Tardieu).

IV. Morve chronique. — Cette forme, rarement primitive, succède le plus souvent au farcin (morve chronique farcineuse de Tardieu); ces deux variétés de la morve chronique ne diffèrent que par leur mode d’invasion et par leur marche.

MORVE CHRONIQUE PRIMITIVE. — La maladie débute par un sentiment de fatigue, de malaise, d’affaiblissement, par des douleurs arthritiques et musculaires analogues à celles de la morve aiguë, mais sans rougeur ni

tuméfaction. Ces douleurs musculaires semblent occuper plus fréquemment que dans les autres formes de l'affection morveuse les parois de la poitrine; mais cette pleurodynie, parfois extrêmement pénible, est en général de courte durée et disparaît spontanément au bout de quelques jours.

MORVE CHRONIQUE FARCINEUSE. — (Juand la maladie est précédée du farcin, c'est après plusieurs mois seulement qu’elle se manifeste par des accidents locaux caractéristiques vers les voies respiratoires. On constate un enchifrènement douloureux aux fosses nasales, souvent plus marqué à gauche qu'à droite, une pesanteur pénible vers la racine du nez, mais la sécrétion n’est pas assez abondante pour constituer un véritable jetage; en se mouchant, les malades obtiennent seulement un peu de mucus puriforme et sanguinolent. L'examen des fosses nasales peut y faire découvrir des ulcérations, des brides cicatricielles, et l'exploration à l’aide d’un stylet y révèle parfois des inégalités ou même la perforation de la cloison. La bouche, la voûte palatine et le pharynx peuvent être aussi le siége d’ulcérations en général opiniätres et rebelles.

Quelquefois la morve débute par de la toux et de la dyspnée, suivies de l’expectoration de mucosités grisätres, quelquefois striées de sang, et l’on voit apparaître soit une bronchite, soit une pleurésie, ou enfin une pneumonie (Tarnawski); dans un seul cas Tardieu a constaté du glandage. I existe en même temps de l’enrouement, de l’aphonie, de la gêne de la déglutition, avec expuition de mucosités épaisses et rougeàtres. — Les symptômes fournis par l'appareil respiratoire paraissent ordinairement les premiers, les lésions des fosses nasales ne se manifestent que plus tard.

Le tissu cellulaire sous-cutané est assez souvent le siége d’une infiltration œdémateuse, principalement à l'extrémité inférieure des jambes. La peau ne tarde pas à devenir sèche et jaunâtre comme dans le farein : à ces symptômes spéciaux s'ajoutent plus ou moins rapidement les phénomènes cachectiques.

La marche de la morve chronique est très-lente et interrompue par des rémissions plus ou moins prolongées; la vie peut se prolonger pendant plusieurs années.

Les malades succombent tantôt aux progrès mêmes de l’état chronique, à l’altération profonde de l’économie et à la fièvre hectique, tantôt aux accidents de la morve aiguë, qui toutefois sont beaucoup plus rares dans cette forme que dans le farcin chronique; la guérison cependant est possible dans quelques cas très-rares (Nimrod, Lambert, Cazin, Bourdon, Krieg).

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC

D'une façon générale, le diagnostic est facile,si anamnèse est précise. La profession du sujet peut suggérer l’idée de la maladie, et c’est tenir le diagnostic que de penser à l'affection cherchée. On devra se méfier quelquefois des assertions des malades, qui, par intérêt personnel, en raison de la sévérité des règlements, refusent d’avouer qu'ils ont des chevaux morveux.

En dehors des circonstances étiologiques qui sont d’une importance capitale et décisive, le diagnostic repose principalement sur la réunion des phénomènes suivants : lésions nasales et laryngo-bronchiques, douleurs articulaires et musculaires, lymphangites, éruptions pustuleuses, collections purulentes, ulcérations et abcès cutanés. Isolé, aucun de ces symptômes n’est suffisant; c’est leur ensemble, c'est leur mode d'évolution qui est caractéristique ; malheureusement ces phénomènes ne se groupent qu'assez tard pour constituer le syndrome révélateur, et dans la période de début plus d’une erreur peut être commise.

La lymphangite farcineuse aiguë présente tous les caractères de l'ANGIO- LEUCITE SIMPLE, et tant qu'il ne s’est point développé d’abcès dont on puisse inoculer le pus à un solipède, lincertitude est permise. Si linoculation est sans effet, le cas reste douteux, et il est sage de se conduire comme si la spécificité de la maladie était démontrée.

