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INTOXICATION PAR LE SULEURE DE CARBONE

travaillent le caoutchouc ; la fabrication de cette substance, les manipulations qu'elle subit pour les diverses destinations industrielles, toutes ces opérations exigent l’adjonction du sulfure de carbone, et l'on peut mesurer la fréquence et l'importance de cette intoxication par la multiplicité des travaux qui ont le caoutchouc pour objet : la distillation de cette matière, sa révivification après emploi, le dégraissage des laines, l'extraction et la purification de la paraffine, la fabrication des bougies, l'insufflation du caoutchouc, voilà les plus importantes de ces manipulations; le sulfure de carbone en est un des moyens constants, et les recherches de Delpech ont établi que c’est à lui, et à lui seul, que doivent être imputés les accidents d'intoxication, à l’exelusion des autres matières employées dans ces opérations complexes.

Le temps nécessaire pour que le travail nuisible provoque les phénomènes morbides spéciaux est très-variable ; il parait être plus court chez les individus qui ont atteint l’âge adulte; cependant, si trois semaines ont suffi chez la jeune fille dont Bernhardt a rapporté l’histoire, il a fallu cinq mois chez un des malades de Gourdon; il est donc difficile de formuler à ce sujet quelque proposition générale, puisqu'il est en outre des cas dans lesquels les accidents débutent brusquement, dès que l'organisme subit l'impression de l'agent toxique. Ce qui est bien certain, en revanche, c’est la prédisposition puissante qui résulte d’une première atteinte, et par suite l'extrême facilité des récidives; une observation de Gallard prouve que la cohabitation avec un ouvrier, dont les vêtements étaient imprégnés de vapeurs de sulfure de carbone, a suffi pour reproduire les accidents caractéristiques chez un individu bien et dûment guéri.

La division des symptômes en deux périodes, l'une d’excitation, l'autre secondaire de dépression, division proposée par Delpech, est vraie pour le plus grand nombre des cas; elle n’est cependant pas constamment réalisée, et chez certains malades la diminution de la mémoire, la perte de la sensibilité cutanée sont les accidents vraiment initiaux. Le plus souvent l’apparition des phénomènes est autre ; le mal débute par de la céphalalgie et du vertige, par des modifications du caractère qui devient inquiet et irascible; le sommeil se perd, il est troublé par une agitation incessante et des cauchemars ; il y a des douleurs dans les jointures, surtout dans les membres inférieurs ; souvent ces douleurs sont accompagnées de crampes, de fourmillements, d’un prurit cutané extrèmement pénible ; lorsque ce prurit occupe la région recto-anale, ce qui n’est pas rare, l’insomnie est invincible. Bientôt surviennent d’autres symptômes plus caractéristiques encore ; avec une excitation anormale de l’idéation, on constate un affaiblissement notable de la mémoire, un abaissement des facultés intellectuelles avec tendance à la mélancolie et à l'hypochondrie, et une diminution de la sensibilité qui peut aller jusqu'à l’anesthésie absolue ; celle-ci est loujours plus marquée aux mains et aux bras; elle peut être,

1014 INTOXICATIONS. — DYSCRASIES TOXIQUES.

ainsi que je l'ai dit, un phénomène tout à fait initial, elle est accompagnée souvent, et précédée parfois, d’une anesthésie non moins complète de la cornée. Les organes des sens peuvent également être atteints, du moins ceux de l’ouïe et de la vue: et dans un cas de Tavera, les troubles visuels ont pu être rapportés par l’examen ophthalmoscopique à une atrophie commençante des nerfs optiques.

Moins constants que les désordres de sensibilité, les troubles de motilité consistent dans des paralysies de localisation variable, qui revêtent parfois la forme paraplégique, et qui prédominent en général dans les muscles extenseurs; dans d’autres cas, souvent mal interprétés, c’est de l’ataxie qui est produite, et non de la paralysie; ce sont des troubles de la coordination qui empêchent la locomotion, et rendent la préhension des objets hésitante et difficile. Ultérieurement les muscles peuvent subir une atrophie plus ou moins notable, mais la contractilité électrique persiste. L’anaphrodisie est la règle, souvent il y a des pollutions; et chez la femme le désordre de la menstruation est un symptôme constant ; elle est exagérée au double point de vue de l’abondance et du rapprochement des époques. Du reste, l'augmentation de l'écoulement menstruel est, un fait habituel même chez les ouvrières qui ne sont pas malades; la plupart sont obligées à ce moment-là d'interrompre leur travail, et de rester chez elles (Favera).

Les troubles digestifs et nutritifs sont plus tardifs que les symptômes cérébro-spinaux; mais ils ne sont pas moins constants; il y a de lanorexie, une dyspepsie de plus en plus accusée, un peu plus tard de la diarrhée, des vomissements bilieux, et par suite un affaiblissement et un amaigrissement rapides. — Comme phénomène plus rare, il faut noter les syncopes, qui ont été un symptôme précoce et dominant chez la malade de Bernhardt, et la pigmentation de la peau, observée par Delpech et Laboulbène.

On conçoit que l’aggravation continue de cet état puisse aboutir à un marasme mortel, on conçoit aussi que sous l'empire de laffaissement croissant de ses facultés, le patient demande au suicide le terme de ses maux, mais ces éventualités sont bien rarement réalisées aujourd’hui que la cause de ces accidents est connue; la soustraction du malade à l'influence toxique est certainement et rapidement suivie de la guérison; l’anesthésie, tant cutanée que cornéenne, est le symptôme qui persiste le plus longtemps; souvent aussi il reste quelque modification plus ou moins accusée dans l'activité cérébrale. J'ai déjà signalé la facilité des récidives; aussi, toutes les fois que la chose est possible, l'individu doit renoncer définitivement à ce genre de travail.

Les préparations de fer et de quinquina, l’hydrothérapie, les bains sulfureux, l'électricité constituent les meilleurs moyens de traitement; on devra en seconder les effets par une alimentation substantielle et l'usage modéré du vin,

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