Cest encore l’inoculation qui servira d’épreuve dans le farcin chronique, et qui permettra de le distinguer de ces affections mal définies qui s’'annoncent par le développement presque soudain d’ABCÈS MULTIPLES chez les individus cachectiques ou affaiblis.

L'invasion fébrile, lorsqu'elle est constatée seule, peut donner lieu à bien des suppositions parmi lesquelles, à défaut des commémoratifs fournis par le malade, celle de la morve ne viendra pas facilement à l'esprit, et l’on sera plus porté à croire à l’existence d’une fièvre grave. Les douleurs arthritiques et musculaires jointes à la fièvre peuvent en imposer pour un RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU ; d'autre part, si la fièvre s’accompagne de stupeur, de prostration, d’épistaxis, de diarrhée, on pourra croire à l'invasion d’une FIÈVRE TYPHOïpE. Le diagnostie ressort forcément de la marche ultérieure des accidents; au début, il ne peut être basé que sur la profession et les renseignements du malade.

Dès que l’éruption cutanée, les lésions des fosses nasales se sont manifestées, le jugement ne peut être incertain; cependant des ÉRYSIPÈLES GRAVES DE LA TÊTE, propagés dans les fosses nasales, accompagnés de phlyctènes purulentes et même de gangrène avec jetage sanieux, en imposeraient facilement pour la morve aiguë.

Le CORYZA SYPHILITIQUE SECONDAIRE peut donner lieu à une sécrétion assez abondante pour rappeler celle de la morve; et comme, en pareil cas, il peut exister des douleurs musculaires et articulaires ainsi qu’une éruption pustuleuse phlyzaciée, on comprend que l'erreur ne soit pas toujours évitée (Natalis Guillot, Gubler).

La forme des pustules, leur distribution par groupes irréguliers, leur apparition successive, la coïncidence de bulles et de phlyctènes ne permettront jamais de confondre l’éruption farcino-morveuse avec celle de la VARIOLE Ou de la PUSTULE MALIGNE.

On à cité quelques cas de PHLÉBITE DE L'ORBITE ET DE LA FACE Caractérisés par le gonflement œdémateux de la face et de la paupière du côté malade, un coryza aigu de voisinage avec jetage d’une matière gommeuse, une éruption miliaire très-discrète sur la face; ces lésions locales, accompagnées de délire et de fièvre, pourraient en imposer tout d’abord pour la morve aiguë, si l'absence d’abcès mutiples, de douleurs arthritiques et musculaires, de phlyctènes et de pustules sur tout le corps, et surtout enfin la différence de la marche des autres symptômes et de la cause, ne faisaient éviter l'erreur (Vigla, Littré, Duplay, Gely, Mackenzie).

Les formes chroniques de laffection farcino-morveuse sont en général d’un diagnostic plus difficile. Les lésions nasales de la morve chronique simple pourraient, lorsqu'elles restent limitées, faire croire à un OZÈNE ; dans ce dernier cas, l’état général reste intact, les fonctions respiratoires ne sont pas troublées, il n’y a ni pleurodynie ni douleurs musculaires.

Les accidents secondaires et tertiaires de la sypmiLiS ont de nombreux rapports avec la morve chronique, et les lésions osseuses, communes aux deux maladies, en rendent encore les connexions plus étroites ; quelque grande pourtant que puisse être leur similitude, elle n’est qu’apparente. L'examen approfondi des manifestations elles-mêmes, les commémoratifs et le résultat du traitement dissipent toute hésitation. — II est difficile de confondre la morve ou le farcin chronique avec la scroruze. Les manifestations scrofuleuses qui occupent les fosses nasales et le tissu cellulaire sous-cutané n’ont qu'une analogie fort éloignée avec les lésions farcinomorveuses, et l’ensemble des symptômes constitutionnels offre de telles dissemblances dans les deux maladies qu’il est à peine permis de les rapprocher, et que partant on ne saurait les confondre. — Les ULCÉRA- TIONS TUBERCULEUSES qui surviennent quelquefois chez les phthisiques dans larrière-bouche (Julliard), dans le larynx, plus rarement dans les fosses nasales, n’atteignent jamais la voûte palatine comme celles de la morve; on ne les voit guère se cicatriser ; elles ne donnent lieu à aucune sécrétion anormale; d’ailleurs, en pareil cas, la marche des accidents, jointe à l’exploration de la poitrine, ne laisse aucune incertitude.

Le pronostie général de l'affection farcino-morveuse, quelle qu’en soit

la forme ou la variété, est toujours extrêmement grave. La morve aiguë est presque nécessairement mortelle; on n’a jusqu'à présent cité que deux exemples de guérison (Makenzie, Carnevale Arella).

L’angioleucite farcineuse, sorte de farcin bâtard (farcin bénin), a en cénéral une terminaison favorable, à moins qu’elle ne soit compliquée dans son cours par la morve chronique.

La PROPHYLAXIE est ici le point important; en présence de la terminaison presque fatale de la maladie et de l'impuissance de tous les moyens dirigés contre elle, on doit s'attacher avant tout à en prévenir le développement. C’est dans une surveillance administrative plus active, dans une hygiène plus convenable des chevaux et des hommes qui les soignent, qu'est la seule base sérieuse du traitement prophylactique. Les idées de quelques médecins sur la syphilisation préventive ont conduit Tscherning et Bagge à proposer l’inoculation préventive de la morve chez les chevaux. Ces inoculations ont paru diminuer la susceptibilité pour des inoculations postérieures, sans accorder toutefois une immunité complète.

Dans tous les cas où l’inoculation a été directe, on doit, sans retard, appliquer aux plaies le traitement local qui convient aux blessures empoisonnées. Il est bon de noter que l'absorption du virus est-très-rapide, puisque après un petit nombre d'heures la cautérisation et la destruction de la partie inoculée sont sans efficacité. Des lotions faites immédiatement sur le point lésé avec l’eau chlorurée ou la liqueur de Labarraque, et promptement suivies d’une cautérisation profonde, semblent annihiler les effets du virus, au rapport de Virchow, qui, à laide de ces moyens, se serait toujours mis à l’abri de tout accident, après s'être plusieurs fois piqué en pratiquant des autopsies d'hommes ou d'animaux morveux. Peut-être qu'en attaquant sans retard et avec vigueur le mal local, on pourrait, dans la majorité des cas, enrayer la marche de la maladie.

Quand elle est déclarée, les ressources sont bien faibles; les agents employés contre la morve et le farcin confirmés sont restés presque toujours impuissants, et dans les cas extrêmement rares où la guérison est survenue, il est encore douteux qu’elle soit imputable au traitement.

Un certain nombre de guérisons ont été attribuées à l'emploi des préparalions iodées (Genzmer, Remak, Monneret) sous différentes formes : teinture diode à doses croissantes de deux à vingt gouttes (Tardieu), iodure de potassium (Andral), iodure d'amidon à la dose de 0,05 à 0,20 par jour {de la Harpe), iodure de soufre (Bourdon); Boinet dit aussi avoir guéri par

l’usage de l’iode un cheval atteint manifestement de farcin. Il y aurait donc lieu d'insister sur l'emploi de cette médication.

Tardieu recommande. le soufre tant à L'intérieur qu’à l'extérieur, et insiste sur l'utilité des eaux minérales sulfureuses. Quelques guérisons paraissent avoir été obtenues par la solution de Fowler (Krans), par l’arsenic associé à la voix vomique et à la strychnine (J. Gamgee), par la teinture d’acétate de fer (6 à 8 grammes par jour, Gluck), l'extrait d'aconit (0,05 à 0,75, Decaisne et Hamair).

Carpenter à cité le cas d’un farcin aigu transformé en morve, guéri par le traitement mercuriel. — Les saignées répétées (6 en ne Jours), suivies de quelques narcotiques, semblent avoir été efficaces dans un cas de morve aiguë (?) (Carnevale Arella). Les vomitifs et les excitants diffusibles ont également réussi une fois entre les mains de Mackenzie (ipécacuanha, 2 grammes, puis 25 centigrammes de carbonate d’ammoniaque toutes les heures).

La lésion des fosses nasales a suggéré l’idée d’une médication, qui a été employée avec avantage deux fois dans la morve chronique, et une fois dans la morve aiguë. Ce moyen consiste en des injections faites dans les fosses nasales avec deux gouttes de créosote pour trente grammes d’eau, et répétées trois fois par jour.

Plus récemment enfin on a préconisé l'acide phénique à l’intérieur (9 à 10 centigrammes), et à l'extérieur, sous forme d’eau phéniquée au millième (Bouchut).

À cette série déjà longue de médieations malheureusement trop incertaines il convient d'ajouter les moyens généraux destinés à relever l’état des forces et à modifier la constitution.

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